29/03/2011

Jacques Chessex reconnu à Lisbonne

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A la mi-mars, les rues pentues du Bairro Alto sont venteuses. On arpente le Montmartre lisboète avec la sensation de ne point avancer: ce sont les élégantes maisons du XVIIe siècle qui vous «viennent contre», comme dans les travellings lents d’un film d’Alain Tanner. Le climat politique est à l’orage mais le bleu du ciel est pur et, sur façades et bossages, la lumière des après-midi aveuglante. Le soleil semble au zénith, alors qu’il ne l’est plus. C’est un soleil lémanique, ramuzien: il se dédouble en se reflétant sur le Tage. Il y en a un là-haut et un second dans l’eau - dans les ondes basanées de l’estuaire où il se répercute pour faire tout miroiter. En Lavaux, sa réfringence dore les grappes de nos vignes. Dans la capitale portugaise, elle se démultiplie pour mordorer les pliures d’une cité qui ondule en accordéon. L’ombre du marcheur s’y dédouble aussi sur le pavé friable des trottoirs. Ce fut l’ombre de Fernando Pessoa (1888-1935), le plus protéiforme des poètes, qui signa des centaines de chefs-d’œuvre de son nom mais aussi d’une pléiade de pseudonymes. Il y a vingt ans, il y eut celle de Jacques Chessex, qui l’admirait et erra entre l’Alfama et l’Alcantara pour s’inventer un sosie immoral, qui sera celui d’Aimé Boucher, le narrateur de La Mort d’un juste.

 

Or le conférencier que je suis doit se rendre sur une autre butte de Lisbonne pour présenter, à la Casa Fernando Pessoa justement, un autre roman du grand Vaudois: O Vampiro de Ropraz.

Le style à la fois sobre et moiré de Chessex a fasciné sa traductrice, une femme timide mais narquoise - Manuela Torres sait désormais toutes les mystères ethnologiques de notre Jorat à l’orée du XXe siècle – alors qu’elle n’y a jamais mis les pieds… A la sauvette, elle me questionne sur la personnalité de l’auteur:

-     Il était un peu spécial, n’est-ce pas?

-     Il était excessivement spécial!

 

Contre toute attente, ma réponse la réjouit. Le lendemain, à l’Université de Porto une étudiante me soufflera:

-     Qu’il était très violent envers son pays, votre Chessex. Il devait trop l’aimer.

 

 

Commentaires

c'est presque une visite dans ce beau pays "au climat politique orageux et un ciel bleu et pur!" Merci.

Écrit par : cmj | 29/03/2011

J'espère que vous n'avez pas manqué une petite visite à Belem ainsi qu'à son "museu de marinha", qui évoque un temps où le plus petit pays du monde (avec la Suisse) partait à la conquête de la moitié de la planète: Brésil, Angola, Moçambique, Cabo Verde, Sao Tomé e Principe, Goa, Macao, Timor. Les Suisses ont inventé le coucou pendant ce temps, il est vrai.

Écrit par : Géo | 30/03/2011

"...un temps où le plus petit pays du monde (avec la Suisse) partait à la conquête de la moitié de la planète: Brésil, Angola, Moçambique, Cabo Verde, Sao Tomé e Principe, Goa, Macao, Timor. Les Suisses ont inventé le coucou pendant ce temps, il est vrai."

La comparaison est intéressante, mais elle montre aussi qu'on va nettement plus loin en inventant le coucou, qu'en faisant le tour du monde...

"Pierre qui roule n'amasse pas mousse", dit la sagesse populaire. Alors, il y a des peuples qui ont vocation à rouler et d'autres à amasser mousse. Et quand ceux qui ont vocation à rouler, se mettent en tête de vouloir amasser mousse, ça ne marche pas forcément bien... Il y a des exemples...

Écrit par : Centsignes.maxi | 08/04/2011

Gilbert Salem vous êtes un poète

Écrit par : Le Pape | 08/04/2011

Oui, en attendant ces pays parlent encore portugais. Et ce sont des experts portugais qui débarquent un peu partout pour développer ces pays. Les Allemands eux engagent des francophones pour travailler à l'étranger...
Si la coopération n'était pas tenue par des gauchistes aussi aveugles que limités intellectuellement, cela ferait une sérieuse différence....
Cela dit, je m'inspirais plutôt du Quattrocento italien et du "3ème Homme". J'aurais du écrire "Kukuck's clock" au lieu de coucou...

Écrit par : Géo | 08/04/2011

Centsignes.maxi @ Ah j'oubliais. Bonjour Scipion. Votre style est inimitable.

Écrit par : Géo | 09/04/2011

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