16/04/2011

La fameuse phrase de Voltaire qui n’est pas de lui

 

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A l’heure où se moquer du «politiquement correct» est à la mode – notamment dans le marigot d’un Hexagone déjà en fièvre un an avant les prochaines présidentielles – on cite à l’envi une adresse majestueuse de Voltaire au physiocrate Helvétius (alias Claude-Adrien Schweitzer), une devise qui passe depuis pour un canon de la liberté de penser, et de parler, à la française:

 

«Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire».

 

O que l’adage est noble, à la fois piquant et voltairien! Voltaire ne l’aurait certainement pas désavoué; mais le fait est que le philosophe des Lumières ne l’a jamais écrit, ni même dit…

 

Cette belle phrase - à laquelle se réfèrent aussi souvent de grands esprits politiques de Suisse romande – ne remonte qu’à 1906, soit 124 ans après la mort de l’ermite de Ferney. Plus drôle encore: elle a été traduite de l’anglais:

«I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it».

Elle a été forgée au début du XXe siècle par Evelyn Beatrice Hall, une biographe britannique de Voltaire*, qui avait tenté d’y résumer la pensée de ce dernier en l’entourant à tort de guillemets…

Or Mrs Hall battit sa coulpe un peu tard, et trop discrètement. Et son invention fautive redevient aujourd’hui une maxime philosophique qui permet à n’importe quel béotien politique de se lustrer de culture à bon marché.

Pour des causes inhumaines que Voltaire n’aurait peut-être pas défendues.

 

 

 

 

Commentaires

Heureusement, la phrase "Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur" est bien de Bon Marché, sinon, Le Figaro serait également taxé de béotien se lustrant de culture à Beaumarchais... Ou l'inverse!

Écrit par : Baptiste Kapp | 16/04/2011

Il y a un blème: cette anecdote dans le "Wir sprechen deutsch" où il est question d'un paysan de l'Urschweiz qui ne peut se rendre devant la Cour et qui demande à son voisin avec lequel il est en conflit de défendre son point de vue. Celui-ci accepte et fait gagner la cause à son adversaire voisin absent...
C'était ça, la Suisse. Il y a très longtemps...
En quelque sorte, la réponse du berger à la bergère : si Guillaume Tell est un mythe selon les "experts" de Piogre, les mythes de Suisse centrale valent mieux que les aphorismes des philosophes ayant pour leur malheur habité au bout du lac de Villeneuve...

Écrit par : Géo | 17/04/2011

Un des béotiens politiques genevois qui attribue aussi la fameuse phrase à Voltaire : le mouton de Panurge Pierre Maudet !

Voir son article sous : http://www.pierremaudet.ch/2010/10/12/je-me-battrai-pour-que-l%E2%80%99udc-puisse-defendre-ses-idees-aussi-infectes-soient-elles/

Écrit par : Dolorès | 18/04/2011

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