15/05/2011

«Pierre et le loup», Klee, et le génie de l’enfance

 

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Nous avions dix ans quand fut aménagée la Vallée de la Jeunesse. Nous étions des Lancelot assiégeant une tour façon médiévale en bois, qui est toujours là 47 ans après Expo 64. Or un souvenir plus radieux devait marquer les petits Lausannois: le célèbre conte musical de Serge Prokofiev les sensibilisa aux couleurs orchestrales, tout en les divertissant. Oui, le son du cor est diffus, ténébreux comme l’âme du loup. La longue tessiture de la clarinette a la féminité variable du chat. Le hautbois, lui, est pataud comme un canard, la flûte traversière aérienne comme l’oiseau. Quant à l’insouciance du marmot, elle caracole au tempo d’un quatuor à cordes. La musique devenait alors une palette de peintre. Un demi-siècle après, en ce même vallon urbain, une autre génération de mioches découvre le miracle de la réciprocité: la peinture est faite de gammes, de demi-tons, d’harmonie… Jusqu’au 26 juin, un «programme d’éveil» y initie ceux de 5 à 12 ans à d’épatants Jeux de Klee*.

 

 

 

Le peintre germano-suisse Paul Klee (1871-1940) avait 20 ans de plus que le Russe Prokofiev. Mais son univers pictural, reproduit à Vidy en triptyques, parle plus directement encore à l’oreille des enfants, donc à leurs yeux. Klee était plus qu’un pédagogue: jusqu’à sa mort à 69 ans, il resta un des leurs. Avant de reconnaître son génie, des experts avaient pris ses tableaux pour des dessins d’écolier. Et c’est sous ce sceau d’innocence que, naguère, ils passèrent impunément la douane de Vallorbe pour être exposés à Paris…

 

Ce maître de l’expressionnisme, l’égal d’un Picasso, prôna l’imaginaire juvénile comme l’idéal de l’activité créatrice. Dans son «Théâtre des marionnettes» (1923), les figures sont sommaires sur un fond noir comme les ardoises scolaires. Or il faut une poigne de maître - ou de gosse libre et insouciant - pour tirer avec assurance des lignes «visant l’infini». Récemment, des ados de Collombey (VS) se sont servis d’une tondeuse pour agrandir dans un pré une œuvre de Klee qui, tel un agroglyphe, n’est perceptible que par des aviateurs, des vélideltistes ou d’autres espèces d’oiseaux.

Une très vieille maxime me revient: «Si tu veux labourer droit, attache ta charrue à une étoile.»

 

www.valleedelajeunesse.ch

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