01/11/2011

Déprime urbaine et émotions joratoises

Après un octobre qui fut resplendissant comme l’intérieur d’une cathédrale illuminée, nous voici au seuil d’une baraque lugubre au paillasson moisi. Novembre a la réputation d’être le mois le plus déprimant de l’année: déjà qu’il s’amorce dans un décor de cimetière et des parfums de bruyère, de glèbe noire et de pluie, il entend se complaire dans sa grisaille légendaire jusqu’à la Saint-André, qui est son dernier jour. Durant deux quinzaines interminables, c’est le paysage urbain qu’il s’évertue surtout à enlaidir. Il en efface les carnations heureuses pour le réduire à un tableau sec et anguleux, crayonné au brou de noix et que n’aurait pas désavoué Bernard Buffet. Nos rues les plus pimpantes de Lausanne ou Vevey finiraient par ressembler aux banlieues de Birmingham, voire de Gdansk…

Bref, novembre est un éteignoir d’église, pareil à celui que je posais sur les chandelles au temps où j’étais servant de messe en surplus blanc, à la paroisse de Saint-Maurice, de Pully. En sortant du sanctuaire, les choristes de Monsieur Henri Jaton affrontaient un tourbillon de feuilles d’érable soulevé par la bise et se remettaient à l’unisson, cette fois en éternuant.

Je me souviens tout autant du trouble voluptueux de Jacques Chessex, quand l’humidité de la Saint-Martin (le onze du mois) s’emparait de son village de Ropraz. Une bruine hamlétienne, un rien léchée de soleil, faisait scintiller les tombes du cimetière - où l’écrivain repose depuis octobre 2009. Il levait son nez dans le froid et m’indiquait d’une main dansante l’échine des Alpes vaudoises et valaisannes, qu’une éclaircie soudaine dégageait: «A Lausanne je me sens dans un hameau. Au pied de ces montagnes, on respire le cœur de l’Europe!»

Dans ce Jorat, qui fleure fort le terrier du lièvre et la trompette-de-la-mort, il existe donc un novembre «respirable», grisant, universel. Son ciel européen aux reflets améthyste, plus mauves que gris, vire parfois au purpurin des robes cardinalices. On l’hume religieusement jusqu’à en transir ses narines et tout son corps.

 Pour se réchauffer, on savourera la fondue onctueuse du Café de la Poste de Ropraz. Chez Alain Gilliéron. Un pote intime du grand Jacques; un gracieux qui adore aussi Chopin.

 

 

Commentaires

Ce délicat souvenir du "Grand Jacques" à la veille du "jour des morts" parle de vie.
claire-marie

Écrit par : cmj | 01/11/2011

Si l'on échange les noms et les adjectif du titre, c'est aussi compréhensible.

Lausanne est une hameau (comparé à Shanghai, c'est vrai), ce qui permettait le samedi aux indigènes, de retour du marché, de croiser le Grand Jacques au sortir du Romand, le teint rubicond et la démarche sinueuse, allant chercher un air plus pur sur la Place Saint-François.

Écrit par : Rabbit | 02/11/2011

m'enfin, c'est la déprime générale ici!

tous déprimés en prévision de la fin de l'année et ses bilans,
bientôt remplacée au lendemain de noël
par les soldes et des géraniums fleuris avant le printemps

.. à force de vouloir aller plus vite que le temps qui vous avait déjà rattrapé...

Écrit par : graphycs | 03/11/2011

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