07/12/2011

De Gaulle, Radio-Londres et la Suisse

Le 27 novembre 1941, il y a septante ans, une voix cabrée de comédien grésille dans les postes à galène clandestins de l’Hexagone: «Que peuvent donc faire les Français qui savent qu’ils n’ont plus de chef? Tout naturellement, ils se tournent vers ceux d’entre eux qui les représentent dans le monde des pays libres, c’est-à-dire vers les Forces françaises libres et vers le général de Gaulle.» L’homme qui parle ainsi dans le micro de Radio-Londres, pour confondre les propagandes vichyssoises et allemandes, signe ses billets Jacques Duchesne. Un pseudo qui évoque celui d’un farouche pamphlétaire de la Révolution de 1789. Michel Saint-Denis de son vrai nom, ce responsable de la section en langue française de la BBC, est le neveu de Jacques Copeau, le fondateur du Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, dont il fut le bras droit dès 1922. Créant à son tour un peu plus tard la troupe itinérante des Copiaus, dans laquelle étincela un grand Vaudois: Jean Villard-Gilles… Entre notre lumineux chansonnier et le futur «speaker» gaulliste de la BBC, s’était nouée une connivence de saltimbanques qui s’exprima longtemps sur des tréteaux et dans des scénarios de spectacle cosignés. Or, en cette fin de 1941, le premier se trouve dans son cabaret lausannois du Coup du Soleil à ridiculiser le nazisme par des chansons qui déplaisent à l’ambassadeur du Reich. Le second est à Londres, dans l’ombre de son général, animant la chronique quotidienne «Les Français parlent aux Français» (1940-1944).

Soixante-sept ans après, tous les rendez-vous radiophoniques de Jacques Duchesne ont été transcrits sur du papier bible des Editions Omnibus*, dont un deuxième tome vient de paraître. On y trouve des signatures plus illustres encore: celles d’un Maurice Schumann, d’un Georges Bernanos, d’un Jules Romain… Ce sont des recueils protéiformes (composés de commentaires, d’analyses, de diatribes, mais aussi de témoignages directs) qui nous éclairent sur des années qui assombrirent toute l’Europe. Un continent en pleine dépression, bien plus intensément qu’aujourd’hui, mais au cœur milieu duquel la Suisse représentait pareillement un havre irrégulier de tranquillité. L’œil d’un cyclone.

De grands écrivains fuyant le régime pétainiste et ses censures s’y réfugièrent. Parmi eux le symboliste unanimiste Pierre-Jean Jouve (1887-1976). L’auteur de l’«Paulina» participa activement aux Cahiers du Rhône qui furent, à Boudry une plate-forme fertile pour une France libre littéraire. Aux bons soins d’Albert Béguin y parurent des textes sublimes d’Aragon, de Pierre Emmanuel, de Jean Cayrol…

 

A moins d’être très ingénieusement outillé, il était impossible de capter les voix de Radio-Londres depuis la Suisse. Toutefois, le notaire français Jacques Fourny et l’historien neuchâtelois Christian Rossé ont exhumé récemment des archives fédérales de Berne une preuve que les services d’écoute de nos armées y parvenaient aisément, et pas la moindre: rien moins que le fameux appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle! L’unique retransmission sur papier de l’émission la plus célèbre de Radio-Londres a été effectuée le lendemain à 6 heures du matin, par la Division Presse et radio de l’état-major helvétique…

 

Cela dit, Charles De Gaulle ne tenait pas la Confédération en grande estime. Jamais, il ne s’y est rendu en visite officielle, alors qu’il en était un peu originaire par sa mère (lire encadré) et que deux de ses neveux étudièrent à Fribourg. Explication de son historiographe Jean Lacouture: «Il avait du mal à comprendre comment on pouvait rester neutre dans le monde de l’époque.» Et, selon le Franco-Suisse Alain-Jacques Tornare, il «se faisait un point d’honneur de payer sa propre facture d’électricité à l’Elysée et n’aimait probablement pas que nos banques servent à dissimuler les richesses des grandes fortunes françaises.»

 

Les Français parlent aux Français, tome II, Ed. Omnibus, 1580 p.

 

 

 

Le sang bruntrutain du général

 

 

Connaissez-vous le village jurassien de Soulce, près de Delémont? C’est un hameau de 250 âmes, qu’on appelle les Soulçattes ou les «Roquets», et que traverse le ruisseau du Folpotat. Dans une brochure parue en été 2000, on y évoque, parmi les personnalités historiques qui y vécurent, un certain François-André Nicol (1742-1780). Ce natif de Porrentruy fut grenadier au service du roi de France, puis caporal dans le régiment suisse d’Eptingue. Un «people» d’intérêt seulement local? Un «nobody»? Oui, mais qui lui-même ignorait qu’un de ses arrière-arrière-arrière-petits-fils deviendrait au XXe siècle, un soldat mille fois plus glorieux que lui; puis le chef d’Etat français le plus illustre de son temps, le fondateur d’une certaine Ve République…

Cette ascendance suisse de De Gaulle, par voie maternelle, a été scientifiquement attestée par des archivistes de Bâle et des généalogistes d’outre-Jura. La mère du général, la Lilloise Jeanne Maillot (1860-1940), avait eu pour grand-mère une certaine Louise Kolb (1792-1877), elle-même petite-fille de notre caporal bruntrutain de Soulce et d’une demoiselle Marie Joséphine Constance, née Lefait. Cette trisaïeule fut bien vaillante, une gaulliste avant l’heure: elle avait accompagné son mercenaire d’époux jusqu’à Toulon puis en Corse, où il le vit mourir du typhus à 38 ans.

 

 

 

Commentaires

"Explication de son historiographe Jean Lacouture: «Il avait du mal à comprendre comment on pouvait rester neutre dans le monde de l’époque."
"La Suisse, putain des USA", ce ne serait pas aussi de lui ? Ce ne serait pas tout faux, cf. l'achat des FA-18 contre toute logique politique, l'à-plat-ventrisme des banques face au lobby juif, pardon, le Congrès Juif Mondial, et d'une manière générale le suivisme absolu de tout ce que disent les Ricains contre les Européens.

Écrit par : Géo | 08/12/2011

On peut lire ceci à la p.329 du volume V du rapport Bonjour

La France de 1945, celle du général de Gaulle, n'oublia pas les bons services rendus par la Suisse. Dans un discours prononcé le 21 juin, le ministre des prisonniers de guerre exprima les sentiments que voici: "Le fait que, d'une façon générale, nos prisonniers de guerre sont rentrés en très bonne forme est un vrai miracle. Nous devons ce miracle au CICR et à la Suisse. Nous le devons aussi à la convention de Genève, dont l'amélioration à la lumière des expériences de la guerre est une tâche des plus urgentes."

Il évoqua en outre la profonde "francophilie" du peuple helvétique, en particulier en Suisse alémanique, où les sentiments étaient forts différents de ce qu'ils avaient été lors de la première guerre

(Edgar Bonjour Histoire de la neutralité suisse vol V p. 329)



Evidemment on cherche en vain un intellectuel suisse qui a lu le rapport Bonjour, ils préfèrent de loin le rapport Bergier n'ayant eu comme unique but le sauvetage de la place financière suisse aux EU, c'est très moral.

On remarque également le peu de cas que ces intellectuels ont fait du travail admirable du CICR et de ses délégués. Aucun témoignage dans les médias.



Vous oubliez aussi de mentionner que le frère de Charles de Gaulle était réfugié en Suisse.



A part cela je vous signale mon livre:



http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/search/Default.aspx?cleanparam=&titre=&ne=&n=0&auteur=&peopleId=&quicksearch=la+suisse+avant+et+pendant+la+seconde+guerre+mondiale&editeur=&reference=&plng=&optSearch=ALL&beginDate=&endDate=&mot_cle=&prix=&themeId=&collection=&subquicksearch=&page=1



Vous pouvez aussi me le commander au prix de Frs 23.- avec envoi

Écrit par : Christian Favre | 09/12/2011

Encore faut-il confondre le CICR et la Suisse, ce qui horripile cette organisation financée en premier lieu par la Suisse, les USA et la Suède. Par ailleurs, le rôle du CICR durant la seconde Guerre mondiale reste encore aujourd'hui un sujet disons assez cuisant pour le CICR lui-même. Selon ses théoriciens en charge de cette question durant leur cours d'endoctrinement, ils ont fait ce qu'ils ont pu pour protéger les populations, c-à-d peu de chose.
Le capitaine de Gaulle ayant profité de la protection de la Croix Rouge internationale durant la 1ère Guerre mondiale (sa fiche est visible au Musée de la CR à Genève), il n'est pas étonnant qu'il en manifeste quelque reconnaissance.
Cela dit, ce ne serait pas de Gaulle qui prenait la Suisse pour la putain de l'Amérique ? Qui d'autre ?

Écrit par : Géo | 09/12/2011

Bien sûr que non: ce qualificatif désobligeant concernait Cuba, avant que vos amis barbus n'allument leur premier Cohiba avec un billet de cent dollars. Mais puisqu'on parle ici d'hétaïres, soulignons que le grand Charles aura niqué tout le monde, avec au premier rang: les Pieds-Noirs et les Québécois. Saint Bastien-Thiry, priez pour lui.

Écrit par : Rabbit | 15/12/2011

"ce qualificatif désobligeant concernait Cuba"
Cuba, le bordel de l'Amérique et non la putain de. Je finirais bien par trouver pourquoi je continue de penser que c'est de de Gaulle...

Écrit par : Géo | 15/12/2011

Allez à la pêche avec De Gaulle et vous doublerez votre chance d'attraper quelque chose.

Écrit par : Rabbit | 15/12/2011

Les commentaires sont fermés.