28/02/2012

Sobriété funéraire vaudoise

Au début du XIXe siècle, persiste la coutume d’inhumer les morts au centre des villes. A proximité, voire (pour les fortunés) à l’intérieur d’une église. Sous une dalle marbrée plaquée d’inscriptions en cuivre, derrière une ronde-bosse pariétale, ou dans un imposant sarcophage. Tel celui d’une jeune princesse russe, Catharina Orlov, morte de phtisie (tuberculose) à Lausanne en 1781. Son monument bistre, tarabiscoté, sis à l’ouest du croisillon de notre cathédrale, contraste avec les gisants gothiques et blancs de l’abside. Une exception: c’était l’épouse d’un ministre de la tsarine. Quant aux autochtones du quartier de la Cité, ils trouvent leur ultime sommeil hors de l’édifice, derrière son chevet, en un cimetière exigu de 66 toises (130 m) dit «du Grand Hôpital». En contrebas, celui de l’église Sainte-Madeleine démolie sous la Réforme, a 200 toises. Plus vaste est le séjour des morts de Saint-Pierre (340 toises) sur l’autre versant du Flon. En 1801, on y enterre encore. Cela en plein cœur du tissu urbain, et jusqu’à la place Saint-François, dont l’église est flanquée d’un modeste enclos mortuaire. Mais, trois ans après l’éviction des Bernois, les Lausannois sont encore des protestants qui observent les rugueuses prescriptions liturgiques que LL.EE leur avaient si longtemps imposées. Le rite funéraire n’étant point un sacrement, comme le baptême ou la communion, il doit se dérouler sans pompes spectaculaires. Sans éclat. Avec «la répugnance que nous avons pour tout ce qui est laudatif, écrira le poète Juste Olivier, même à l’égard des morts.»

D’autres cimetières lausannois s’ouvriront: à Marterey, à La Sallaz, à Ouchy… En même temps que tous les précités, ils seront rasés pour permettre la construction de logements et l’élargissement des places et des rues. Ils seront avantageusement remplacés, en amont de Vidy, par celui de Montoie en 1865, puis celui du Bois-de-Vaux, un chef-d’oeuvre architectural achevé par le grand Alphonse Laverrière en 1951.

 

 

16:46 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

C'est anecdotique, mais êtes-vous certain de la valeur de la toise vaudoise ?
Selon M. Troyon en 1823, celle-ci fait 3 mètres de France, tout comme pour M. Wursten-Favre en 1835. Itou pour "le Journal d'Agriculture pratique" de 1860.
"La Suisse géographique, industrielle et agricole" prétend, elle, que la toise vaudoise est égale à 10 pieds, valant chacun 10 décimètres français; Géo saura nous convaincre que cela peut bien correspondre à 3 mètres du même pays.
Par contre "le Journal des Tribunaux" nous apprend que les mesures faites avant le 27 mai 1882 (loi sur les mesures vaudoise) sont basées sur le pied de Berne mais que les relevés du cadastre sont inexacts parce qu'il n'y avait pas de mécaniciens en Suisse pour construire les instruments de mesure adéquats, que ceux-ci venaient de Paris où l'on se servait des échelles au pouce du roi, tandis que les terrains se mesuraient en pied de Berne. Mais il nous rassure en disant que le pied vaudois est égal à 300 millimètres, ce qui pourrait bien en faire une toise, et même une perche fédérale quand on le met au carré.

Écrit par : Rabbit | 01/03/2012

ERRATUM
"...la toise est égale à 10 pieds , valant chacun 3 décimètres français..."

Écrit par : Rabbit | 01/03/2012

Merci Rabbit,

Je me suis fondé essentiellement sur des données fournies par le lieutenant-baillival Polier en son journal, écrit avant la fin du XVIIIe siècle. Et il est vrai que les mesures n'ont cessé de fluctuer jusqu'à l'adoption du système métrique.

Bien à vous.

Écrit par : Gilbert | 01/03/2012

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