08/03/2012

Une belle âme à Vouvry

En 1898, on parle encore dans toute l’Europe de l’incendie de Bulle, qui pulvérisa en 1805 la plupart des bâtiments publics de la capitale gruérienne. Même si, 17 mois plus tard, en septembre 1807, l’artillerie de la flotte anglaise embrasa plus spectaculairement le port et la cité de Copenhague. A cette catastrophe nationale remonte peut-être ce dicton danois qui, si j’ose dire, donne froid dans le dos: «Souvent le feu incendie la maison de celui qui se rit des autres.» Comme quoi, la providence finirait toujours par punir les malveillants au cœur sec. Or, sur la Riviera vaudoise, on se rappelle qu’en l’année même du grand sinistre bullois, des pompiers de Montreux furent expédiés dare-dare pour éteindre un feu, de moindre envergure, qui sévissait à Vouvry dans la nuit du 23 au 24 novembre 1805. A la demande du curé de cette commune valaisanne (encore sise en «République rhodanienne», c’est-à-dire napoléonienne), qui joliment surplombe en éventail notre plaine du Rhône, les sapeurs vaudois s’évertuèrent à actionner le plus efficacement possible leur poussive machine. La pompe était encore à bras, soit une invention française bicentenaire, datant de la régence de Marie de Médicis: il leur fallait relier une lance montée sur coude à un long tuyau en cuir, puis eux-mêmes alimenter ce vieux siphon rouillé par une noria de seaux d’eau.

Pieds nus sur les pavés, en chemises et bonnets de nuit, les Vouvryens contemplaient hébétés, affamés, le désastre. Ils s’armaient pourtant de patience: le prévôt Rausis avait promis de leur faire parvenir «du grain, du riz, du drap, des pièces de toile, et quelques setiers de vin, vu les faibles vendanges». En attendant, tous furent édifiés quand le plus riches d’entre eux lança aux sapeurs ce cri du cœur philanthropique: «Laissez seulement brûler ma maison, j’ai de quoi la rebâtir. Mais allez vite sauver celle qui la touche. Elle appartient à un pauvre homme.»

 

 

 

16:16 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (22)

Commentaires

En se baladant aux abords du lac Bam, près de Kongoussi, mon amie d'alors discute un brin avec un pêcheur. Elle s'étonne de la qualité de son français, il lui apprend qu'il l'a amélioré en Suisse. A Vouvry. Comme beaucoup de Burkinabés, il était allé travailler en Côte d'Ivoire. Il était aide de ménage (boy...) chez un directeur de Nestlé et celui-ci lui a demandé s'il serait d'accord de venir en Suisse pour aider ses vieux parents quelques temps. Désiré a bien entendu accepté mais manque de pot, il a fait très froid cette année-là...
Il est passé quelques fois à la maison (à Kongoussi) boire une bière, et il avait une bonne descente. Mon amie l'a donc invité pour la fête de fin d'année de sa petite entreprise : une communauté de tisserandes qui travaillaient beaucoup sous Thomas Sankara, mais qui n'avaient plus de travail depuis sa mort, le faso dan fani étant passé de mode...
Mon frère et sa femme étaient venus nous trouver, il y avait une bonne douzaine de femmes de la région : Désiré s'est lancé dans un speech stand up sur son séjour en Suisse, le froid, jusqu'à mimer les sapins qui pèlent de froid avec les branches qui pendouillent, ses séjours à la chaufferie parce que c'était l'endroit le plus chaud: tout le monde les larmes aux yeux de rire...
A la fin, n'en pouvant plus de ce froid, Désiré s'est arrangé pour se faire appeler du Burkina pour rentrer pour cause de funérailles, le premier prétexte venu.
Je suis sûr que ce sketch aurait eu beaucoup de succès aux Faux-Nez, l'émigré africain qui fait tout pour fuir la Suisse...

Hier, en rentrant de Genève par la rive française, j'ai pris un jeune Cap-verdien en stop à la sortie de Vouvry et lui ai raconté cette histoire. Il avait l'air d'être moins impressionné par le froid que Désiré...

Écrit par : Géo | 08/03/2012

A Genève, Géo ! vous cherchez vraiment à créer l'incident !
Autrefois, l'émigré suisse en Chine avait toutes les raisons de craindre l'hiver oriental, puisqu'on n'y trouvait pas de chauffage central dans les maisons au sud du Fleuve Jaune, en vertu d'une ancienne règle. La situation évolue dans le bon sens, soit en direction du sud, mais il n'y a toujours pas de chauffage dans les maisons au sud du Fleuve Bleu.

Écrit par : Rabbit | 12/03/2012

De Genève, R, pas à Genève. Nuance. Et c'est pour éviter de traverser cette ville que je suis passé par la France...
Cela dit, le chauffage des maisons du sud de l'Europe n'est pas terrible non plus...

Écrit par : Géo | 12/03/2012

C'est ce que me dit une collègue originaire de Galice: pas de chauffage central et un climat proche de celui de la Bretagne. C'est stimulant & roboratif à la fois. Un pays à loups, c'est tout dire.

Écrit par : Rabbit | 12/03/2012

Bon, c'est très bien les loups, n'oublions pas. Cela mange les petits enfants...
"Quelqu'un qui déteste les enfants et les animaux ne peut pas être foncièrement mauvais..." W.C. Fields

Écrit par : Géo | 12/03/2012

Cela me rappelle ce que disait un étudiant suédois il y a quelques années : à le croire, il avait eu plus froid en Espagne qu'en Suède, pendant l'hiver. Je connais cela. Mais les températures ne sont pas vraiment basses, c'est plutôt un mélange d'humidité et de mauvais isolement des maisons, et sans chauffage central, bien sûr. En revanche, le moindre appartement est équipé d'un climatiseur pour l'été. On voit où sont les priorités.

Écrit par : Inma Abbet | 12/03/2012

C'est pourquoi, en-dessous du Fleuve Bleu, on inverse la climatisation pour obtenir de la chaleur en hiver. Résultat: l'électricité a augmenté de 25% l'an dernier. Mieux vaut aller passer l'hiver à Hainan ou Singapour (sinon Genève, collé au radiateur).

Écrit par : Rabbit | 13/03/2012

«Laissez seulement brûler ma maison, j’ai de quoi la rebâtir. Mais allez vite sauver celle qui la touche. Elle appartient à un pauvre homme.» Et si l'on agissait comme ça envers les pays pauvres...aussi dans l'Eurozone?

Écrit par : cmj | 19/03/2012

"Et si l'on agissait comme ça envers les pays pauvres...aussi dans l'Eurozone?"
Savez-vous bien ce qui se passe dans le monde, cmj ? Réalisez-vous ce que signifie 107 milliards d'euros de dettes de la Grèce réduites à zéro ? Pensez-vous que les Grecs sont d'honnêtes gens qui méritent d'être entretenus jusqu'à la fin de l'humanité par ceux qui travaillent en Europe ? Savez-vous que chaque année, l'état grec paie 20'000 pensions (payées évidemment par l'Europe) à des gens qui sont morts depuis longtemps, rembourse des dizaines de milliers de factures de soins n'ayant jamais été donnés, que 98% des maisons sont construites hors cadastre, que personne dans ce pays ne paie d'impôts ?
Savez-vous cela ?

Écrit par : Géo | 19/03/2012

La foi est une conviction en la véracité d'un ensemble de croyances. Que ces croyances soient vraies ou fausses, salutaires ou irresponsables, n'a plus aucune importance dès le moment où la foi supplante la raison et la conviction, le doute. C'est mieux que Schopenhauer dans "L'art d'avoir toujours raison".

Écrit par : Rabbit | 19/03/2012

J'accepte de respecter les gens qui ont la foi même si je pense qu'il s'agit là d'un véritable renoncement à sa qualité d'homme à part entière, sans dieu ni maître. Mais il ne faut pas que leurs visions interfèrent avec nos réalités terrestres, en tout cas pas d'une manière excessive. Attention au retour de l'Inquisition. Nous avons su faire entendre raison aux chrétiens et leurs intolérances, voici qu'une autre religion liberticide débarque en masse sur notre continent...

Écrit par : Géo | 20/03/2012

Vous parlez de "Un fantôme parcourt l'Europe..." ? celui de la première ligne du manifeste de MM. Marx & Engels ? On s'en était cru débarrassé en 1989, mais la culture bactérienne a proliféré au niveau des racines: elle est maintenant répandue dans tous les organismes, y compris votre Rochebin quotidien. Scénario mental identique à celui évoqué précédemment, avec une illusion d'optique au niveau de l'histoire en chantier permanent et de la réalité en devenir. Inquisition et Politburo, c'est kif kif mon frère...

Écrit par : Rabbit | 20/03/2012

Je n'y crois pas trop, à ce danger-là. 10 % pour Melenchon, et alors ? D'ailleurs, je vous rappelle qu'il est probablement le fils indigne et illégitime de celui issu du Nazaréen*. On pousse sur le curseur "altruisme" et on supprime la croyance. On ajoute une élite auto-proclamée avant-garde du prolétariat à la place des Apôtres et on obtient le PC. Non, je vous parle du conservatisme absolu, à jamais verrouillé dans ses certitudes sous peine de fatwa mortelle, la décoction imaginée par ce caravanier arabe jaloux des Juifs. Et de cette association funeste des religions imaginée par Enki Bilal. Les premiers à ouvrir la porte à leurs pires ennemis sont les chrétiens...
* Je vous avais raconté "nassarah, nassarah" ?

Écrit par : Géo | 20/03/2012

Il y avait déjà un réformateur allemand qui se nommait Mélanchton, non ? Un parent ? un clone ?
Aux Croisades, ceux de mon espèce ont déjà distribué pas mal de gnons dans la mêlée, faut s'attendre à un retour de balancier. Autant prendre de la distance, se mettre sous la protection du Grand Khan.
Mais, ces fanatiques qui vous horripilent tant, ce sont les mêmes frustrés de la croissance économique qui nous promettaient le Grand Soir hier matin: offrez-leur une voiture, une villa mitoyenne et des cours de golf, et ils oublieront à coup sûr leur petit livre vert.

Écrit par : Rabbit | 20/03/2012

"Autant prendre de la distance, se mettre sous la protection du Grand Khan."
Mon pessimisme naturel me fait penser que les cocottes mises sous pression excessive finissent par exploser et qu'il vaut mieux ne pas se trouver dans les parages. Mais il ne s'agit là que de physique newtonienne et je n'ai jamais rien compris à la physique de Monsieur Einstein. On devrait demander à Barbie de nous dire ce qu'elle en pense...

Écrit par : Géo | 20/03/2012

Dans le domaine de la physique hors-normes, elle est la mieux placée. Mais je doute de la voir apprécier le qualificatif "cocotte".

Écrit par : Rabbit | 21/03/2012

Dia-bolein signifie diviser et a donné diable en français. Vous êtes un génie hors normes dans ce domaine, Rabbit.

Écrit par : Géo | 21/03/2012

Quelques recettes magiques pour apaiser (à court terme) la cocotte minute…parfois le bonheur se trouve au bout d’un glaçon…et elle décrit si bien toutes les « sensations » magiques qui procure ce moyen de relaxation ...

http://youtu.be/gc-eqqiDKD8

Écrit par : Barbie Dark Side Forever | 22/03/2012

Oh la la. Diabolein. La honte. Diaballein, bien sûr. Tiens, à propos, j'ai rencontré un éminent helléniste fils d'éminent helléniste qui m'a assuré que "châbler, le Châble, etc, viendrait de cataballein, jeter en bas. Comme bouêlée pourrait venir de boè, le cri.
Etonnant, non ?

Écrit par : Géo | 22/03/2012

Les Diablerets (魔鬼) ont laissé sur vous une empreinte indélébile. Pas vrai ?
Que les colons Romains fussent tous brillants hellénistes, pour avoir donné des noms grecs aux lieux-dits helvètes, souffrez que nous fassions la moue. PAR et moi en restons à Châble -> chablis; on peut tenter le rapprochement entre "cadabola"/"catabela" et "catapulta", donc "katabolè" en grec. Mais il y a tout de même une différence sémantique entre "choir" et "jeter". Crénom de sort !

Écrit par : Rabbit | 22/03/2012

Quoi, quoi, crénom de sort ?
Pour moi :
1° catabolè vient de kataballein, on est bien d'accord ? cataballein signifie jeter.
2° S'il y a une différence sémantique entre choir et jeter, la linguistique fourmille d'exemples de mots passant de jeter à choir. Un chable, dans ma région, au nom sur lequel nous allons nous disputer un peu plus loin..., signifie un couloir dans la forêt où le bois est chablé. C'est-à-dire faire descendre le bois - le pétrole d'autrefois, dans une région où les salines fonctionnaient avec cette énergie - par ces couloirs. L'exemple le plus célèbre de cette technique est l'Eau-Froide, avec son barrage de la Joux-verte, en dessus de Roche.
3° Au point que l'étymologie de Caput laci pour Chablais me parait du plus haut ridicule. Le Chablais est le pays des chables.

Et ce n'est ni la première fois ni la dernière que je trouve certains étymologistes complétement farfelus.

Bien à vous, Rabbit. Crénom de dla.

Écrit par : Géo | 22/03/2012

Je sortais juste cette expression en hommage à feu mon grand-père.
Or donc, nous sommes d'accord sur une chose: Châble et chablis. Dans les Vosges, on ne jette pas comme ça les troncs d'arbres n'importe comment dans les pentes: on utilise des schlittes.
Pour en revenir à la Grèce, j'observe que c'est un pays peu boisé et je doute que la technique du chablis ait pu y naître, puis avoir été transférée en version originale dans nos régions.
Penchons-nous maintenant sur le cas des rupes: il y en a partout dans mon coin de canton. Mais des toponymes contenant le mot "rupes" on en trouve aussi sur la planète Mars, ainsi que sur Titania et Miranda, deux lunes d'Uranus. Est-ce que cela prouve que l'expression est une importation extra-terrestre?
Santé, conservation !

Écrit par : Rabbit | 22/03/2012

Les commentaires sont fermés.