16/03/2012

Zoologie scolaire et vieux bestiaires

Enfants, nous éprouvions de l’empathie pour Bambi, Mickey, Milou ou le loup de Tex Avery. Notre désenchantement fut causé par nos premiers manuels scolaires où les animaux ne parlent pas, et dont l’étude se ramifie en disciplines aux noms compliqués qui ne conduisent pas du tout au rêve: mammalogie, ornithologie, entomologie, erpétologie, ichtyologie, malacologie, etc. Loin de déprécier les progrès spectaculaires et les vertus souveraines de la science, on est en droit, 40 plus tard, de rester réfractaire à son obsession des exactitudes et à son jargon déshydraté.

A lui préférer la désaltérante candeur des bestiaires du Moyen Age. Dans leurs manuscrits enluminés, leurs fabliaux, ou leurs sculptures de gargouilles, les zoologistes du XIIIe siècle ne différenciaient pas les créatures réelles de celles jaillies de leurs superstitions. Ils classaient les animaux en catégories dépareillées, préfigurant les fameux inventaires à la Prévert: en celle des quadrupèdes, et en familiarité avec le chamois et le sanglier, émergait l’arme cornue et blanche de la fabuleuse licorne et la silhouette curieusement estropiée du dahut. Au pays des oiseaux, le phénix et le griffon volaient de conserve avec la cigogne, l’épervier, ou la gentille alouette turlutant (ou grisollant) sous les bosquets du bois Mermet. Au royaume des poissons, la sirène et le poisson-évêque (coiffé d’une mitre imperméable) côtoyaient nos brochets, nos ombles chevalier et nos maigrichons vengerons de Vidy, «justes bons à faire des savons».

En ce même microcosme, huit siècles plus tard, on aurait enfin contrôlé la faune lausannoise selon un ordonnancement urbanistique. Il n’en est rien: à Sauvabelin, un cochon laineux a échappé à la surveillance de ses gardiens en trouant les grilles pour rafraîchir son groin duveteux dans l’onde brune du lac artificiel. A la rue de la Borde, on a vu scintiller au milieu d’une flaque de pluie les tavelures or et noir d’une salamandre parvenue (par quel miracle?) de son Jorat natal. Issus de mêmes sous-bois, les renards qui, depuis dix ans, hantent mon quartier de Florimont ne glapissent plus. Se seraient-ils “joliment” embourgeoisés?

Commentaires

Hé, hé, c'est là que vous n'avez pas compris que les animaux bizarres et curieux à observer, c'étaient précisément ceux qui observaient les animaux, les vrais, et non le contraire. J'ai un ami qui très jeune a fait paraître un guide des chamois ou qqch comme cela. Pour cela, il a rencontré celui qu'on appelait le "syndic du Nègre" à Vallorbe. Le "Nègre", c'était le quartier des cheminots qui chauffaient encore au charbon leurs machines à vapeur...
Ce vieux bonhomme s'occupait des oiseaux blessés qu'on lui amenait, mais il partait aussi pour des virées solitaires de trois jours dans les bois environnants, parfois en plein hiver. Quand mon ami M. a fait sa connaissance, il avait dépassé les 80 ans. Et sa femme avait jeté en douce ses skis, pour éviter ces fugues hivernales...
M. est parti plusieurs fois en forêt avec lui. Il mettait complétement en scène ses balades avec une classe invraisemblable. Assis sur un rocher après une montée, ils discutent un brin de la suite et des endroits où ils pourraient apercevoir des chamois. Et au bout d'un moment, le vieux insinue : ça ferait tout de même un rude plaisir de s'en ouvrir une, non ? M. avoue penaud qu'il n'a pas prévu d'emmener l'objet de tous les désirs. Alors le vieux lance son bras en arrière sans regarder et sort une bouteille du meilleur blanc vaudois...

Un autre jour, il lui demande s'il veut voir des chouettes ? Ben oui, bien sûr. Le vieux prend une bûche, frotte délicatement l'arbre à côté avec, et 4 chevêches sortent du trou, en ordre de grandeur croissant, l'air très étonné...

C'était il y a 40 ans environ. Quand il parle, M. en a encore les yeux qui brillent d'émerveillement...

Écrit par : Géo | 16/03/2012

Quand je lis vos billets, Gilbert Salem, j'ai l'impression de tenir en main un livre ou un recueil de textes avec ce sentiment - à nul autre pareil - que j'ai, avec le livre (papier), que je suis seule à le lire, qu'il a été écrit pour moi. J'ai rarement cette émotion avec l'écran. Mais ce sentiment est fugace, je reviens vite à la réalité du virtuel (oxymore?).
Et puis, ce que vous écrivez est si poétique, ("... on a vu scintiller au milieu d'une flaque de pluie les tavelures or et noir d'une salamandre..."), le vocabulaire si riche, chaque mot a une saveur, j'entends un son, une voix, une musique, je respire une odeur, des images surgissent...
La preuve de cette magie, le commentaire de Géo qui s'est remémoré cet épisode, savoureux.
L'écran a donc un intérêt, mais le livre, ô le livre...

Écrit par : Ambre | 17/03/2012

Merci, chère Ambre,

Moi aussi je préfère de loin l'odeur du papier, c'est celle d'un bon pain de vie.

Écrit par : Gilbert | 17/03/2012

Mais vous prouvez qu'il est possible de faire un bon papier sans avoir de cellulose, uniquement des pixels.

Seul bémol: On ne verra jamais de «Termite à cou jaune», seule de son espèce en Europe, manger des pixels!

Écrit par : Baptiste Kapp | 18/03/2012

Les renards de votre quartier ont fui la planète terre détestant les hystéries collectives du genre ,un chat on lui marché sur la queue et voilà la machine à paranoia Weber et l' autre écolodéconologie qui se mettent en route.C'est vrai le bestaire Walt Disney même repris par certains chocolatiers et Kambly a ravi nos yeux d'enfants ,mais les scènes d'hytérie collectives étaient vite controlées par une bonne fessée.
Les anciens faisaient comprendre qui faisait la loi et ils avaient bien raison,grâce à eux on arrive encore et dieu merci à séparer le réel de l'irréel de cette boite à mensonges que représente à lui tout seul le monde de certains internautes qui n'a bientot plus rien à envier au monde du travail décrié par les mêmes d'ailleurs comme addiction , excusez nous de nous fendre de rire/vieille expression/ aussi devant le nombre en nette augmentation de faux massacres d'animaux organisés grâce à d'anciennes images remises au gout du jour

Écrit par : lovsmeralda | 18/03/2012

Oui, Ambre, c'est aussi ce que je ressens, c'est éducatif, bienfaisant, et bien plus que tout, c'est tellement vrai!

Écrit par : cmj | 19/03/2012

Vous devriez parler de cet écrivain nabil malek auteur d'un livre sur Dubaï. ancien banquier repenti il dit pis que pendre de la finance qui n'a, selon lui, aucun futur. Souscrivez-vous à ces propos? Demandez à ce monsieur de finance dans 24 heures.

Écrit par : jacques Bordier | 20/03/2012

Il fallait s'y attendre, avec tous ces cheikhs en blanc....

Écrit par : Rabbit | 20/03/2012

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