24/04/2012

Gilbert Vincent, apôtre libre

Après-demain jeudi, un nouveau portrait filmé de la collection Plans-Fixes sera projeté à la Cinémathèque suisse, consacré à un Vaudois émoustillant et inclassable. L’abbé Gilbert Vincent, 79 ans, est un curé catholique retraité qui ne renie point ses origines paysannes protestantes. Un érudit raffiné, ami de poètes, de peintres, de facteurs de clavecin de plus la belle gamme. En un entretien de 50 minutes, il répond aux questions pertinentes, parfois enjouées, d’un Bertil Galland au plus fringant de sa forme – son aîné de deux ans. En confiance s’y déballent les vérités intimes d’une jeunesse vécue chez ses grands-parents maternels de Savigny, Constant et Julie Jaton. Cette dernière lui a appris «à penser par soi-même, à rester indépendant». Un principe toujours conservé: après sa conversion à 25 ans au catholicisme - qui choqua sa parentèle, de confession réformée – le néophyte Gilbert Vincent s’ennuya trop ouvertement aux cours du séminaire de Fribourg. Plus tard, son admiration pour le Neuchâtelois Maurice Zundel, un théologien qui secoua le compromis figé de l’œcuménisme en préconisant une morale de la libération, fut jugée déplacée. Ce Zundel avait proclamé que «Dieu est pauvre, fragile, sans défense, parce qu’il ne peut qu’aimer.» Quel scandale dans les bénitiers à grenouilles de l’époque! Or l’abbé Vincent y souscrira, avec élégance stylistique.

 

Son autre initiateur à une spiritualité plurielle fut notre immense poète Gustave Roud, auquel il consacrera en 1981 une biographie très vivante à l’Age d’homme. Séduit à 16 ans par ses poèmes géorgiques et mystiques, il le rencontrera souvent dans sa maison de Carrouge, où le vieillissant Hölderlin joratois lui fit un jour cette suggestion intuitive: «Vous êtes sensible au symbolisme? Allez voir chez les catholiques !» L’humble disciple suivit ce conseil avec courage, ferveur et de la simple humanité envers de milliers de paroissiens, qu’ils fussent de Vevey, de Cully, puis de Saint-Etienne, à La Sallaz - où il prêcha jusqu’en 1999. L’abbé Vincent les rallia tous à l’universalité de sa devise: «Que le surnaturel soit naturel.»

Autrement dit, les miracles de Jésus sont un pain quotidien, chaque jour de vie est une victoire sur la mort. Le merveilleux n’a en définitive rien d’extraordinaire.

 

Salle Paderewski, 26 avril, 18 h 30.

www.plans-fixes.ch

 

14:59 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

merci pour ce post...tres instructif

Écrit par : simon | 01/05/2012

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