18/05/2012

Gaz d’éclairage et hygiène

Au mitan du XIXe siècle, un réseau gazier alimente en lumière quelques cités suisses. A Berne et Genève, l’éclairage des rues et habitations commença en 1842. A Lausanne – où seuls quelques de falots à huile suspendus à des câbles permettaient de s’orienter dans la nuit – il fut inauguré place de la Riponne. L’expérience étant concluante, nos édiles s’approprièrent triomphalement la devise du bout du lac Post tenebras lux. Deux ans plus tard, le 22 janvier 1848, «on vit le Bazar vaudois éclairé par une vingtaine de becs d’espèces différentes qui attirèrent la visite d’une foule de curieux. La Palud fut éclairée au gaz et les rues ne tardèrent pas à se doter de nouveaux réverbères. Chacun admirait cette flamme sans mèche qui s’étalait aux yeux sous la forme d’un papillon. Et partout s’installaient des appareils à l’arrangement desquels on mettait de jour en jour plus de coquetterie. D’une simple branche recourbée, on passa à la lyre au bec rond avec tube et capuchon, du capuchon au lustre à globes dépolis et à cloches de porcelaine opaque» (Le Conteur vaudois, 1880).

Une première société de l’industrie du «gaz et des eaux» fut érigée à Ouchy - distribuant aussi l’eau courante dans les ménages pour en améliorer l’hygiène. Son usine était équipée de deux fours, cinq cornues distillatrices en fer et d’une paire de gazomètres de 350 mètres cubes chacun. Or l’exploitation s’avéra polluante et onéreuse: le charbon de bois consumé (du lignite fossile de Belmont) contenait trop de soufre. La chaux pour l’épurer «coûtait le lard du chat»… La source de lumière oscherine eut itou des effets dévastateurs sur la couleur des tissus de la maison Bonnard, à Saint-François, de même qu’elle oxydait les métaux de l’influent quincailler Francillon.

L’engouement pour le gaz d’éclairage s’étiola donc, pour ne revenir en grâce à Lausanne qu’en cette année 1856, grâce à l’arrivage – par train, puis chariots, puis navigation lacustre – d’un charbon de meilleure qualité, extrait du bassin houiller de la Loire. Du coup, 25 ans avant la première Expo nationale française sur l’électricité, d’aucuns crient au miracle: l’illumination gazière est-elle une fée devancière? Les Lausannois sont enchantés: la tortueuse et malfamée rue du Pré n’est plus un coupe-gorge à la nuit tombée. Dans sa tanière, le jeune Eugène Rambert peut écrire des poèmes en faisant une sacrée économie de chandelles. Chez ses mécènes du Grand-Chêne, de Saint-Pierre, tout comme à l’auberge du Lion d’Or, les laquais ne déroulent plus la corde les torchères de banquet pour en étouffer les flammes à l’éteignoir. Ce progrès scientifique procure un confort général dont nul ne se plaint; sinon les voleurs à la tire du Rôtillon. Plus quatre ou cinq pauvres hères condamnés au désœuvrement technique: soit les allumeurs de fanaux… Au bon vieux temps de l’éclairage à l’huile, ces Messieurs plastronnaient dans des rondes de nuit, frappant aux portes; ouvrant ou verrouillant des robinets oléifères à l’aide d’une clé particulière qui leur conférait une certaine autorité. Devenue antédiluvienne, ils tomberont avec elle dans les oubliettes de l’Histoire.

Source: Propre en ordre, Geneviève Heller. Ed. D’En Bas, 1979.

 

Ablutions publiques

Située sous le mur d’enceinte du Grand-Saint-Jean, la place de Pépinet a des dimensions modestes mais une situation névralgique. En 1856, le ruisseau de la Louve s’y jette à ciel ouvert dans le Flon, formant une petite cascade où les marmots aiment barboter l’été, au risque d’y contracter des infections dues à la corruption des eaux. Plus hygiénique, un édicule de bains publics sera installé à l’est, dix ans plus tard, en aval de Saint-François. Inspiré probablement des fameux Bains Haldimand qui furent créés en 1854 au Chemin-Neuf, près de la rue de l’Industrie, alors qu’une grande épidémie de choléra perpétrait ses ultimes ravages. Cette institution (qui ne sera fermée qu’en 1971 après avoir été accessoirement une buanderie publique) possédait déjà une dizaine de baignoires placées dans des cabinets séparés. Les Lausannois y étaient invités à se «décrasser». Non seulement pour se prémunir contre les maladies, mais pour y découvrir les joies de la propreté.

 

 

 

 

 

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