26/05/2012

Il love Montreux

Avec l’affluence continue de Britanniques vers Chillon, la timide bourgade lémanique de Montreux se trouva fort dépourvue au premier tiers du XIXe siècle. Sa capacité d’hébergement devenant insuffisante. Jusqu’en 1830, ces touristes romantiques, un peu bohèmes mais riches, trouvaient gîte et couvert chez l’habitant – en des fermes vigneronnes à literie honnête et au cellier odorant. Cinq ans après, on ouvrit deux auberges répondant à leurs exigences de milords douillets: la Pension Visinand et la Pension Richelieu. Plus verni sera le destin de l’hôtel du Cygne, fondé en 1837, car il se constellera plus tard de cinq prestigieuses étoiles à l’enseigne du Montreux Palace.

Et voici qu’en 1862, la commune encourage l’édification d’un «établissement avantageusement situé au bord du lac, à proximité du débarcadère et de la gare». Le Grand Hôtel Monney (supplanté en 1966 par un moins élégant Eurotel) aura été un des premiers de la Riviera vaudoise à se doter d’une infrastructure coûteuse, améliorer ses services, et enrichir la variété florale de ses plates-bandes - flattant ainsi la passion atavique des Ladies pour les roses et les pivoines.

L’opération de charme a fait mouche: des Londoniennes de Mayfair ou Sloane Square griffonnent sous le cachet de plis postaux destinés à leurs familles: I love Montreux so much! Elles savourent tant le microclimat qu’elles y séjourneront à l’année. Or l’une d’entre elles n’est pas du tout Anglaise: Lady Evelyn Atholl affiche fièrement une lointaine ascendance écossaise qui est en honneur tant au Parlement de Westminster qu’à Buckingham Palace. Elle leur préfère pourtant l’Hôtel Monney! Elle n’y sera que plus respectée et choyée, quitte à passer pour une «mélancolique». Soit une marginale, une indépendante! Les commerçants montreusiens, qui lui vendent des dentelles à foison, la surnomment «l’épouairée». Ils ignorent que cette mystérieuse évanescente immortalisera plus tard leurs broderies dans plusieurs musées européens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14:56 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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