17/07/2012

L'assassin de Sissi

 

De Luigi Lucheni, les archives genevoises ne conservent qu’une fiche anthropométrique le désavantageant: profil de petite frappe vouée à la repentance, peut-être délibérément vieilli - en 1898, ce Parisien, fils d’une fille-mère italienne n’a que 25 ans. De face, il a un regard plus effronté. Un demi-sourire d’aventurier, de crâneur: il se vante d’avoir poignardé, le 10 septembre sur le quai du Mont-Blanc, rien moins qu’Elisabeth d’Autriche-Hongrie, la souveraine la plus adulée de son temps. Une «star» internationale préfigurant une Garbo, une Madonna, une Lady Di…

 Et quand la mort de son impériale victime fut annoncée dans la salle du procès, l’accusé Luigi Lucheni poussa un cri juvénile de victoire: oui, il a agi avec préméditation, «dans un but exemplaire, pour faire avancer la cause anarchiste», opposée à toutes les monarchies. Il avait d’abord prévu d’assassiner le comte de Paris, Henri d’Orléans, mais dont la visite en Suisse fut différée. Son choix se porta du coup sur «Sissi», à cause d’une rumeur - relayée par des journaux inconscients – dévoilant son incognito: cette comtesse de Hohenebs, qui séjournait souvent sur les hauts de Montreux, était bien l’épouse du tyran François-Joseph. Apprenant que sa proie passerait la nuit du 9 septembre au Beau-Rivage, Lucheni fit le pied de grue devant l’hôtel dès l’aurore du lendemain. Puis il la pista durant toute la matinée dans rues chic du centre-ville.

Escortée de sa fidèle Mme de Sztaray, l’émaciée Sissi, toujours séduisante à 60 ans, fit quelques emplettes avant de rejoindre le quai du Mont-Blanc et s’embarquer sur un vapeur qui devait la ramener à Territet. C’est à cet instant, à 13 h 30 que son cœur fut transpercé par une «lime allongée et triangulaire». Incarcéré à vie, son tueur se pendra dans sa cellule en 1910. Ignorant que son évanescente et énigmatique victime n’était point une autocrate. Mais une poétesse qui croyait mouette.

Une plus grande anarchiste que lui.

 

 

08:21 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

dégage et fous-moi la paix

Écrit par : anne | 17/07/2012

nous avons souvent regardé et aimé les film avec la belle actrice "Sissi". Cette beauté cachait un drame comme cela arrive trop souvent!
Merci, cher Gilbert

Écrit par : cmj | 19/07/2012

L'assassin de Sissi fut l'incontournable faire-valoir de sa victime.

Si celle-ci était morte bien plus tard entre deux tisanes et quelques crachats verdâtres dans un sanatorium, sa légende n'aura pu naître ni son mythe grandir ...

Il est temps de rendre ici les deux destins complémentaires.
(voir mon livre "Mémoires de l'assassin de Sissi", publié au Cherche Midi en 1998, et traduit depuis en plusieurs langues, même en chinois)

Écrit par : Santo Cappon | 24/07/2012

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