21/08/2012

L’embryon d’une grande radio

Le 26 octobre 1922, se produit un stupéfiant miracle technologique sur la colline du Bugnon, en amont de la place de l’Ours. Un récital de musique classique est diffusé depuis le lieudit du Champ de l’Air, où la commune vient de mettre en service un émetteur TSF capable d’établir des liaisons radio-téléphoniques sur la ligne d’aviation entre Paris et la capitale vaudoise. Quelques privilégiés possédant un récepteur reconnaissent le timbre colorature de la cantatrice Madeleine Rouilly. Cette vedette du Victorial Hall de Genève y claironne le début de la radiodiffusion à Lausanne, qui devient la première ville de Suisse et la quatrième d’Europe (après Londres, Paris et Moscou) à posséder la précieuse antenne. Construite par le professeur Paul-Louis Mercanton, elle sera exploitée et contrôlée par son très entreprenant adjoint Roland Pièce. Achetée à une société française indépendante pour la somme 77 000 de nos francs, sa fiche technique impressionnera les initiés: «Une puissance de 750 W en télégraphie et 400 W environ en téléphonie. Pour une telle puissance, il faut 5 tubes triodes finaux montés en parallèle. Ils sont alimentés par un courant de 60 ampères sous 12 volts. Cela permet d’obtenir un courant de 10 ampères dans l’antenne. Un récepteur et un ondemètre complètent l’équipement.» Ainsi, bien avant que la radio ne devienne un appareil domestique accessible à tous, une source quotidienne d’information en paroles simples et intelligibles, elle est une œuvre collective de savants un brin jargonneux: électromagnéticiens, génies de la radioélectricité, de la navigation aérienne aussi. C’est d’ailleurs pour servir prioritairement celle-ci que nos édiles se sont tant démenés pour acquérir la T.S.F.

 

Aviation et météo

 

Extraits tirés des annales de la Municipalité de Lausanne, d’une séance datée du 31 janvier 1922 – neuf mois avant l’inauguration: «La télégraphie sans fil est aussi nécessaire à l’aviation que la boussole aux navigateurs. Il faut qu’au départ, le pilote soit complètement renseigné sur la situation météorologique, non seulement de la région où il doit atterrir, mais aussi de celle qu’il doit traverser. Il doit rester en communication ininterrompue avec l’aérodrome. L’installation du Champ de l’Air sera très utile au Service météorologique cantonal», etc.

La même année, on lit dans La Patrie Suisse que la T.S.F. pourra être bientôt organisée comme «un service de transmission régulière à tout notre pays, de renseignements et de prévisions météorologiques, d’une grande importance pour l’agriculture, qui seront transmis et seront reçus à heures fixes, par toutes les localités et par tous les particuliers possédant un poste d’écoute, d’ailleurs peu onéreux, facile à se procurer et à installer». Et le périodique genevois de préciser: «Les antennes sont placées à l’extérieur, dans le jardin du Champ de l’Air, au-dessous de l’Hôpital cantonal vaudois. Deux mâts de 47 m de haut, distants de 75 m, formés d’une série de tubes emboîtés et solidement haubanés, soutiennent l’antenne proprement dite, reliée avec le poste; un réseau en toile d’araignée, assure le contact avec la terre.»

Quatre mois plus tard, le 26 février 1923, la commune de Lausanne dotera officiellement (avec l’aval des instances fédérales) son émetteur d’un système permettant enfin l’émission de concerts réguliers, puis de bulletins d’information, d’entretiens enregistrés, de conférences… Il faudra attendre l’année 1931, lorsqu’une concession pour l’utilisation exclusive des émetteurs suisses sera accordée par Berne à une société nationale qui devra souvent changer de sigle: la SSR, alias la Société Suisse de Radiodiffusion, se muera plus tard en RSR – Radio suisse romande – puis, au début du XXIe siècle en RTS, soit la Radio-Télévision Suisse.

Car, entre-temps, les ondes «sans fil» du Champ de l’Air, puis des premiers postes à galène, auront alimenté des instruments d’information et de divertissement de plus en plus compliqués…

 

 

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