22/10/2012

L’iconothèque miroitante du Dottore Favrod

 Sa passion pour les photographies a commencé dans le Paris des années cinquante. Au petit matin, le jeune journaliste vaudois (né à Montreux en 1927) se rend à la porte de Montreuil, pour farfouiller en chineur passionné dans le bric-à-brac d’une Foire aux vieux papiers. Les aubes hivernales de la Ville Lumière étant paradoxalement obscures, Charles-Henri Favrod flaire ses trésors à l’aide d’une lampe de poche. Ainsi, la genèse de sa collection multiple et polymorphe - une des plus prestigieuses au monde - a eu pour décor la pénombre poussiéreuse d’un marché du XXe arrondissement… En majeure partie, elle est désormais conservée par la Fondation Alinari, de Florence, où le père du Musée lausannois de l’Elysée se rend régulièrement, à 85 ans, au défi de problèmes de santé. En héritiers éclairés des plus grandes heures de la Renaissance, les Toscans lui donnent du Dottore. Ils le tiennent pour un des meilleurs connaisseurs de ce qu’il considère lui-même comme le «plus moderne des arts». Dans un livre d’entretiens paru en 2010 chez Infolio, Favrod expliquait à Christophe Fovanna à quel point la photo a changé l’homme:

«Elle nous a permis de nous voir tels que nous sommes, sans l’inversion du miroir. Elle a rendu visible ce que l’œil ne voit pas: le mouvement du cheval, de l’oiseau ou de l’homme. Elle a surtout contribué à transformer notre expérience du temps.»

 

Si la plupart de ses documents ont été à ses amis florentins, il en gardé de nombreux – et de la plus belle eau – en son château de Saint-Prex. Une bonne centaine de ces images privées sont maintenant rassemblées par l’éditeur urbigène Bernard Campiche, avec l’appoint scientifique d’Edith Bianchi. En préface à ce majestueux album symphonique tout en noir-blanc (mais où le gris, le grège et l’argenté deviennent aussi des couleurs) l’experte du département architecture de l’EPFL rappelle que CHF n’est pas un collectionneur traditionnel. Il procède «par affinités sélectives». Il ne spécule pas, il n’est pas spéculatif. A l’instar de ses chers photographes du monde ou d’ici, célèbres ou méconnus, CHF est spéculaire: il aime faire réfléchir la lumière.

 

Tout ça, 130 p. Avec une préface et une postface de Favrod.

 

 

 

Commentaires

Vous êtes très doué pour marcher sur le feu. Voici ce que dit le Wiktionnaire de vos facultés félines :
"Il a passé là-dessus comme chat sur braise, (Figuré) (Familier) se dit de Quelqu’un qui, dans un discours ou dans un écrit, passe légèrement sur un article qu’il ne veut pas trop approfondir"
Miaou !

Écrit par : Géo | 23/10/2012

"Les aubes hivernales de la Ville Lumière étant paradoxalement obscures".
Il y a toujours dans vos textes au moins une phrase qui me fait dire : j'ai bien fait de passer par ici.

"Spéculaire" je l'apprends aujourd'hui, c'est également :
"Plante à fleurs violettes appelée aussi miroir de Vénus." (+_+)

http://www.florealpes.com/fiche_mirroirvenus.php?PHPSESSID=7eeaa798eb2094acc8a0bcc1cda07196

Écrit par : Ambre | 24/10/2012

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