29/10/2012

Un miroir du Pays de Vaud

En 1970, Bertil Galland publie le premier tome de l’Encyclopédie vaudoise.

 

 

Cent vingt ans après celle de Diderot et d’Alembert, et un siècle après celle d’Yverdon, une nouvelle encyclopédie en français voit le jour à Lausanne. Comme les précédentes, elle vise à l’universalité des arts, des sciences et métiers. Mais cette fois pour la circonscrire à une seule région: le canton de Vaud. Avec sa superficie de 3212 km2, invisible sur le planisphère, ce microcosme se révélera un pays grand, riche d’une histoire millénaire. Complexe, disparate par sa géographie et ses traditions culinaires ou langagières. Une mosaïque contrastée non seulement de paysages, mais de desseins économiques, de créations artistiques. Elle méritait bien, dans l’esprit éclectique et fécond de son initiateur, Bertil Galland, d’être re-prospectée et expliquée tel un macrocosme. En 1970, alors que paraît le premier tome de L’Encyclopédie illustrée du Pays de Vaud, consacré à «La nature multiple et menacée», ce dernier est un reporter au long cours et aux yeux d’acier. Agé de 39 ans, il s’était formé au journalisme exigeant «à l’américaine», en sillonnant 20 ans plus tôt les Etats-Unis, dont il a brossé une fresque très enlevée en 1960 dans un récit intitulé La machine sur les genoux. Plus tard, il en écrira sur ses expériences en Chine, en Islande, en URSS, etc. (Sur la poésie aussi…)

Bref, c’est un Vaudois ouvert aux autres civilisations qui entreprend une des plus audacieuses aventures éditoriales romandes, trois décennies avant le cap du XXIe siècle. Né le 15 octobre 1931 à Leysin, Bertil Galland a pour père un médecin généraliste à La Sallaz, qui lit La Feuille d’Avis de Lausanne, en notable ordinaire. Ignorant qu’il y deviendrait un jour un chroniqueur prestigieux, le fier adolescent lui préfère la moins populaire et plus intellectuelle Gazette, à l’instar de sa mère. Une Suédoise qui lui a appris à penser aussi dans la langue de Selma Lagerlöf. Quand, adulte, il explora enfin la Scandinavie sur toutes les coutures, il fut frappé par la diversité prodigieuse de ce peuple nordique, fréquemment perçu comme une ethnie monolithique. Il y découvrit philosophiquement un principe de l’hétérogénéité, applicable à toute contrée. Un jour, il avouera poétiquement: «Je peux dire que l’idée de l’Encyclopédie illustrée du Pays de Vaud est née en Suède.»

Bertil Galland est déjà reconnu comme un éditeur littéraire remarqué (celui, entre autres de Jacques Chessex, à l’enseigne des Cahiers de la Renaissance vaudoise) lorsque, en cette année 1970, il rassemble toutes ses énergies, puis celles d’un aréopage d’intellectuels suisses romands bénévoles, pour rompre les amarres de son odyssée encyclopédique, dont il sera le timonier durant vingt ans. Le premier tome, dédié à la nature, sera suivi de onze autres, méthodiquement éditées sous sa direction sourcilleuse. C’est à son ami Marcel Imsand qu’incombe le choix des illustrations – en noir-blanc, en couleurs, gravées, peintes, photographiées ou en vignettes collées. Le maître d’œuvre de la maquette est Laurent Pizzotti, fils d’Ernest Pizzotti, singulier «peintre des chantiers». Il y invente une mise en page bariolée, vivante, presque ludique: lectures marginales sur fond bistré, encadrés sauvages, légendes d’images parfois plus instructives que le texte qu’elles illustrent. Une joyeuse et inventive chorégraphie sur papier qui sera plus tard imitée, avec moins de bonheur. D’emblée, elle est bien accueillie dans les familles: les 3000 unités du premier tome sont vendues en 15 jours. Parmi ceux qui suivront – sur l’histoire vaudoise, nos institutions, notre vie économique, nos arts, nos dialectes, sur les particularités surprenantes de nos mœurs quotidiennes, etc. – d’aucuns remporteront plus de succès. Sans bénéficier de subventions, ils seront diffusés à plus de 30 000 exemplaires. L’aventure prendra fin en 1987, aussitôt relayée par les Editions Cabédita. Mais la dorique colonnade de leurs 12 albums, façon Galland, resplendira longtemps dans la majorité des foyers.

 

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