06/11/2012

Du rat d’égout au rat de boudoir

Dans nos contrées, on a longtemps distingué le Rattus rattus du Rattus norvegius. Soit le rat des champs du rat des villes. Deux figures éminemment littéraires que le bon La Fontaine a immortalisées autour d’un festin d’ortolans, «sur un tapis de Turquie», et qui ont marqué nos mémoires scolaires. Le premier a un pelage noir et une indolence de muridé campagnard qui le confine dans les régions céréalières du Gros-de-Vaud, dans les greniers duquel il erre en rat plantouflard. La pilosité du second, qui est plus nerveux et plus fébrile, est brunâtre, comme la suie souterraine des canalisations urbaines: ce surmulot lausannois ne se nourrit plus que rogatons de viande, de légumes avariés (l’ortolan mitonné à la truffe et à la moelle, pour lui c’est du passé, c’est de la fable…) Voire de matières de provenance humaine que la décence m’interdit de nommer ici. Cette malsaine nutrition le rend corpulent et laid. Triste surtout d’être affublé du titre peu glorieux de rat d’égout. Il est condamné à sentir pas bon. A effrayer de vieilles passantes sur les quais du parc Bourget quand il réémerge soudain, des enrochements de Vidy, pour faire pointer son son museau gluant vers le ciel pur et bleu des Alpes lémaniques.

 

Or, depuis cinq ans – soit depuis le succès du film en pixar Ratatouille - une troisième espèce de rat a fait irruption dans notre paisible, et si proprette contrée: il serait aussi propre qu’elle et n’effraierait personne. En tout cas pas les jeunes demoiselles qui le trimballent un peu partout: dans le m2, le bus, et jusqu’aux fast-foods de la rue Bourg. Il s’appelle Marcel, Napoléon, Smirnoff ou Téquila. Juché sur l’épaule de sa maîtresse, qui le tranquillise par des caresses qu’on fait généralement à un chat, ce rat domestique ne miaule, ni ronronne. Plus intuitif qu’elle, il couine. En remuant sa queue de lombric dans une atmosphère qui lui est étrangère: il y a de l’hostilité dans le regard des gens alentour. La blancheur aveuglante des néons lui fait presque regretter l’obscurité des égouts. Mais il sait que, tout à l’heure, il sera bichonné et biberonné, comme un bébé, dans une jolie chambre d’adolescente à tentures mauves toute parfumée au chewing-gum.

 

Commentaires

C'est curieux, à Annecy - qui n'est pas si loin de Lausanne -, cette coutume de se promener avec un rat sur l'épaule, remonte à au moins vingt ans, quand j'étais jeune, je connaissais des filles qui en avaient, il y a bien vingt-cinq ans. N'attribue-t-on pas trop d'influence au cinéma américain?

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/11/2012

pour les restes alimentaires c'est surement efficace! mais bonjour les dégats chez les voisins s'ils s'échappent et les frousses de certains locataires.On espère qu'ils soient déclarés et vaccinés sinon bonjour des maux oubliés.Encore une mode stupide!
Quand à l'éventuel copain on n'ose même pas imaginer ce qu'il devra faire pour obtenir caresses plus conséquentes que l'animal!

Écrit par : lovsmeralda | 06/11/2012

@Rémi, c'est tout à fait cela. Une de mes amies se promenait avec un rat sur l'épaule il y a vingt ans, une autre avec un écureuil. Certains autres (dont moi) avaient à la maison des hamsters, des gerbilles ou des chinchillas. C'est toute une évolution aussi pour des animaux autrefois élevés uniquement pour leur caractère utilitaire : chiens, chats, lapins, furets, -et même poules- qui sont actuellement considérés comme des animaux de compagnie.

Écrit par : Inma Abbet | 06/11/2012

Sans parler des serpents! Mais Salammbô connaissait déjà, il y a deux mille quatre cents ans.

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/11/2012

Pour en rester à vos qualités félines, on mentionnera : à bon chat, bon rat. Au temps lointain des blogs lausannois, je crois l'avoir déjà racontée : un ami d'enfance, envoyé à la ferme ancestrale du côté des vampires vaudois (celui avec des grosses moustaches sévissait encore du côté de l'Evêché...), m'a narré la scène suivante à son retour : un chat, inspiré par ses excès d'hormones mâles et quelques vieux mythes wagnériens, se prit à poursuivre un honorable rat de ferme. Lequel s'enfuit devant la furie de ce chat qui avait du abuser des séries américaines. Rintintin ne buvait pas que de l'eau, et Flip le dauphin méritait bien son nom. Imaginez une cour de ferme, le chat poursuit le rat, vous avez déjà vu ça chez Tex Avery. A un moment donné, le chat coince le rat contre une porte. le rat se retourne, et scène suivante: le rat poursuit le chat dans la cour de la ferme...
A bon chat, bon rat...

Écrit par : Géo | 06/11/2012

Diable! Punk's fin des ans septante-quatre vingts, pour la vogue du rat. Et quid des perroquet pour les pirates.
Pour l'édification des foules je vous propose l'extrait en v.o, qui tend un pont sur l'abîme des temps, entre les porteurs de perroquets et ce billet
http://youtu.be/vzbdHIfkb6w

Bien meilleur film de Polanski, qui vaut à lui seul, les interminables suites du genre avec Johnny Depp.
Zab' et Bon app'
=@rb=(+)

Écrit par : Redbaron 'r in Erste Linie Rafalen | 07/11/2012

ou tandis que le rat à deux pattes boude,son sosie eresticus raticus non pas erecticus tout de même prend le relais,allez savoir!mais avouez tout de même qu'il y a de quoi être complexé,autant en rire car le ridicule n'a jamais tué quiconque bien qu'un suçon fait dans le cou par un rat faut vraiment aimer,berk!

Écrit par : lovsmeralda | 07/11/2012

Red Baron : Bravo! J'allais manger mon dessert. Plus faim:(((
Pas encore vu de rat sur les épaules des demoiselles dans ma ville, donc pas eu besoin de changer de trottoir.
De rats, je n'ai connu (pendant 9 mois) que ceux qui se baladaient sur le rebord de nos fenêtres à Paris il y a trente ans, après qu'ils eussent défoncés le ciment devant notre pas-de-porte. 9 mois avant que la mairie de notre arrondissement intervienne auprès des services de dératisation. Depuis, il m'arrive encore de faire des cauchemars inénarrables!

Écrit par : Ambre | 07/11/2012

Ambre? Diable! Ainsi vous le mangerez plus tard, redbaron est là qui à tout arrangé! J'adore la séquence ou Walther Mattau, mégotte avec la queue de rat dans son assiette... @B;-%puf, puff...
Je reskrypte, film à voir... Aaah, nostalgie, lorsque le drapeau pirate coule lentement... Pff...
Zab'
Messieurs Dames, mes hommages

Écrit par : Redbaron 'r in Erste Linie Rafalen | 08/11/2012

A mon avis, Redbaron, le meilleur film de pirates, ça reste celui-ci: http://www.youtube.com/watch?v=F0azvgVW-Wo Le film de Polanski était bien décevant. Dans ce vieux film, le pirate exerçait une fascination diabolique. La série avec Depp fait apparaître ce qui manque aux films de pirates: le merveilleux. On n'en est pas loin, personne n'osait franchir le pas! Mais cela manque de conviction, de force. Toutefois dans le dernier épisode les sirènes sont agréables.

Écrit par : Rémi Mogenet | 08/11/2012

Rémi, Diable... effectivement, il eut mieux valut que j'ajoute quelque chose du genre "revival" ou "moderne"... De plus dès l'ouverture de la ficelle qui attache que vous avez achoutée -ja, koden tapen, pfff! Maarci Rémi-, la référence de Polanski saute et creve les augen! B;-)...
J'ajoute à la liste des modernes que j'aime -ça rime aussi bien que l'ancien slogan pétrolier, ja!-, L'île au pirates, avec UNE pirate, comme personnage principal... Geena Davis! Teufel! Tiens che me demande si Barbie-Jane aime bien Geena!
http://youtu.be/XeaVCZlCjtE
La bande-annonce- mauvaise par rapport au film... Qui n'a pas marché... Teufel! Comme quoi. les goûts... y a-t-il des rats des goûts? Nan che me pose la question, allein, pas à vous Rémi, Teufel!
Et tiens, koden taper pour koden taper, j'ajoute cette ficelle, même si che n'aime pas les top ten... A cause des goûts, ja!
http://youtu.be/MTKYCjPyprY
Teufel! Che les ai pas tous vu... Heureusedément?
Bien à vous.
Zab'

Écrit par : Redbaron 'r in Erste Linie Rafalen | 09/11/2012

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