04/12/2012

Léon le léonin

En 1995, le Grand Prix de la Fondation vaudoise pour la culture revient à un artiste sans cravate, élégamment désinvolte et dont la crinière léonine se hérisse de pointes malicieuses. Les boucles noiraudes de la barbe de Léon Francioli évoquent, elles, des croches debussyistes, des doubles croches à la Dvorák, son autre compositeur préféré, mais aussi les tablatures chiffrées de la guitare électrique d’un Jimi Hendrix, son troisième modèle. C’est avec ce dernier instrument, qu’il grattait en solo, que ce fils de réfugié gauchiste italien établi dans le quartier lausannois de Chailly, était parvenu à galvaniser des ados de son âge pour remporter des succès mondiaux: à l’orée des années soixante, son groupe des Aiglons fera la une de Paris Match! Après ces adolescences survoltées au rock vibratoire, il retourne à ses premières amours classiques étudiées au Conservatoire: le piano et la contrebasse. Mais c’est d’abord pour les assujettir à l’anarchie harmonique du free-jazz: il enregistre avec le batteur Pierre Favre, joue à Nantes et à Chateauvallon avec Michel Portal, se produit en tournées européennes auprès d’un John Tchicai, d’un Albert Mangelsdorff. En 1982, Francioli devient plus sédentaire, en co-fondant avec le saxophoniste Daniel Bourquin (alias «Nunus»), le tromboniste Jean-François Bovard et le percussionniste Olivier Clerc un ensemble très créatif chiffré de leurs initiales: le BBFC. L’improvisation musicale y souffle encore et grince, pour dérouter et susciter la surprise émotive, mais cette fois à partir d’une partition très écrite. Dès 1991, Léon Francioli crée d’autres formations, dont celle des Nouveaux Monstres, pour réaliser des concerts-spectacles engagés, qui s’associent au cinéma, à la danse, au théâtre, à la poésie, etc. Mais il croit à la suprématie des notes et des sons sur les mots: «Les paroles du Kyrie sont toujours les mêmes depuis que de grands génies composent des messes. Elles ne sont qu’un support. C’est la musique qui les ravive!»

 

17:17 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Relisant Vialatte, je trouve en vous, Monsieur Salem, son plus bel héritier!

Écrit par : Le Pape | 05/12/2012

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