11/12/2012

Michel Bühler droit dans ses bottes

 

 

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Tandis qu’à Paris, une ville qu’il aime et connaît intimement, des politicards qui ne sont pas de son bord se prévalent effrontément d’une «droite décomplexée», notre Michel cantonal reste à 67 ans résolument de gauche. D’une gauche terreusement terrienne, jurassienne, voire jurassique, antédiluvienne. Sa gauche à lui n’a jamais eu l’idée d’être complexée… Ses treize nouvelles chansons, consignées dans un CD intitulé Et voilà *, restent idéologiquement fidèles aux toutes premières qu’il avait écrites à vingt ans, et chantées dans un cabaret genevois en compagnie de l’accordéoniste Nono Müller. Son timbre de voix aussi est inchangé: il est gouleyant comme du vin millésimé qui rajeunit. Connaissant un peu le passé de l’artiste, on y entend presque des inflexions enfantines: on le croit le revoir à cinq ans dans les réfectoires des usines Paillard et Thorens, à Sainte-Croix, reprenant les refrains d’un oncle et d’un cousin qui y étaient ouvriers, et accessoirement chanteurs. Ils lui ont transmis le goût de la cantilène, auquel plus tard il saura conférer des charmes prolétariens et une vigueur combative. Un de mes titres préférés de son dernier disque sonne d’ailleurs comme un tambour: «Je me bats». Extrait:

 

Tant qu'il me restera une once de panache

Tant que dans mes veines un sang rouge coulera

Je me battrai encore et toujours et sans cesse

Pour saluer la vie qui palpite et qui bat

 

Un sang rouge opiniâtre. L’invariabilité idéologique de notre Bubu national - un patriote pas patriotard - impose le respect; y compris à ses adversaires intelligents que son inventivité mélodique émeut. Sa poésie continue de l’habiller comme les bonnes vieilles laines qu’on tricotait jadis à Sainte-Croix pour s’armer contre les morsures du froid. Ou se laisser couvrir des flocons de décembre, dont il a tôt appris à pressentir les tombées irrégulières, rien qu’en humant la bise descendue du Chasseron. Dans la réédition en poche d’un livre paru en 2005 à Pontarlier, Michel Bühler attribue à la neige une flaveur particulière: celle de l’ozone.

 

L’auteur du dessin ci-dessus. Réalisé en 2012, est l’illustrateur franco-suisse Gilles Poulou, établi à Lausanne – http://chansonrebelle.com

 

 

 

Et voilà, 13 chansons enregistrées à L’Auberson en été 2012. Disque Office.

Jura, Ed. Bernard Campiche, collection camPoche, 220 pp.

www.michelbuhler.com

16:32 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Un bel humain...

Écrit par : Gilles Poulou | 11/12/2012

Bonjour Gilbert,
L'ami Gilles Poulou que j'héberge sur mon site m'a envoyé ton article sur Bubu (chroniqué sur "Chanson Rebelle") et je viens de créer une page http://chansonrebelle.com/dossiers/article-de-salem-sur-michel-buhler.html
Si tu as des critiques ou des suggestions sur le contenu, je suis preneur.
Je profite de l'occasion pour te signaler l'existence d'un chanteur suisse qui habite le Mont Pèlerin et dont le nom est Jean-Pierre Huser http://chansonrebelle.com/les-chanteurs/huser-jean-pierre.html
Cet artiste, chanteur, peintre a de multiple talents, et mérite que l'on s'arrête un moment pour lui prêter attention.
Salut fraternel
Gérard

Écrit par : Gérard Gorsse | 15/12/2012

Merci, Gérard, ne nous réveiller au souvenir chaleureux de Jean-Pierre Huser, dont j'avais tant aimé "La rivière" quand j'étais ado.

Tous mes voeux pour l'après-apocalypse, Noël, et l'an 2013.

Gilbert

Écrit par : Gilbert | 15/12/2012

Salut Gilbert,
Mon site t'est ouvert, si l'envie te prend de vouloir publier un article, ne te gêne pas, je le publierai avec plaisir.
Salut fraternel
Gérard

Écrit par : Gérard Gorsse | 15/12/2012

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