18/12/2012

Apprivoiser l’oignon sans plus pleurer

La cramine noire de la mi-décembre a été si dissuasive qu’on ne sortait plus sans se vêtir de plusieurs couches de laine. Quitte à ressembler aux centenaires du Puy-de-Dôme dont Vialatte célébra la légendaire frilosité: en Auvergne, écrit-il, «on se sert du grand-père pour planter les épingles, et le médecin, quand il l’ausculte, doit l’éplucher comme un oignon.» On imagine ce vieillard s’étrécir jusqu’à n’avoir plus qu’un squelette d’oiseau, dont on frictionnera le bréchet de pommades souveraines contre la sinusite. La meilleure se composerait de graisse d’oie, de miel et… d’oignons justement.

C’est dire l’importance, en période de fièvres et frimas, de ce bulbe potager ordinaire - en forme de montre de poche bombée, de tumeur douloureuse à l’articulation des orteils, de figures oblongues de politiciens tracassés, etc. Son décorticage fait pleurer dans les toutes les cuisines du monde depuis la nuit des temps, si l’on en croit Anne-Marie Labbé-Pinsseau, qui lui consacre des pages bien goûteuses, dans un livre dédié aussi à l’ail et à son arrière-cousine l’échalote. Avec la moutarde, le poireau et le petit pois, l’oignon serait un aliment préhistorique, apprécié partout pour son piquant prononcé qui rendait moins insipide la soupe des pauvres - à l’orge, au riz, au sorgho. Autant que pour ses vertus médicinales, reconnues déjà sous Charlemagne, et qui douze siècles après perdurent. Il est peu calorique et sa provision de vitamines (A, B1, B2, B3, B5, B6, B9, C et E) est si riche qu’elle donne le vertige, sinon une migraine de comptable. Or foin des calculettes, et vive nos vieux fourneaux en fonte émaillée! On y apprête de la soupe aux oignons, du bœuf aux oignons, de la potée boulangère où les oignons sont mijotés en compagnie d’une échine de porc. Parfois aussi des mixtures oignonières contre la tension artérielle… Demeure la problématique lacrymale: comment dépiauter ces bulbes jaunes, blancs ou rouges sans piorner? Les conseils de Labbé-Pinsseau sont savoureusement variés: opérer sous un filet d’eau, enduire son couteau de vinaigre. Ou plus simplement s’affubler d’un masque binoculaire de plongée sous-marine. Avec tuba.

 

Ail, oignons, échalotes, Cabédita, 80 pp.

 

Commentaires

Quelle honte que cette plateforme 24 heures totalement envahie par la vermine spam. C'est toujours Véronique Pasquier qui s'en occupe ?
C'est Noël, je n'ai pas commenté sur Bühler, son amour des éoliennes et des cinéastes pédérastes. Trop cool, non ?

Écrit par : Géo | 19/12/2012

J'admire votre "zénitude", très cher Géo! seraient-ce des ondes extrême-orientiales rabbittiennes qui sont venues vous rasséréner?
Amicalement
G

Écrit par : Gilbert | 19/12/2012

Pour ce qu'il m'en souvienne, mes relations avec le Grand Lapin Extrême-Oriental étaient toujours sous le signe d'une certaine agressivité. Celle qui existe entre des personnes très différentes et qui ne se comprennent pas vraiment. Mais il est sûr que je lui garde un souvenir reconnaissant du temps où j'étais coincé à Kaédi, seul Blanc dans la ville aux 18 mosquées avec double minarets dotés chacun de haut-parleurs sur-puissants. L'islamophobie peut avoir des bases objectives, si, si. Votre blog était ma seule distraction, à part écraser de-ci de-là quelques Androctonus australis bien décidés à établir domicile dans mes chaussures.
Joyeux Noël.

Écrit par : Géo | 19/12/2012

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