19/12/2012

La mort de François Silvant

 

 

Pleurer de rire, rire de pleurer, est-ce kif-kif? En s’éteignant le jeudi 14 juin 2007 dans une chambre d’hôpital de Lausanne, un de nos plus subtils humoristes nous a appris qu’on pouvait faire mieux que mourir de rire: mourir en riant de sa propre mort. Mais le cancer du poumon qui vient d’emporter, à 58 ans, le comédien vaudois François Silvant, fera mentir son nouvel adage: le samedi 23, on entendit surtout des larmes chagrines en notre cathédrale, lors d’un hommage ouvert au public, cela cinq jours après ses funérailles déroulées dans l’intimité, selon ses dernières volontés. Voilà 25 ans que ce gaillard athlétique au front clair et au sourire en coin se révélait moins timide quand il brûlait les planches - puis la scène télévisuelle – en incarnant avec virtuosité, et des inflexions vocales dignes d’un ventriloque, plusieurs dizaines de caractères contrastés. Des personnages typés vaudois le plus souvent, par l’accent, les truismes ou la voussure des épaules. Il singea un chauffeur de taxi grognon, un papa en vacances prêt à battre sa femme comme plâtre, l’alcoolo discoureur jusqu’à plus soif, le garagiste qui tape le carton. Mais surtout une Madame Pahud, son invention la plus remarquable, la plus populaire: coiffée d’une fanchon de paysanne qu’on noue sous le menton, et cancanière sans s’en rendre compte, cruelle par inadvertance, elle ressemble trait pour trait à votre voisine de palier. Une mégère malgré elle, qui a plutôt bon cœur.

L’humour de François Silvant était aussi une flamme civique – il l’avait même servi en appoint au fisc vaudois, lorsque, en 2005, Pascal Broulis commença à désacraliser la déclaration d’impôt! Il parodiait tout le monde, mais sans venin ni cynisme. Il y mettait de la grâce joyeuse et de la pudeur. Et quand le doux poète comprit qu’il avait le cancer, il ne s’en révolta point. Il prit la résolution de le vaincre par davantage de cocasserie: entre deux traitements de chimio violente, il griffonnait des canevas de sketches futurs.

 

17:07 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

"Une mégère malgré elle, qui a plutôt bon cœur."
J'aime beaucoup votre vision de Mme Pahud. Au point que je crois m'y reconnaître un peu...
Mais mégère est-il vraiment le terme qui convient ? Pour avoir vécu un grand nombre d'années avec des mégères d'appellation contrôlée, cela ne colle pas avec ma définition. Mme Pahud a cette rouerie ou rosserie populaire vaudoise. On balance en douce une petite vacherie pas trop grave enrobée de banalités plutôt sympathiques, genre "se donne de la peine et en a" dans le carnet scolaire...
La mégère, c'est soit les femmes de Brive-la-Gaillarde (!) qui flanquent une tournée aux flics sous le regard réjoui du bon Georges - tiens, un autre géo-urge -, soit Madonna, en version bourge.

Ambre, vous avez sûrement une idée ? Vous connaissez Madame Pahud ?

Écrit par : Géo | 22/12/2012

Merci de m'avoir donné envie de connaître Mme. Pahud que je ne connaissais pas! Epatant. François Silvant avait la même voix que Fernand Raynaud.

http://youtu.be/MNKBOzUTHz8

Quant aux "mégères gendarmicides" de Brassens, il eût fallu que je demande à mon père - né tout près de Brive - si les femmes étaient des mégères gaillardes!

"Des mégères d'appellation contrôlée" (0_0)? Bigre, de quel vignoble?

"... coiffée d’une fanchon de paysanne qu’on noue sous le menton, et cancanière..."
Ca me fait penser à deux humoristes dont je n'arrive pas à retrouver le nom (mémoire déficiente), deux hommes déguisés en vieilles cancanières. A vrai dire, elles ne me laissent pas un souvenir impérissable!

Géo, vous avez sûrement une idée?

Écrit par : Ambre | 23/12/2012

Roger Pierre et Jean-Marc Thibaut ? Cela a mis un certain temps à me revenir en tête...

Écrit par : Géo | 26/12/2012

Non, ce ne sont pas ces humoristes là. Je viens de les retrouver (merci Wikipédia) : Les Vamps! En fait ce sont deux femmes (je croyais que c'étaient des hommes parodiant des femmes (0_0).

http://youtu.be/TTs8TZvrStc

Écrit par : Ambre | 26/12/2012

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