14/01/2013

La gomme à mâcher, un fléau urbain

 

Adolescents, nous en achetions avec nos sous jaunes chez la buraliste de Montchoisi. Dame Décosterd était une souris souriante, maigre, à jupe grise et à accent boéland – une immigrée de La Tour-de-Peilz. Au mitan des années 60, ses gondoles présentaient tous les chewing-gums disponibles en Europe: y en avait à la menthe, débitée en menus carrés, souverains contre la toux. D’autres, en billes rouges ou jaunes, contenaient autant de fruits vitaminés nécessaires à notre jeune métabolisme que de sucre funeste pour nos dents. Or la «chiclette» qui ralliait tous les suffrages était un petit parallélépipède à emballage bleu-blanc-rouge étasunienne, et à nom de lance-roquettes antichar de la Seconde Guerre mondiale: le fameux Bazooka. Sa flaveur était trop sirupeuse pour n’être pas douteuse, mais sa texture faisait des miracles dignes d’un spectacle forain. Relevant de lois physiques de l’élasticité, voire de celles de l’aérostation: après avoir suffisamment mâchouillé la rosâtre guimauve, je pouvais y souffler des bulles aussi grosses que ma tête d’ado – tout aussi vide. Après quoi, ma bouche la rejetait. Où? Par terre…

Quarante ans après, je ne mastique plus rien, sinon ces souvenirs de ma jeunesse mâchouillante. Et je constate que le fléau de la «gomme à mâcher» (une expression de Mlle Simone Panchaud, de l’Ecole primaire) souille plus qu’avant les trottoirs de Lausanne de stigmates informes et disgracieux. Ça ressemble à un essaim de méduses pétrifiées, à un bourgeonnement de taches blafardes et cancéreuses sur la peau anthracite du bitume. A une dissémination aléatoire, qui déboussolerait le Petit Poucet. Inventé jadis par les Mayas, le chewing gum est devenu un problème poisseux qui afflige nos semelles et enlaidit la rue de crachats coagulés. (On en dénombre jusqu’à cinquante par mètre carré!) Pour le résorber, on pourrait adopter une méthode préventive appliquée dans quelques municipalités allemandes: les ruminants sont priés de fixer leurs chiques usagées sur des panneaux ad hoc. Dans les préaux, ça peut même avoir un effet charmant, instructif, initiant les écoliers à l’art de la mosaïque collective.

 

Commentaires

ensuite les dentistes ont prévenu qu'il fallait éviter de pratiquer la bubelgomanie car il y a de trop gros risques de déchaussement des gencives,vive Trident et les faux conseils

Écrit par : lovsmeralda | 15/01/2013

Oh! les chewinggums! Je devais descendre du Train venant de Lausanne à Delémont. Prestement debout, je fais un pas et l'autre jambe ne suit pas: la semelle de ma chaussure était rivée au sol. Abandonner là le soulier? Non mais j'ai brutalement gesticuler pour le libérer!
Encore. Un chewinggum avait été offert à une personne ayant deux prothèses dentaires. Croyant avoir affaire à un bonbon je vous laisse imaginer la suite! Pourtant cela ressemble tellement à des bonbons!

Écrit par : cmj | 15/01/2013

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