25/01/2013

L'euphorie des premiers vols en ballon

Dès ce samedi 26 janvier, une semaine de féerie emplira le ciel de Château-d’Oex de bulles géantes, les unes plus impressionnantes que les autres. Pour la 35e fois, son Festival international de ballons accueille des aérostiers du monde entier qui y rivaliseront de modèles aux couleurs audacieuses, quelquefois de bon goût. Cette féria alpine s’achèvera le 3 février par des feux d’artifice et des applaudissements de spectateurs fidèles. Se souviennent-ils que le premier envol d’un ballon à air chaud, mis au point par les frères Joseph et Etienne de Montgolfier, fut réalisé il y a juste 230 ans? Le miracle technique se produisit le 5 juin 1783, à Annonay, en Ardèche. Intrigués par la dilatation de l’air sous l’effet de la chaleur, ces deux papetiers entichés de bricolage édifient ce jour-là un globe de toile doublée de papier, assemblé par 2000 boutons et une résille de ficelles. Leur première «montgolfière» a une capacité de 800 mètres cubes, pèse 245 kg pour un diamètre de 11,70 m. Devant un public de Vivarois incrédules, la sphère est enflée au fur et à mesure, par dessus un réchaud fixé à sa base, où brûlent de la paille humide et de la laine cardée. Puis elle s’élève à l’émerveillement de tous, jusqu’à deux kilomètres d’altitude, avant de voguer durant un petit quart d’heure dans le ciel ardéchois et se poser sans fracas dans une vigne escarpée.

La merveille volante d’Annonay n’a parcouru qu’une demi-lieue – deux kilomètres – mais son exploit est glorifié à travers toute la France, jusqu’à la Cour. Le jeune Louis XVI (dix ans avant son exécution, il n’a que 29 ans) est féru de toute technique nouvelle. Et c’est pour répondre à la curiosité royale que les frères Montgolfier fabriquent cette fois un ballon à air chaud plus grandiose, d’une forme insolite: une pyramide surmontant un cône tronqué, le tout enveloppé dans une toile bleu et or, fleuronnée du lis royal. Une espèce de «tente ottomane», haute comme un hôtel de six étages, que le souverain et Marie-Antoinette sont conviés à visiter le 19 septembre 1783, avant son envol depuis la place d’armes de Versailles. On leur présente le feu de paille, installé dans un gros fourneau, et dont l’air chaud propulsera la nouvelle montgolfière, ainsi que les premiers passagers de la panière qui lui est arrimée: un mouton, un coq et un canard… Un coup de vent secoue violemment la machine à son décollage, mais sans dommage: elle se redresse majestueusement et plane durant une dizaine de minutes jusqu’à Vaucresson, en limite de la forêt de Fausses-Reposes, à trois kilomètres du château. Atterrissage en douceur et enthousiasme de Louis XVI honorant les trois animaux de basse-cour comme des «pionniers» de l’aéronautique! C’est un engin, lui aussi construit par les Montgolfier - qui l’équipent cette fois d’une nacelle plus solide et confortable – qui, le 21 novembre de la même année, fera voguer dans le ciel de Paris les premiers aéronautes humains: le chimiste Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes, un spécialiste des parachutes. Partis des jardins de la Muette, dans l’actuel XVIe arrondissement pour reprendre pied dans le XIIIe, à la Butte-aux-Cailles, l’euphorie aérienne de ces deux flamboyants risque-tout durera une vingtaine de minutes. Dix jours plus tard, l’expérience est recommencée par le physicien Jacques Alexandre (1746-1823) qui inaugure l’usage de l’hydrogène pour gonfler les ballons. Le sien, au panier d’osier équipé aussi d’un baromètre et d’instruments météorologiques, l’emporte le 1er décembre du jardin des Tuileries jusqu’à la plaine de Nesles – la-Vallée. Durant deux heures, son appareil aura vogué jusqu’à 3 kilomètres d’altitude par dessus une foule de quelque 400 000 Parisiens en délire.

Ces conquérants français du ciel sont admirés dans l’Europe entière et y feront rapidement des émules, jusqu’en Suisse… Car en cette même année 1783, des expériences aérostatiques de moindre envergure, non habitués, sont tentées à Lausanne. La moins catastrophique s’envolera du tertre de Montbenon, à Lausanne, pour échouer sans dommage près de Morrens.

 

Un premier best-seller

 

 

Quatre-vingts ans après les premières montgolfières versaillaises paraît, le 31 janvier 1863, un livre de fiction qui leur donne un tour romanesque. Cinq semaines en ballon est le premier roman à grand succès de Jules Verne, chez son éditeur définitif Hetzel, lui aussi prénommé Jules. Auquel il restera fidèle près d’un demi-siècle, et qui publiera plusieurs dizaines d’œuvres de l’apôtre de la SF en conférant un aspect atypique à leur cartonnage. Précédant De la Terre à la Lune (1865), Vingt-mille lieues sous les mers (1870), ou Le Superbe Orénoque (1898), cette épopée volante – mais à mi-ciel, soit presque à ras les palmiers et baobabs - est une exploration sensorielle du continent africain, alors méconnu par les Européens. Dans une nacelle suspendue à un ballon à gaz, voyagent des héros pittoresques, verniens à souhait: le très british savant Fergusson, son domestique Joe, et un compagnon malabar nommé Dick Kennedy. La narration est endiablée. La verve du conteur est déjà étayée par des précisions techniques et des observations géographiques visionnaires.

 

 

 

 

17:24 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Autre invention merveilleuse de simplicité et d'ingéniosité : le bélier hydraulique, due plutôt à Joseph...

Écrit par : Géo | 25/01/2013

Décidément, la culture n'intéresse personne par ici. Vous pouvez admirer un bélier au pâturage le plus haut du canton, en dessus d'Isenau, sous la Cape aux moines. Il y en a aussi vers la source de la Sarine...
Et un petit souvenir d'Angola : dans une petite ville proche de Huambo, attiré par le bruit des coups de bélier, je me renseigne et découvre que le vieux mécanicien s'occupe toujours avec succès du bélier encore en fonction 15 ans après le départ des Portugais...
Un regret : jamais trouvé l'occasion d'en installer un selon les plans des "Peace Corps", bricolé à partir de pièces usuelles de ferblanterie...

Les ballons ont bien assez de pub...

Écrit par : Géo | 27/01/2013

Les commentaires sont fermés.