04/02/2013

Saintes reliques et pouvoirs cléricaux

Dans sa chronique sur les saints du 28 janvier, mon confrère Justin Favrod nous apprend que la cathédrale de Lausanne a longtemps conservé un gant de la Vierge elle-même. Le culte de la mère de Jésus y fut, comme on sait, aboli à la Réforme et, depuis, on n’a plus de nouvelle de cette singulière relique vestimentaire. A Montreux, une connaissance britannique, qui apprécie autant que moi la verve favrodienne, m’a fait cette remarque que n’aurait pas désavouée Oscar Wilde: «Ce qui me choque chez ces canonisés, est leur impardonnable négligence envers leurs effets personnels: un linge de sainte Véronique par-ci, une sandale de saint Patrick par là… Il vrai qu’il leur était plus difficile de contrôler la destinée de leurs ossements.» Car si l’habit ne fait pas plus le saint qu’il ne fait le moine, il en va différemment de sa charpente intérieure: un disque intervertébral d’un apôtre coûtait beaucoup plus cher au Moyen Age que la nippe flétrie d’un béatifié. Et les dévots les plus riches grillaient le tiers de leur fortune pour acquérir un crâne de Jean le Baptiste «quand il était enfant». Cette superstition avait alors une candeur édifiante; belle comme une monodie grégorienne exaltant la foi du charbonnier. Sept siècles après, elle paraît risible quand le prévôt actuel de la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg et ses paroissiens opposent une fin de non-recevoir à un service turc d’archéologie qui souhaiterait le rapatriement d’un fémur de leur saint éponyme vers sa terre natale. Car le vénérable serait né vers 260 à Patara, en l’antique Lycie, qui se trouve désormais en territoire ottoman… Une polémique de quatre sous, mais à remous diplomatiques, qui a éclaté il y a trois semaines après cette déclaration échevelée dudit prévôt: «Cette demande m’a beaucoup étonné de la part d’un Etat dominé aujourd’hui par les islamistes.» Pourtant, en introduction à une étude très fouillée sur l’histoire du pouvoir à Fribourg, le journaliste Jean Steinauer élucide l’importance non seulement symbolique, mais aussi politique que ce fragment fémoral a fini par prendre dans la mémoire de la cité, et de son chapitre cathédral.

La République des chanoines, Ed. Hier + Jetzt, 212 pp.

 

Commentaires

Bon, il faut tout de même reconnaître que ce Ducarroz et son compère de Buman nous ont bien fait rire avec cette histoire. Saint Ducarroz terrassant le Dragon à la téloche, je n'aurais jamais cru avoir le privilège de vivre une telle scène durant ma vie. J'ai vraiment cru que les Monty pythons avaient pris possession du corps du vieil ecclésiastique...

Écrit par : Géo | 04/02/2013

Le fémur de Saint Nicolas serait né à Patara, bien!... Seul, ou avec le reste du squelette?
Cette naissance de Saint Nicolas à Patara! Faits historiques ou faits moraux?

Écrit par : Baptiste Kapp | 05/02/2013

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