04/03/2013

Jeux d’enfants et incivilités verticales

Tout marmot est fasciné par les boutons qui sont à la portée de sa menotte. On ne parle pas encore d’acnés juvéniles, mais de boutons lumineux: celui qui active le feu vert aux passages piétonniers ou éteint l’ordi de papa, sans oublier le cube rose fraise de l’essorage à la buanderie. Il est surtout affriandé par la ronde pastille «à la menthe» des ascenseurs, dont la simple pression déclenche une bruyante machine à leviers, roues et contrepoids. Elle est d’autant plus tentante que son usage est interdit aux enfants qui n’ont pas atteint l’âge de la scolarité. Résumons: l’ascenseur n’est pas un joujou du Père Noël, ni un carrousel de Luna Park dans lequel on s’embarque avec de la barbe à papa jusqu’aux oreilles.

Inventé il y a exactement 160 ans, il est devenu un moyen de transport aussi commun que ceux qui ne sont pas verticaux: le bus, le métro, la Harley-Davidson, la Maserati Quattroporte ou la trottinette pliable. Il ne véhicule que des personnes sérieuses qui ne se regardent pas dans les yeux, ne se disent rien (ou trois mots de haute portée météorologique), évitent de se frôler, mais se font des politesses: ne pas éternuer sur le manteau en lapin de Mlle Stoll, ne pas trépigner en piornant pour réclamer du chocolat... Répondre aux sourires figés par un sourire figé. Telle est la sévère civilisation des ascenseurs, qui n’a rien à envier au protocole de la messe du dimanche: il faut y tenir ses garnements en lisière.

Or le Conservatoire de musique de Lausanne est une des rares institutions de Suisse à en conserver un, très pittoresque, hérité des anciennes Galeries du Commerce, où la permissivité était presque admise: le paternoster. Une sorte de noria où galopins et fripounettes s’adonnaient impunément à des compétitions tapageuses, voire dangereuses. Ce dispositif en forme de rosaire (d’où son nom) composait une chaîne roulante et ininterrompue de cabines ouvertes en bois, dans lesquelles les passagers devaient s’introduire au bon moment, sans perdre l’équilibre, puis s’en extraire aussi sportivement, à leurs risques et périls. Si les adultes rechignaient à entrer dans cette drôle de galère, leur marmaille s’y élançait avec jubilation et toute la beauté du diable.

 

 

 

Commentaires

Zut je n'ai pas pris l'ascenseur mais le majestueux escalier pour aller me restaurer au Café Mozart. Il est vrai que je n'ai vu ni "galopins" ni "fripounettes" dans le hall couronné d'une superbe verrière, mais de charmant(e)s musicien(ne)s, violoncelle au dos pour l'une, et l'autre faisant ses gammes assis sur une marche avec son violon.
Souvenirs enchanteurs...

Écrit par : Ambre | 04/03/2013

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