29/04/2013

Soupe aux lettres, sms, Hugo et Zeus

Bien avant la classe enfantine de Montchoisi où Mlle Freymond nous les faisait à les tracer à la craie, nous apprîmes à les reconnaître en touillant la soupe alphabétique de maman. Un bouillon de poule agrémenté de légumes de saison (poireaux, céleris, asperges). Mais c’est sa féculence, son liant de semoule de blé, qui en faisait l’attrait, à la fois goûteux et ludique: des pâtes alimentaires qu’une main ingénieuse avait ciselées en caractères typographiques. On s’appliquait à les aligner sur le pourtour d’une assiette creuse, avec le sommet d’une cuillère, les dents d’une fourchette ou, parfois, l’ongle hésitant d’un doigt enfantin – plus exercé à tirer la queue du chat, ou à écraser des fourmis. L’agape procurait de telles joies instructives qu’on en pardonnait aux nouillettes de refroidir trop vite sur la margelle.

Un demi-siècle plus tard, le même doigt a épaissi mais gagné en assurance et vivacité. L’abécédaire que désormais il tambourine sur le clavier d’un portable est plus qu’indigeste: il s’est définitivement dissocié de toute acception de nourriture, même spirituelle. Aux vermicelles chantournés au goût de Maggi des réunions familiales, ont succédé des caractères numériques façon didot, times, arial, rockwell, etc. Qu’il est surtout impératif de contracter en sigles et acronymes: CAD, pour c’est-à-dire; BAP, pour bon après-midi; RAF, pour rien à faire! (Oubliée la Royal Air Force, qui a naguère triomphé du nazisme…) PK, pour pourquoi – ou plutôt pourkoi…

A ce nouvel usage un peu frénétique de l’alphabet, on peut lui préférer l’art des copistes du XIVe siècle qui l’enluminaient en lettrines historiées. Ou le génie d’un Victor Hugo quand, après un long périple en Suisse*, il vit les torrents jurassiens du Bugey dessiner des Y. Soit une majuscule évoquant un lis sur sa tige, «un verre sur son pied», «un suppliant qui lève les bras au ciel». Et dans l’imaginaire hugolien, la lettre A devenait une arche, le C un croissant de lune, le F une potence, le M une montagne, le T un marteau.

Quel est le sort du X? Ce sont les épées croisées, c’est le combat: qui sera vainqueur? On l’ignore.

Et du Z? C’est l’éclair, c’est Dieu!

*Victor Hugo: Alpes et Pyrénées, Paris 1839

Commentaires

c'est tout simplement magnifique et je ne trouve pas de mots pour dire combien votre billets, tous les billets, me font chaud au coeur! Merci
claire-marie

Écrit par : cmj | 29/04/2013

S facile?... Il me semble!... J'M AC!

Pas besoin de se BC. Y a K laisser le VI-cul de la penC crapa-UT, ainsi que le l'a DbiT d'un R EBT l'AB GD-on, homme AG, dans l'église DzRT entourée de statues ROD par l'O et le vent.

Écrit par : Baptiste Kapp | 29/04/2013

Hé B! Vous avez pris des cours de textos BK (0_0)?
J'ai réussi à vous déchiffrer* et votre commentaire met de l'eau à mon moulin en quelque sorte, puisqu'il me fait apprécier doublement le divin billet de Maître Gilbert et de notre (sa) belle langue.

A l'eau, thé où? Pfff!

* Sauf le "VI-cul"(?) de la pensée.

Écrit par : Ambre | 29/04/2013

VI-cul = Véhicule

Et je n'ai pas le niveau D élèves(C) (élèves avant C). J'ai BD (béder veut dire se tromper par ici).
J'ai écrit...
"ainsi que le l'a DbiT d'un R EBT l'AB GD-on"
... et il y a un "le" qui n'a rien à faire là où il se trouve!... Et ça C K-rément D-bil, une vraie K-ta.

Écrit par : Baptiste Kapp | 29/04/2013

Très intéressant! Merci de nous faire partager ce post

Écrit par : generico | 30/04/2013

Sa fé du Bi1 2 pouvoar lire un texte ossi bi1 écrit. C rare. MRCI

Les soupes aux lettres ... que de souvenir. Malheureusement le temps est passé par là, les réformes scolaire aussi, puis l'arrivée du téléphone portable à 7 ans.

Au final, la sélection professionnelle par lettre manuscrite va très bientôt avoir tout son sens pour écarter 99% des postulants.

Écrit par : horoscope du jour | 06/05/2013

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