13/05/2013

Quand le Vaudois dit non pour dire oui

Au cap des années nonante, mon confrère Jean Rüf entendit dans la salle des pas perdus du Grand Conseil, alors place du Château, cet échange entre deux députés:

-         Il était bien ton laïus. Un petit peu ambigu quand même, non?

-         Oui et non…

Cette réponse éminemment vaudoise serait problématique de la part d’un marié, devant M. le pasteur, M. le curé ou le pétabosson. Mais dans la bouche d’un élu d’ici, elle ne fait pas dissonance. Elle ne choquerait même pas nos cousins de France, puisqu’ils ont fini par savoir – sans le comprendre - que les Suisses sont souvent appelés à voter oui pour signifier un non. Et vice versa. C’est à tort qu’ils la compareraient à une réponse dite de Normand, celle qui fait «p’tèt ben qu’oui ou p’tèt ben qu’non» - une expression remontant à quelque vieux règlement des marchés aux bestiaux de Rouen, Harfleur ou Honfleur, et qui autorisait un bouvier à se dédire d’un contrat de vente dans les 24 heures. Donc à un jargon de négoce.

Or le politicien vaudois n’est pas un maquignon de programmes, ni un marchandeur de voix électorales. Il ne dit pas oui ou non, à la normande. Il ne dit pas ni oui ni non, comme dans ces jeux d’enfants repopularisés par la télé, où le hic est de ne jamais prononcer aucun des deux mots. Il dit oui et non. Il s’affirme en sphinx indéboulonnable, en terrien héritier d’une posture résolument candide et lente et matoise. Il s’est fait sienne une tortueuse devise du grand Talleyrand, le plus cynique diplomate de l’Histoire: «Oui et non sont les mots les plus courts et les plus faciles à prononcer, et ceux qui demandent le plus d’examen.» Mais comme le cynisme moderne, disons à la Sarkozy, n’est pas son credo, il peut se rabattre sur le flegmatique Julien Green: «Les questions auxquelles on répond par oui ou par non sont rarement intéressantes.»

Son choix entre démentir et affirmer n’est donc pas exagérément crucial. Il pourrait s’identifier à ce paysan de Daillens, auquel un automobiliste parisien désorienté demande la direction de Vallorbe, et qui répond:

-         Quand on ne sait pas, on va pas!

Voire au grand cinéaste et humoriste Woody Allen, qui ne botte jamais en touche sans panache:

-         La réponse est oui, mais quelle était la question?

 

 

Commentaires

Monsieur Salem,

Au fin linguiste que vous êtes, je me permets une question:
Un Vaudois qui dit oui pour non devrait-il utiliser la négation?

Au connaisseur avisé de l’âme vaudoise que vous êtes, je me permets plusieurs questions:

Lorsque Monsieur Daniel Brélaz écrit sur son front le message suivant: «Oui, je suis un génie !», exprimerait-il le contraire?
Si oui (ce oui n’est pas celui d’un Vaudois), nous diriez-vous que le Syndic dit la vérité?
Prétendriez-vous qu'il nous annonce réellement le contraire ?... Mais alors, quel est le contraire de génie?
Nous annonceriez-vous qu’il a le courage de dire une telle vérité ?... Une vérité que sa femme s’est "tatoué" sur la poitrine avant de se faire photographier? Madame dirait-elle donc: «Oui, je n’ai aucun courage, c’est mon mari, ange tutélaire de Lausanne, qui l’a »?

Prétendriez-vous que, lorsque Monsieur P-Y. Maillard nous dit : «Oui, je suis pour l'élection du Conseil fédéral par le peuple », il serait contre ?
Il dit aussi : «Oui, je suis Socialiste»... Voudrait-il dire par là qu’il ne l’est pas ?
Irait-il jusqu’à dire : «Non, je suis un des très rares UDC contre l'élection du Conseil fédéral par le peuple?»

En tout cas votre billet n’éclaire pas vraiment le sac de nœuds qu’est la politique vaudoise!
Une politique qui n'avait vraiment aucun besoin de l’opacité supplémentaire du oui pour le non et vice-versa pour être définitivement absconse.

Écrit par : Baptiste Kapp | 13/05/2013

Bien au contraire.

Écrit par : Yves L. | 13/05/2013

Pour ma part je trouvais (trouve) le billet très clair, voire "éclairant" et vlatypa qu'en vous lisant BK, je trouve votre commentaire compliqué (0_0). Une mère n'y retrouverait pas ses petits. Non? Non! Oui? Oui!

Quant à la réponse du "paysan de Dalliens" elle est typique et vaut pour les paysans de toutes contrées. Le charmant automobiliste Suisse qui m'a remis sur la bonne autoroute (je retournais à Chamonix au lieu d'aller vers Lyon, tsss!) l'année dernière en me demandant de le suivre (fallait le faire) n'était sûrement pas un paysan:))

Bien à vous BK.

Écrit par : Ambre | 13/05/2013

Pour Ambre,

... Les Vaudois sont compliqués!... Et il n'y en a point comme eux***. Là, je n'y suis vraiment pour rien!

commentaire, je suis seul responsable de sa complexité. Elle est assumée. Je désirais démontrer qu'utiliser le "oui" pour le "non" pouvait encore compliquer les choses qui l'étaient déjà par trop sans cette inversion. Les contre-vérités de nos édiles me semblaient amplement suffisantes...
... Donc, objectif atteint!

Avec l'expression de ma plus parfaite considération et fort aise que vous nous reveniez avec quelques commentaires. (surtout celui laissé sur un billet datant de 2009)

*** J'habite ce Canton, mais je reste un "étranger" à celui-ci. N'est pas Vaudois qui veut... sauf pour les impôts.

Écrit par : Baptiste Kapp | 13/05/2013

A Baptiste: j'adore vos élucubrations.
A Ambre: vos éloges amusés m'enchantent et m'amusent. Comme disent les Provençaux: "Tes félicitations me gênent, mais continue..."
A Yves. L, mon meilleur ami: Et si c'était du pareil au même? A toi le blanc bonnet, à moi le bonnet blanc. Ou d'âne?

Écrit par : Gilbert | 13/05/2013

Disons que ni oui, ni non. Bien au contraire.

Écrit par : Yves L. | 13/05/2013

Donc article très intéressant pour moi, merci

Écrit par : generique | 13/05/2013

@ BK : Mon commentaire sur un billet de 2009! C'est vous qui m'avez mis sur la piste avec le lien que vous avez laissé... je ne sais plus où (je vous suis à la trace [Rires]); sujet : La Poste et son new business. Il eut été dommage que je n'eusse (0_0) pas connaissance de ce billet, très savoureux. Et tant pis si "mes félicitations vous gênent (aussi), je continue" (sic).
Avec l'assurance de ma sympathie etc.

@ (Monsieur:)) Gilbert : merci.

Écrit par : Ambre | 13/05/2013

Dire oui, alors qu'on a pas entendu ou, pas compris la question, cela arrive assez souvent, parfois avec des conséquences assez cocasses.
Merci beaucoup!

Écrit par : cmj | 19/05/2013

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