26/05/2013

Quand les contes se dépliaient en éventail

Lire à voix haute est un exercice difficile, surtout quand l’enjeu est d’engouer des enfants pour un conte de Perrault, d’Andersen, des frères Grimm. Ou pour les légendes alpines et vaudoises d’Alfred Ceresole (1842-1915), l’auteur entre autres de l’«Histoire de Jean Bouillet, dit Bracaillon». Maman et Papa y réussissaient parfois, l’une en minaudant comme la marâtre de Blanche-Neige, le second en contrefaisant la voix caverneuse de Barbe-Bleue et en roulant les R et les yeux. Un premier exutoire à leur pensum fut, il y a 50 ans, la projection au Cinéac de Lausanne, 7 du Grand-Chêne, des mêmes récits, cette fois dessinés et animés par M. Walt Disney. Un sortilège cinématographique en deux dimensions, en largeur et en hauteur. Une troisième, impliquant la profondeur des perspectives, et son contraire (leur bondissement hors du tableau en direction du spectateur) rendra plus tard prospères des fabricants de lunettes stéréoscopiques à lucarnes gélatineuses verte et rouge. Sur le grand écran, les vomissements deviennent plus verdâtres, le sang des trucidés à la tronçonneuse encore plus éclaboussant. Chaussé de ces bésicles 3-D en carton, je me suis dévisagé un jour dans un miroir d’ascenseur: je ne m’imaginai pas si beau, ni si laid. Choix crucial.

Or ce n’est pas le 7e art qui a inventé la «tierce amplitude» des images. Celle-ci s’était révélée déjà au XVIIe siècle, sous le ciseau de maîtres imprimeurs qui conçurent des albums pour enfants en couleurs, mais aussi en rabats surprise, tirettes manipulables, ressorts hélicoïdaux, et dont les pages s’ouvraient en éventail. Vous en tournez une, et c’est le tout le château ensommeillé de la Belle-au-Bois-Dormant qui se déploie en accordéon. Feuilletez plus loin, vous tombez sur le faciès congestionné de l’ogresse d’Hänsel & Gretel qui a jailli tel un diable de sa boîte, pour vous terrifier de ses yeux en carton fauve.

Ces délicieuses fantasmagories papetières ont heureusement survécu, sous le nom anglo-saxon de pop-up. Elles seront même triomphalement mises en scène prochainement à la Passerelle de Vidy, par la Compagnie des anges au plafond*. Des poèmes y voltigeront comme des cerfs-volants.

 

Le cri quotidien, du 7 au 23 juin 2013.

www.vidy.ch

 

 

 

Commentaires

POP-UP

... ça ne fait pas un pli,
Un peu comme l'origami,
C'est vraiment bien joli.
Pourtant, aujourd'hui,
pour faire un carton
C'est vraiment le pompon,
ça ne manque pas de sel,
Il nous faut des pixels!

Écrit par : Baptiste Kapp | 29/05/2013

J'ai encore appris un nouveau mot (verbe) chez Maître Salem : engouer. Je connaissais "engouement" mais ne savais point que le verbe "engouer" existât.
Ma Doué (Mon Dieu)! comme disait ma grand-mère.
Enthousiasmant (*_*)

A propos "d'éventail", chez moi ce ne sont pas les contes qui se déplient, mais les rides qui se déploient en éventail. Snif!

Écrit par : Ambre | 30/05/2013

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