02/06/2013

Dessine-moi un gigot de mouton

Jadis, les enfants de nos villes assistaient avec dévotion au vêlage d’une vache dans une ferme grand-parentale du Pays-d’Enhaut - une bise neigeuse fouettait contre les vitres de l’étable, c’était un peu Noël. De plus courageux, plus curieux de la vie, participaient volontiers à la liturgie encore plus sanglante du bouchoyage, où l’on trucide un cochon pour le débiter et en fumer artisanalement les découpes et abats. Une tradition atavique qui se perd, et qui a inspiré un film mémorable à la grande documentariste vaudoise Jacqueline Veuve, décédée le 18 avril dernier: Le panier à viande, qu’elle réalisa en 1966 avec Yves Yersin. Tandis que les adultes procédaient au sacrifice le plus «proprement» possible, «dans le respect de l’animal», les juniors découvraient que le sang était une des couleurs de la vie. Et, surtout, qu’avant d’être réduit en côtelettes et en saucissons, le porc a été un être vivant entier. Avec des émotions, des bonheurs fugaces, et une fin tragique qu’ils appréciaient ou désapprouvaient selon leur cœur.

Il y a dix ans, une prof de dessin lausannoise demanda à sa classe de primaire de dessiner un poulet: sur la plupart des copies rendues figurait une volaille sans tête, ligotée par des élastiques et enrobée de cellophane: «Mes parents en achètent des comme ça au supermarché!» En bonne fée, elle ne se découragea pas, et leur fit la lecture du Petit Prince de Saint-Exupéry avant de leur suggérer cette fois de crayonner un mouton… Mais les enseignants les plus fervents ont beau s’échiner contre l’ignorance que le business consommatoire impose dans les foyers, celle-ci leur revient en pleine figure. Selon une récente  étude réalisée dans le midi de la France par l’Association santé et environnement (ASEF) auprès de 910 élèves de 8 à 12 ans, 40% d’entre eux ignorent de quelle bête provient le steak haché ou les «nuggets» des fast-foods. Voire le jambon du jambon-beurre que leur papa ingurgite au p’tit zinc avant d’aller au boulot. Plus alarmant: 87% d’entre eux n’arrivent pas à identifier une betterave. Un écolier sur trois méconnaît le poireau, la courgette, la figue, l’artichaut. Et un sur quatre ne sait pas que les frites sont faites à partir de patates.

 

Commentaires

Les élèves sachant encore dessiner une vache, ne sont pas responsables du fait qu'ils n'y ajoutent point de cornes. Ce sont les paysans qui les scient qui le sont!

Les élèves sachant encore dessiner une vache, ne sont pas responsables du fait qu'ils n'y ajoutent point de cloche. C'est (en partie) Mme Veuve qui est responsable!
Malgré son film "Chronique paysanne en Gruyère". Elle a fait ou a voulu faire éliminer les cloches au cou des vaches appartenant à un paysan du village où elle habitait...
... Ou, une grande cinéaste peut aussi avoir quelque chose qui "cloche".

Personne n'est tout à fait blanc. Chacun a des taches... comme les vaches!

Lire aussi:

http://bhofmann.blog.24heures.ch/archive/2013/02/10/la-fin-des-villages.html

avec les commentaires.

Écrit par : Baptiste Kapp | 03/06/2013

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