29/06/2013

Ne géolocalisons pas Messire le chat!

D’aucuns préfèrent avoir pour compagnon un gros tigré de gouttière à trois sous plutôt qu’un chiot de poche à pedigree. Car on ne siffle pas le chat en hurlant «au pied!» Il le prendrait mal. Et l’on n’oserait longtemps le soumettre aux ciseaux et tondeuses d’un salon de toilettage. Une amie d’Yverdon avait tenté inconsciemment la chose avec son «si gentillet Menguistu» - un abyssin aux oreilles en bractées d’artichaut. Elle en est revenue avec des griffures aux avant-bras et un pansement au menton! Elle n’osa plus caresser son fauve: il lui infligeait un regard méchant qui avait la couleur jaune de son originelle savane ou s’évadait. Puis c’est lui qui lui revint, en un petit matin qu’elle n’espérait plus: «Il avait battu la campagne et la forêt du Bataillard toute une nuit, puis soudain il s’est mis à ronronner comme un tracteur sur ma couette, sa truffe soufflant dans mon cou. Il y avait du sang séché autour de sa frimousse. Il ressemblait à un guerrier sevré de câlins.»

C’est dire votre matou est un animal imprévisible, déconcertant par ses caprices, par sa légendaire indépendance - qui n’en est pas vraiment une: il vous revient toujours, même si c’est quand ça lui chante. Il serait la créature la plus gracieuse de la chrétienté, mais je ne pense pas qu’il en soit conscient: les êtres qui se savent beaux cessent de l’être. Il ignore que Léonard de Vinci a proclamé: «Chaque chat est un chef-d’œuvre!» Que Doris Lessing lui conférait le génie de la légèreté de l’air, et Montaigne un sens inné de l’intemporalité: «Quand je joue avec ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je fais d’elle?» (Essais II – 12).

Résumons: le chat nous en impose par l’électricité sinusoïdale de sa queue et par l’imprévisibilité de ses tendresses. Par son mystère, sa vie secrète. Une intimité que des webmasters britanniques ont tenté récemment de dévoiler en lui attachant un collier muni d’un GPS et d’une caméra miniature. Ils n’y ont récolté que des banalités zoologiques: un chat, oui ça dort, ça chasse, mange et boit, ça se gratte l’échine. Mais ça ne révélera jamais rien de son âme. Il est philosophe et nihiliste, comme celui du Cheshire, dans Alice au pays des merveilles.

 

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