17/07/2013

Un touriste vaudois au Pays de Genève

 

Se dépayse-t-on vraiment en allant se faire rosir le nez sous deux cocotiers jamaïcains? L’exotisme se trouve parfois à votre porte: il suffit de la pousser et cligner ses cils pour que l’or pâle de notre froment et nos blés poudroie comme du sable saharien. Que les passeroses de Perroy atteignent des hauteurs tropicales. Les hibiscus de Coppet répandent une lumière sri-lankaise trempée d’ocres et de mauves. Une tirée plus loin, on salue - dans le conservatoire à ciel ouvert du Jardin botanique de Genève – Son Eminence le trachycarpus wagnerianus, une étrange bestiole végétale dont le stipe s’élève du sol jusqu’à 10 mètres. Il a aussi un nom chinois: le palmier de Chusan. Ses plumets drus et plats défient nos vents du nord et ne se fanent pas au soleil du Léman. Un lac qui s’est entre-temps étréci et a changé de nom; adoptant celui d’une florissante cité caudale où il se débonde et redevient fleuve. Il y prend une pigmentation émeraude, ou plutôt vert rhodanien, qui se vérifie jusqu’à Lyon.

Pour le touriste vaudois au petit pied qui signe ce billet, la capitale des Gaules, c’est trop loin… Il s’arrêtera à Genève; réexplorerant la ville de ses études universitaires avec l’œil d’un métèque du Gros-de-Vaud qui n’y aurait pas encore traîné ses semelles bouseuses. En y cherchant l’insolite qui crée le véritable exotisme, et qui peut commencer par le jet d’eau. Mais cette fois hors carte postale, quand il n’est pas encore réveillé: à l’heure où son obèse infrastructure, immergée il y a 123 ans, évoque une espèce de crabe pétrifié, sans regard ni grâce animale. On lui préférera, aux Eaux-Vives, la roue aérienne que font des paons sculptés au fronton d’une maison Belle-Epoque. Ou, au cœur de l’île, la silhouette espiègle d’une énigmatique belette, elle aussi en ronde-bosse, sur le socle de la statue géante de Philibert Berthelier, 1465-1519, le plus antisavoyard des Genevois. Sachez enfin que les lions terrifiants des Rues-Basses perpétuent le blason d’anciens diplomates du XVIe siècle tombés dans l’oubli. Plus petits mais mobiles, inoffensifs et câlins, d’autres félins errent dans les luxuriants jardins secrets de Carouge: ils ne rugissent pas, ils miaulent.

 

Commentaires

Très beau papier, une fois de plus, mais pourquoi tant de haine et de mépris envers le cocotier de Jamaïque? On commence comme ça, puis insidieusement on se met à dégommer l'agapanthe breton, le baobab du Zimbabwe, le pommier de Thurgovie...

Non! Barrons la route à la xénophobie végétale!!

Écrit par : Yves L. | 17/07/2013

remarque, cher Yves, que j'aime l'abricot du Valais, qui est originaire d'extrême-Orient...

Écrit par : Gilbert | 17/07/2013

... Un métèque du Gros-de-Vaud?

Et moi qui imaginais qu'en la Métropole Internationale de Geneva on traitait les Vaudois de "Rupestres"

C'est en tout cas le vocable qu'a utilisé un certain Patrice Mugny, ancien journaliste devenu politicien... Ou plutôt politicien ayant cherché à être journaliste. Un paris difficile pour qui ne sait ce que "rupestre" veut dire.

Écrit par : Baptiste Kapp | 18/07/2013

@Baptiste Kapp. J'imagine que sous la plume de Mugny c'était plutôt un compliment dans la mesure où rupestre veut notamment dire "taillé dans le roc".

Maintenant, s'il pensait que ça signifie "antédiluvien" (rapport aux peintures) ou "qui rupe beaucoup" (rapport au boutefas), c'est évidemment une autre affaire.

Écrit par : Yves L. | 19/07/2013

À Yves L.

Je ne sais s'il s'agissait vraiment d'un compliment, ni si celui-ci était néolithique, antédiluvien ou d'autre facture.
Lors des faits (début 2008), je l'avais alors taxé de paléolithique:

http://peresiffleur.blog.24heures.ch/archive/2008/03/15/paléolithique.html blog:

Je vous laisse juge. Avais-je tort ou raison?

Écrit par : Baptiste Kapp | 19/07/2013

Disons pour nous mettre d'accord que vous aviez raison.

Maintenant, ce qui m'étonne le plus, c'est que le lien auquel vous me renvoyez ne fait apparaître aucun commentaire signé Baptiste Kapp. Vous rupestrez sous plusieurs pseudos?

Écrit par : Yves L. | 19/07/2013

Monsieur Yves L.

Non, je ne "rupestre" que sous "Baptiste Kapp", tandis que je "stroumpf" uniquement sous "Père Siffleur".
Les raisons à cette dichotomie est expliquée sur mon blog. Les détails sont à lire sous "à propos" du blog Persif(f)lage.

Baptiste Kapp alias Père Siffleur

Écrit par : Baptiste Kapp | 20/07/2013

Ah, j'aurais dû m'en douter! Je reconnais votre façon séraphin-lampionnesque (donc plutôt sympathique) de vous encoubler dans la syntaxe, quand vous écrivez par exemple "Les raisons à cette dichotomie est expliquée sur..."

J'ai cherché les détails qui est à lire sous "à propos" du blog Persifflage, mais je ne les avions point trouvés.

Écrit par : Yves L. | 20/07/2013

Monsieur Yves L.
Je ne m'encouble pas uniquement dans la syntaxe. Je butte aussi sur (dans?) la grammaire. (grand-mère?)

Et encore merci de bien avoir voulu utiliser scie-amant la même cinq-taxe bancal que je le fais lorsque vous avez écrit:
"J'ai cherché les détails qui EST à lire...".

... Cela me permet de me sentir moins seul!

PS concernant "à propos": Et pourtant ça fonctionne!
PS concernant mon erreur: Merci de m'en avoir fait part, elle n'est malheureusement incorrigible. Aussi incorrigible que je le suis au sujet de la syntaxe et de la grammaire.

Écrit par : Baptiste Kapp | 21/07/2013

Euh... "Les détails qui est à lire", c'était une tentative d'humour visant à vous imiter.

Maintenant, attention, cher ami: vous risquez de réveiller en moi l'horrible pion qui sommeille à la place du cochon. Je serais donc tenté de vous demander, dans le droit fil de cette conversation d'un niveau de qualité tout simplement stratosphérique, comment vous concevez, d'un point de vue grammatical et syntaxique, le tronçon de phrase suivant: "Elle n'est malheureusement incorrigible".

Ça me intéresse (achtung, il y a un piège).

Écrit par : Yves L. | 22/07/2013

Monsîeur Yves L.

Même moi, j'avais compris que vous faisiez de l'humour!
C'est pourquoi j'ai écrit "scie-amant" qui, orthographié correctement (oui mais comment est-ce?), doit vouloir dire "exprès, volontairement, (ou même "délibère et ment" qui est aussi le cri de ralliement de toute une partie de nos élus).
Il me semble, dans ce qui me reste de mémoire, qu'il s'agit du sens donné communément à ce vocable, sauf si, bien entendu, en plus, je fais des erreurs de "traduction"!

Pour "Elle n'est malheureusement incorrigible"... Vous avez raison, il doit y avoir quelque chose qui cloche!... Je devrais me relire, mais cela m'ennuie horriblement!
Car, pour l'instant et malgré que je sois vieillard cacochyme, je me souviens encore de ce que je viens d'écrire (mémoire immédiate), contrairement à mes leçons de français, surtout celles de l'école primaire (mémoire secondaire ou du long terme qui est déficiente).

Mea culpa, je n'ai à nouveau point relu mes élucubrations.

Écrit par : Baptiste Kapp | 22/07/2013

Bien. Allez en paix, mon fils. Et n'oubliez pas, en sortant, de graisser les soupapes du bathyscaphe.

Écrit par : Yves L. | 22/07/2013

Il est vrai que "Père-Siffleur" était un mot-valise pseudonymique moins compliqué que "Baptiste Kapp"

Écrit par : gilbert | 22/07/2013

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