03/08/2013

L’élégant Dr Bourget, l’ami des oiseaux

Le 27 juillet  1913, l’Université de Lausanne prend le deuil en apprenant le décès subit, à 57 ans, d’un des «plus admirables cliniciens du temps». Avec son contemporain César Roux, et leur aîné Marc Dufour, mort en 1910, le Dr Louis Bourget a été un précieux fleuron de la Faculté de médecine. A Genève, La Patrie Suisse lui rendra le 18 août un hommage appuyé, ainsi qu’à ses confrères: «On a pu dire, avec raison, que Lausanne peut être considérée comme la Mecque des malades de l’univers entier. Les épuisés de la civilisation excessive, les égrotants de toute nature qui n’ont plus foi dans la thérapeutique courante, y accourent en dernier ressort, pour demander à certains grands maîtres de l’art de guérir, la guérison ou tout au moins une diminution de leurs maux. Au premier rang des maîtres illustres dont s’est honorée la jolie et claire cité vaudoise, a pris place le Dr Bourget…» Si Dufour était ophtalmologue et Roux chirurgien, Louis Bourget, lui, a été un enseignant et un chercheur polyvalent, avec pour spécialité principale les affections du tube digestif. Un «chimiste de l’estomac»: il conçut un régime à base de farineux et de poudres alcalines qui fit des miracles et sa notoriété. De France, mais aussi de la Mitteleuropa des savants, des gens de lettres, des princes venaient consulter le docteur lausannois et se faire soigner par lui. Parallèlement, il inventa un instrument d’auscultation cardiaque et créa, un an avant sa mort, un Secrétariat antituberculeux afin de sensibiliser plus largement l’opinion et les pouvoirs publics en faveur de la lutte contre la tuberculose.

Il naît à Yverdon en 1856, d’une famille protestante originaire de Rivaz. Son père Jules est maître de classe à l’institut des sourds-muets de Charles Naef. Après le Collège, Louis suit des études de pharmacie à Lausanne, puis en Allemagne. Il pratique cette discipline à l’Hôpital cantonal de Genève avant d’y entamer une formation de médecin. Ce second cursus le conduit aussi à Paris et Strasbourg. Avant de se fixer définitivement dans la capitale vaudoise, il se plaît beaucoup dans la cité du bout de lac. Il y enseigne comme privat-docent et fréquente le milieu des arts et des lettres, et se révèle un mécène éclairé en soutenant notamment le peintre Ferdinand Hodler, qui fera son portrait: à trente ans, le Dr Louis Bourget a une figure ovoïde, un nez rond, un front à saillies, le cou gras engoncé dans un col amidonné et des yeux bleus un peu délavés. Vingt-six ans plus tard, peu avant sa mort, son regard aura gagné en malice face à l’objectif des photographes. Il passe alors pour un érudit affable et «primesautier», élégamment modeste, mais très pugnace dans la défense des belles causes. La lutte pour l’éradication de la tuberculose en est une majeure, mais son nom sera plus durablement associé à ses engagements d’ornithologue. Passionné par la flore et la faune de sa contrée, il consignera ses observations dans un livre intitulé Les beaux dimanches*, dont voici un extrait:

«À dix ans, je rêvais déjà d’être naturaliste, un homme qui s’en va par le monde, chassant et pêchant, à la recherche de ces aventures que nous lisions dans les livres de Fenimore Cooper, de Jules Verne (…).
J’aurais bien voulu mener cette vie de naturaliste sur les bords des grands lacs africains, mais la destinée me fixant sur les rives du Léman, je dus me contenter de poursuivre mes découvertes dans cette contrée admirable, où serpentent le Flon, la Venoge, l’Aubonne, le Boiron et autres fleuves que mon imagination de Tartarin transforme assez facilement en grands fleuves inexplorés du centre de l’Afrique.»

Ce grand ami de la gent ailée fera œuvre de pionnier en lançant une souscription publique pour l’installation de nids artificiels dans une réserve naturelle, avec prés et bosquets, au bord du Léman. Son projet ne prendra forme qu’après sa mort, dès 1920, avec la création du Parc Louis Bourget, à l’ouest de Vidy.

 

*Les beaux dimanches, réédité en 1965 chez Plaisir de Lire

219 p.

 

 

 

 

 

Hérons, lucioles et pique-niqueurs

 

 

 

Sauvegardée en 1915, la zone verte du futur parc Bourget a été conquise sur d’anciens marécages asséchés du delta de la Chamberonne, à deux pas de laquelle se dressait en 1723 le gibet du major Davel (dont l’exécution sera commémorée par une stèle flanquée de huit cyprès noirs). Classée d’abord «réserve de chasse» en 1921, elle ne deviendra effectivement réserve ornithologique qu’en 1941. Aujourd’hui, elle couvre une surface de 17,35 hectares, combinée de pelouses et de hautes futaies de frênes, de hêtres verts et pourpres, de saules, de bouleaux, de charmes et d’aulnes. On y a incrusté des nichoirs artificiels pour passereaux. Le héron au long bec vient aussi faire son nid au sommet des peupliers géants. La nuit, les sous-bois scintillent de lucioles tandis que les jours d’été, entre la plage de Vidy voisine et les fontaines ruisselantes du siège officiel du CIO, des centaines de Lausannois viennent en grappe se dorer au soleil du Léman et au feu des barbecues. Au loin, il y a le canard colvert qui ricane

 

 

 

15:36 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Merci pour ce billet fouillé (je ne rature pas)et magnifique, qui me donne envie d'en savoir plus sur le Docteur Louis Bourget.

"Lausanne peut être considérée comme la Mecque des malades de l’univers entier." (0_0). Je ris.

Écrit par : Ambre | 04/08/2013

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