08/08/2013

Une petite mer offerte aux vents

Pardonnons au ciel du Léman ses petites crises nerveuses dont ont pâti ses riverains durant la première moitié de l’été. Il a été tour à tour glacial, crachotant comme en novembre; torride et étouffant comme une oasis andalouse. Puis orageux par intermittence pour singer la mousson des antipodes. Concédons-lui déjà le mérite d’être devenu un sujet de conversation en une contrée franco-suisse peuplée de taiseux. «Votre préoccupation est le temps qu’il fait, me dit une étudiante tunisienne de Dorigny. Vous en avez de la chance! Chez moi, on est condamné à parler de tragédies plus concrètes. Mais votre lac est beau par tous les temps!» L’élégante Amal aux yeux d’ambre a raison: le Léman est un spectacle permanent de clartés et de coloris versatiles. Ce qui le rendrait encore plus météorologique que le lac Baïkal, en Sibérie - quarante fois plus vaste et cinquante fois plus profond!

Notre «grande eau» à nous, tel que l’appelaient les Celtes, est aussi réputée pour sa singulière rose des vents. Plus souvent convergents que diffluents, ils jouent au billard en faisant rouler les flots, chacun à son rythme, d’une rive à l’autre - de la française à la suisse, ou de l’embouchure valaisanne du Rhône aux écluses genevoises. Les dominants sont la bise, qui souffle du nord, frigorifie le sans-abri mais «nettoie le temps», et le sudois, alias le vent tout court, qui convoie des nuages à pluies depuis l’Espagne et l’Aquitaine pour faire ruisseler les pavés de la rue de Bourg. D’autres vents, plus régionaux, ont des noms fruités comme le fraidieu, le dézaley, le môlan et la molaine. Ou fleurant bon l’accent vaudois: le rebat qui rime avec ressat. Le jaman, le joran et le bornand avec «un p’tit coup de blanc», etc. Or il arrive qu’il n’y ait plus de vent du tout dans notre lémanosphère. L’air divin n’y circule plus, je suffoque dans mes insomnies. Par défi, j’ai voulu en créer moi-même chez moi en achetant un ventilateur. Hélas, il est en pièces détachées et je suis incapable de les assembler, n’étant point un manuel, ni un émule du Bon Dieu. Oh comme Voltaire avait raison, à propos de la création du monde: «Je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger.»

 

Commentaires

Quelle idée d'acheter un ventilateur en pièces détachées!!!
Remarquez, j'en ai un qui fonctionne et qui a environ trente ans. Les "pales" (je ne connais pas l'appellation exacte) sont encrassés de poussière et j'ai vainement tenté de désceller la grille qui les protège pour les nettoyer.
Conclusion : les ventilateurs sont "inmontables" et indémontables! et indécrottables!

Et, vous n'avez pas de vents qui viennent de Bretagne? Ça alors!

Je vous envoie un peu de fraîcheur océane... sans ventilo. (Oui, je sais, vous ne m'avez rien demandé).

Écrit par : Ambre | 08/08/2013

M. Salem, je vous connais bien. Alors je vous en supplie: ne tentez JA-MAIS de monter quoi que ce soit vous-même. Qu'il s'agisse d'un ventilateur, d'une bibliothèque Billy, d'une trottinette, d'un four à induction, d'un château de Chillon en pack de carton.

J'habite non loin de chez vous et je tiens à mon intégrité physique. Vous allez coincer une tige dans la prise du 220, perforer la chaudière de l'immeuble, catapulter un boulon de 36 dans la salle des turbines des Services industriels, je ne sais pas, mais le pire film catastrophe ne sera que pipi de minet à côté de ce que vous aurez fait de cette pauvre ville de Lausanne.

Depuis que je vous ai lu, je ne me sens plus en sécurité.

De grâce, tenez-vous en à votre plume, qui est magnifique et ne présente aucun danger pour l'environnement.

Écrit par : Yves L. | 09/08/2013

Un ventilateur à monter!
Attention! Il vaut mieux ne pas le monter du tout que le faire à l'envers... Car, dans ce cas, il ventile à tort!

Écrit par : Baptiste Kapp | 09/08/2013

@ B.K. Avant hier j'ai pensé à vous... en lisant Le Canard enchaîné (0_-)! Je me suis dit : le blog du Père Siffleur c'est le Canard enchaîné Suisse:)) Quand je pense que "certains" ne comprennent pas votre humour persifleur... Tsss!

Écrit par : Ambre | 09/08/2013

Donc, Gilbert, tu ponds un superbe papier sur les vents du Léman, et on ne te parle que de ton ventilateur... Ah, dur métier que celui de chroniqueur!

Écrit par : Yves L. | 09/08/2013

@ Yves L. : (é_é)!

Gilbert est désarmé par la flatterie:)) à la différence des femmes!

"Les femmes ne sont jamais désarmées par les compliments. C'est cela la différence des sexes." (Oscar Wilde)

(Je n'arrête pas de dire que le verbe de Maître Salem est admirable).

Écrit par : Ambre | 09/08/2013

N'empêche, Gilbert, que cette chronique me déçoit.

Etant né dans le Nord vaudois et accordant une foi béate à toutes les âneries des adultes, j'étais persuadé que le joran était ce vent glacial et tourmenté qui déboule des gorges de Covatannaz pour filer vers Mathod et emporter au passage le chapeau des passagers qui attendent l'Yverdon-Ste-Croix à la gare de Vuiteboeuf.

J'apprends maintenant que le joran souffle aussi sur le Léman - et Dieu sait où encore? Dans le Sahara? Dans le Wisconsin? A Oulan-Bator? A Cossonay?!

Merde, à la fin! Qu'est-ce qu'on va laisser au Nord vaudois et à la gare de Vuiteboeuf?

Écrit par : Yves L. | 09/08/2013

Monsieur Yves L.

Le Canard Enchaîné suisse!... C'est beaucoup trop d'honneur pour un simple persifleur de mon espèce et même si, ainsi que vous le dites, des matamores ne comprennnent pas mon humour et s'emploie à vouloir me clouer le bec.

Mais je ne suis Canard ni Enchaîné, ni Laqué et, autant que faire ce peut, je m'applique à ne point être un Canard Laquais... de qui que ce soit, surtout pas des dits matamores qui, probablement se reconnaîtront.

Écrit par : Baptiste Kapp | 09/08/2013

@ B.K. Je vous signale tout de même que ce n'est pas Yves L. qui vous parle de Canard!
Et puis j'en ai marre! Tout le monde m'ignore. (C)ouin (c)ouin! Snif!

Écrit par : Ambre | 09/08/2013

Mais non, ma poule!

Écrit par : Yves L. | 09/08/2013

A bove ante, ab asino retro, a stulto undique caveto. Et ne parlons pas des canards...

Écrit par : Géo | 09/08/2013

@ Yves L. : Quelle horreur! C'est d'un vulgaire... sans doute de l'humour...

@ Géo : pour la traduction, merci Wikipédia:))
Vous allez bien Géo?

Écrit par : Ambre | 09/08/2013

À Ambre,

...fectivement! Preuve supplémentaire que si je suis un Canard, il n'est que Boîteux!

Mon lapsus est réellement impardonnable.
Malgré tout, je sollicite très humblement votre mansuétude. Je ferai de mon mieux afin de ne plus refaire une telle vilainie, jamais! Une forfaiture que je ne peux même pas expliquer par les affres de la canicule. Elle fait une pause actuellement. Gilbert Salem laissera son ventilo démonté au fond de la boîte... Un peu comme l'ananas qui est aussi "Del Monte" dans la sienne.

Probablement que le ventilo en "kit" a été acheté au "fait-le-toi-même" de Léman-Centre un jour de grand vent. Vent qui n'était pas le Grand-Bornand.
Cette dernière remarque afin de donner tort à Yves L et lui prouver que je parle aussi bien de ventilo que de Léman et de vents. Et que je le fais dans un grand souffle de "sèche-cheveux" ou de "foehn", ce vent chaud qui nous vient du Sud (

Le foehn est aussi le "sèche-cheveux" en parlé bien de chez nous.
Cette précision, uniquement pour vous, Madame Ambre la Solaire. N'imaginez plus que tout le monde vous ignore. C'est le monde qui est ignorant... et je fais indubitablement partie de ce monde.
Je vous souhaite un bon week-end et vous présente mes meilleures salutations. Transmettez-les également au Père Barnard. Le gaillard a du souffle lorsqu'il souffle dans son biniou breton.

Écrit par : Baptiste Kapp | 09/08/2013

@ Prsflr : Canard Boiteux? Que nenni! Je vous pardonne (*_*). Et sur ma lancée je pardonne également à Yves L.; on dira que "ma poule" était aussi... un lapsus. Hum!

J'eusse aimé transmettre vos salutations au Père Barnard. Mais qui est-il donc ce Père souffleur de biniou. J'ai bien trouvé un Père BErnard, musicien jouant de plusieurs instruments mais point de biniou:))

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_de_Brienne

Et pour parler de vent, si vous avez votre "sèche-cheveux" nous avons ici le "ça décoiffe", petit zef (ou zeph) breton :

Zef, zeph, subst. masc.,arg. et lang. fam. des marins, des aviateurs. Vent. Pas beaucoup de zef ce matin! (Merrien1958).Je rêve, le soir, lorsque les sommets des platanes, courbés par le zeph, semblent à portée de barreau; je rêve (...) de la prison déserte, et de mes retrouvailles avec la vie (A. Sarrazin, La Cavale, 1965 [1962], p. 62).

Oui, je sais que les températures à Lausanne étaient caniculaires ces derniers temps et que vous avez dû souffrir, mais cela a inspiré - avec son ventil-à-tort et ses "vents"- une fois de plus une belle chronique à notre hôte. Ce soir je dînais sur une terrasse avec deux pulls, et un jeune couple prévoyant avait carrément des plaids. Génial petit zef! Mais ça valait le coup de voir la divine lumière sur la mer sous un ciel bleu...

Bon week-end... à tous.

Écrit par : Ambre | 09/08/2013

@Ambre: Oui, c'était une tentative d'humour au 18ème degré - un peu comme lâcher un vent (décidément, on n'en sort pas...) au milieu d'une soirée mondaine.

Si elle vous a offusquée, j'en suis navré et vous présente mes excuses, déjà accordées semble-t-il.

Je me mets au coin avec un bonnet d'âne et le promets: je recommencerai plus.

Écrit par : Yves L. | 09/08/2013

Pour Ambre,

le Père Barnard est un vent. Arrivant d'Ouest, il souffle sur Rennes, ville qui -selon mes souvenirs de classe de géographie et bien que ma place fut celle du fond, à côté du radiateur- est de Bretagne.

Voir: http://mycosmpm.fr/fichiers_html/le_vent.htm

Bon week-end et que les vents vous soient propices.

Écrit par : Baptiste Kapp | 10/08/2013

"Oui, c'était une tentative d'humour au 18ème degré". Nagolet, la face sombre de Y.L.

A propos de journalistes romands, découvert ceci : http://bequilles.ch/

"ma place fut celle du fond, à côté du radiateur". La preuve, "une telle vilainie".

Écrit par : Géo | 10/08/2013

Un grand merci à Géo!
Enfin un correcteur hors "paires", "pair", "pairs", "père" ou "pères" en mesure de me permettre une éventuelle amélioration de mon orthographe.
Je suis pourtant assez étonné qu'il lui ait fallu cette preuve pour savoir que ma place était celle du fond, à côté du radiateur. Je ne dis que la vérité!... Ce qui n'est pas l'avis de deux ou trois matamores qui sévissent en ces lieux.

Questions:
"Vilenie" est-ce bien un substantif issu de "vil"?
Si oui, "vilain" l'est-il aussi?
Et, si oui, pourquoi une telle différence d'orthographe?

Écrit par : Baptiste Kapp | 10/08/2013

Oui, bonne question. Curieusement, mon dictionnaire Robert historique de la langue française fait dériver vilenie de vilain et non de vil. Mais de toute façon, on ne prononce pas vilenie comme vilainie, et votre faute d'orthographe surprend pour cela.
Cela dit, j'occupais aussi une place proche du radiateur. Cela ne m'a jamais empêché d'avoir une bonne mémoire visuelle...
Encore faut-il lire, bien sûr, mais cela semble avoir été votre cas...

Écrit par : Géo | 10/08/2013

Vilainie n'existe pas apparemment.
Ça devait cailler dans vos classes...:))

"lâcher un vent [...] au milieu d'une soirée mondaine." (Jamais encore assisté à ce genre de lâcher. Wouarf!)
Je me pince pour savoir si je dois rire ou pleurer (0_0)! Allez, je pleure de rire. Oups! Le Père Barnard nous pardonnera. (Et merci Prsflr pour le lien sur le nom des vents. j'ai appris que le Kornog est un vent de chez moi. Cette citation pour Yves L. :
"Le vent n’entre point, s’il ne voit par où il pourra sortir."
Méry, 1828

Mais c'est terminé. Je ne renchérirai plus sur ce genre d'humour "Almanach Vermot":)) Ah ah!

Écrit par : Ambre | 10/08/2013

Oui, j'ai eu caillé! Je tremblais de froid devant des livres et des cahiers.
L'histoire se répète, aujourd'hui, je tremble à nouveau, mais de peur, devant des cahiers en lisant les écrits de Pascal et ses paris qui seraient stupides selon Prévert!

Écrit par : Baptiste Kapp | 11/08/2013

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