07/09/2013

Les coloquintes de la mi-septembre

Passée la première semaine de septembre, un déclic se produit dans la biosphère du Léman. Les perceptions y sont brouillées; ou c’est comme si un cinéaste divin avait déplacé les sources de lumière, en faisant flamboyer l’échine du Salève et en noircissant les dents creuses des Mémises.

Au dernier étage de votre immeuble, le changement est plus frappant: la jeune institutrice qui ne souriait plus dans l’ascenseur a renoncé au régime minceur (blancs d’œuf, spirulines à base d’algues, levures, potions émétiques) qu’elle s’était infligé pour ses vacances aux Baléares. Elle a perdu son bronzage, mais son retour à la viande rouge, à la gibelotte de lapin, aux bricelets du Jorat a profité à son teint. Et elle répond à votre bonjour!

Mais pour saisir la subtile métamorphose induite par septembre, il suffit de passer une journée dans le jardin vétuste de votre tante Gladys, à Trouffonnens-sur-Rolle. Le péclet rouillé du clédar couine sous vos doigts au tout petit matin. Puis vous pénétrez dans une roseraie, de seconde floraison, qu’aurait peinte au XIXe siècle Henri Fantin-Latour. Pourtant c’est l’odeur du céleri froid qui prédomine, suivie de celle camphrée de la sauge. De la campagne alentour vous en parviennent d’autres qui sont de chaumes et de friches. La montée du soleil vous fera rougeoyer dans une palissade une fragile constellation de fraises, dite des «quatre-saisons».

Mais c’est au potager que cette lumière pré-automnale fait resplendir sa créature la plus singulière: j’ai nommé la coloquinte. Dans la famille des cucurbitacées, elle incarne une espèce de cousine excentrique, un peu foutraque. Plus petite que le potiron, plus verruqueuse que le pâtisson, sa particularité est d’avoir des couleurs diverses: elle peut être vert foncé, vert pâle, jaune safran, crayeuse, zébrée, tavelée. Et d’être immangeable: elle contient une toxine qui provoque des indigestions douloureuses, des saignements.

Une sale bête de plante, en somme, mais qui fait le bonheur des fleuristes, des décorateurs de vitrines, et surtout des enfants. Sans regimber, elle se laisse évider pour devenir lumignon, hérisser d’épingles pour ressembler à un extraterrestre.

Accessoirement, elle peut servir de ballon dans les préaux.

Commentaires

Si la coloquinte "fait le bonheur des fleuristes", vous nous faites la grâce du bonheur de vous lire.

Écrit par : Ambre | 08/09/2013

Changer littéralement de vie? C'est plutôt risqué!

Écrit par : mincir | 20/09/2013

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