12/10/2013

La saison où s'envolent les oiseaux

C’est en ce 10e mois de l’an que notre contrée se pare de ses atours les plus scintillants, car les plus contrastés. En octobre, le jaune et l’ocre des feuillées du parc Mon Repos se détachent comme des lustres à branches de cuivre sur un fond de ciel lausannois qui, lui, va au terne et à la grisouille. L’«été indien» qu’on savourait impunément sous les bouleaux du sentier entre Territet et Villeneuve s’est fait méchamment fouetter, il y a six jours, par des froidures imprévues. Et Jordy Pérussey, votre dadais de neveu aux cheveux peroxydés en bataille ne fanfaronnera plus au bord du lac en joggant à pied nu.

.

Octobre est un mois éminemment verlainien, où l’indécis l’emporte sur le précis. Or qu’il y pleuve, qu’il y vente, et même quand tout gèle – et que nous nous rencognons dans notre fauteuil près du feu - cinq milliards d’oiseaux quittent rituellement notre continent pour s’envoler vers l’Afrique. Moins parce qu’il y fait plus chaud que pour y retrouver de la nourriture, et de la meilleure: des insectes tropicaux plus charnus pour le gobe-mouches, pour la fauvette, et pour ce délicat rossignol dont j’ignorais la gloutonnerie. La rousserolle effarvatte est aussi une goinfresse. Mais, coquette, elle reste soucieuse de sa ligne, en s’infligeant une épreuve gymnique qui confond l’imagination humaine: après avoir niché chez nous, elle bat des deux ailes jusqu’aux tropiques sur un parcours de 5000 km. Elle y perdra triomphalement un tiers de son poids.

.

Selon une récente observation de la Station ornithologique de Sempach, notre chétif et si joli martinet alpin qui se laisse cordialement baguer dans le clocher de l’église Saint-François (sa silhouette évoque plus une arbalète médiévale que le fouet à lanières du marquis de Sade…) serait lui aussi un athlète de la gent ailée. Avec ses modiques 42 grammes, il est un champion de l’endurance: son trajet plané, sans escale, vers les Guinées, les Congos et la Namibie, peut durer jusqu’à 200 jours, sommeils inclus. Une étoile filante, perdue, à l’instar de millions d’autres congénères, dans l’infinie chorégraphie migratoire d’octobre. Un mouvement brownien de chassés-croisés qui emplit le ciel de froufrous d’ailes, et nous annonce l’hiver.

 

Commentaires

Merci pour ce texte dépaysant, et pourtant si proche.

Écrit par : hommelibre | 12/10/2013

OK, rdv entre Pillon et Bretolet, en dessus des pyramides de gypse. Les filets devraient, si la neige le permet, être posés demain ou après-demain, et vous y rencontrerez la fine fleur de l'ornithologie de nos contrées. Les oiseaux quant à eux sont passé depuis longtemps. à ce que j'ai cru voir en cherchant par là-haut des bolets, mais les ornithologues sont des gens parfaitement charmants et qui apprécient à sa juste valeur la production vinicole de nos riantes contrées, dont la dégustation justifie amplement tous ces efforts et ces déploiements.
Avec un peu de chance, vous y observerez la torticole gloussante, celle qui ressemble à votre prof d'anglais en deuxième du gymnase, et le cramoisi blêmoïde, qui a la tête de votre percepteur. Vous pourrez en profiter pour lui tordre le cou quand personne ne vous regardera, pour le faire ressembler à votre prof d'anglais...
Oui. Torticole.

Écrit par : Géo | 12/10/2013

merci de cette "peinture" qui me permets de contempler en profondeur Lausanne et ses habitants.

Écrit par : cmj | 13/10/2013

Aujourd'hui, vers 17 heures, j'ai vu passer au-dessus du centre-ville de Genève (Place Bel-Air) plusieurs bandes de gros volatiles en formation en V. Ils venaient du lac et semblaient suivre ensuite le tracé du Rhône.

Ils étaient assez gros, peut-être des canards? Ils n'avaient pas le long cou des oies.

C'était magnifique. Ayant lu votre billet je les ai regardés plus intensément.

Écrit par : hommelibre | 14/10/2013

J'ajoute: un homme à côté de moi les a aussi regardé. Nous avons échangé un regard de connivence. Il ne parlait pas français, je ne connaissais pas sa langue. Nous avons communiqué chacun dans notre langue!
:-)

"Ainsi va la vie": ce sont ses seuls mots de français quand nous avons pris chacun notre tram.

Écrit par : hommelibre | 14/10/2013

Un jour, à Tombouctou, je montre un peu la région à un ami qui vient d'arriver après avoir traversé le désert, avec sa copine aujourd'hui conseillère d'état dans un canton voisin après avoir gardé les vaches à la Berra. Tout à coup, l'ami montre le ciel et dit d'un air extatique : "oh, lulu !"...
Je n'ai plus jamais vraiment réussi à le trouver franchement normal...

Même si elles passent régulièrement ces temps par le Col en question ces jours...

Écrit par : Géo | 15/10/2013

Yves L@ J'espère que vous n'avez pas raté la chronique de votre ancien confrère Jean-Claude Péclet "Réponse d'un chacal à Jacob Berger". Cela vous aurait prouvé qu'on peut être journaliste au matin et écrire des choses très intelligentes...

Écrit par : Géo | 15/10/2013

Homme libre@ "Ils étaient assez gros, peut-être des canards? Ils n'avaient pas le long cou des oies."
Vraisemblablement des oies cendrées :
http://www.oiseaux.net/oiseaux/oie.cendree.html

Écrit par : Géo | 19/10/2013

"Chant : "Cancanement" nasal répété "ang ang"ou "ga ga ga". Lors du passage migratoire, le cri est fort et aigu."
Toute ressemblance avec une oie chanteuse américaine n'est pas du tout fortuite.

Écrit par : Géo | 19/10/2013

Je te signale, cher Gilbert, que Jordy Pérusset, que tu traites de dadais, habite dans mon immeuble. Il est très déprimé. Sa maman n'exclut pas de porter plainte.

Écrit par : Yves L. | 22/10/2013

@Oltramare. On s'intéresse aux petits zozios maintenant?

Écrit par : Yves L. | 22/10/2013

Lassueur@ Du tout, du tout. Aux ornithologues, espèce rare et marrante. Au contraire des journalistes aigris et fourbes...

Écrit par : Géo | 22/10/2013

Et à part ça, M.Nivellement par le bas, on s'intéresse aux blogs de son ami Gilbert quand on a un coup dans l'aile ? (à propos de zozios...)

Écrit par : Géo | 22/10/2013

Les commentaires sont fermés.