26/10/2013

Des corbeaux de Mimi aux applis de Jordy

Dimanche, Mireille Pouchon, de Jonzy-sur-Villette, a accueilli ses arrière-petits-enfants dans sa ferme vigneronne. Elle leur avait préparé un gâteau aux pruneaux, des biscuits au nillon, du sirop de sureau, ainsi qu’un jeu de l’oie couleur sépia qui fleurait bon le grenier familial. «Fallait pas le déballer, Mimi, fit Sigourney, l’aînée de la turbulente escouade débarquée de Lausanne. Ce jeu, nous l’avons déjà en application sur nos iPad. On pourrait engager une partie sans être obligés de s’asseoir à une même table. Moi j’irai au cellier, Jordan dans la pergola. Zelda restera dans ta cuisine.»

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«Je ne veux pas rester à la cuisine, chouina la cadette. Et j’aime pas le jeu de l’oie. C’est trop vieux, trop gentil. Je préfère mon appli de Fiercecrow, le corbeau venu de l’espace pour nous gober les yeux!» «Moi, j’ai même pas envie de jouer du tout, mugit à son tour le gros Jordan. Je veux écouter de la K-pop coréenne sur mon iPhone.»

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Faut-il le préciser? la trop prévenante aïeule a été prise au dépourvu devant ce charabia high-tech dont tout lui échappait.

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- Mes petits, je ne saisis pas votre interprétation du mot application. Un programme informatique? De mon temps, il était synonyme de travail bien fait, d’assiduité à l’école. Il nous arrivait de nous égayer, mais nos jouets étaient moins compliqués que les vôtres: il y avait ce jeu de l’oie-là qui ne clignote pas. Son mérite était justement de nous réunir autour d’une même planche en carton, de permettre des échanges de regards. Nous jouions aussi à la marelle, à zig-zag-zoug, à d’autres jolies gamineries vaudoises tombées dans l’oubli: un-deux-trois-bobinette, le pèdze-guillon, le ranguille-moineau… Voyez, je peux aussi vous épater par un jargon qui vous échappe!

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-Tu ne chantais pas, Mimi?

- Oui, Jordy, mais pas de la pop coréenne. Des rondes de la vieille France, comme A la claire fontaine. Ou des comptines vaudoises qu’on entonnait avec tout le bon lait cru de notre accent. Il m’en revient une:

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Quoi, quoi, quoi

Les corbeaux sont dans les bois

Ils mangent de la soupe aux pois

Avec une cuillère en bois…

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»Voyez, dans les amusements de mon enfance il y avait déjà des corbeaux. Mais ça dévorait du potage, pas des yeux d’enfants."

Commentaires

Quand je commençais l'uni, je n'avais pas encore internet non plus... Après, c'était une question de choix. Après plusieurs mauvaises expériences dans des bibliothèques, où il semblait impossible d'obtenir une copie d'un texte rare, j'ai commencé à apprécier l'idée de consulter un article, publié dans une université anglaise, depuis mon fauteuil... Tout comme celle de dialoguer avec des gens que je n'aurais jamais pu rencontrer autrement.

Écrit par : Inma Abbet | 28/10/2013

Agréables souvenirs de l'enfance donnent l'espoir, merci!

Écrit par : achat en ligne | 02/11/2013

Avoir froid. Avoir faim ou soif. Avoir trop chaud. Souffrir de ses pieds pour avoir trop marché. Bientôt nous ne serons plus que quelques privilégiés dans ce monde de privilégiés à connaître ce genre de privilèges...
Les petits minets ne veulent plus rien de tout cela. Ils veulent rester devant leur écran, bien assis et avec plein de chips ou autres. Alors ils deviennent obèses et grotesques, et on est censé ne plus avoir le droit de se moquer de ces gros patapoufs ridicules. Tu parles, Charles. On arrive au bout de la cochonnerie correcte politiquement. On sent que la Vérité pointe son museau, et dans très peu on ne dira plus "bobo", assez charmant, mais on en reviendra au bon vieux "snobinard", qui parle nettement plus authentique. Alors les grotesques petits obèses qui n'ont jamais vécu la moindre frustration parce que maman les élève toute seule et que ce serait "compliqué", alors on les met devant la téloche et on les bourre de cochonneries, les grotesques petits obèses redeviendront ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être : des tassons, des gros, des moches pas baisables, etc...
Et ils n'auront pas besoin d'une armada de psychomachins et de sociotrucs pour s'en sortir ; ils feront comme tout le monde : ils boufferont moins et feront du sport...

Écrit par : Géo | 02/11/2013

Merci Géo! Suis écroulée de rire.
Patapoufs! J'adore ce mot, ça rappelle l'enfance, parfois cruelle.
Des tassons? Je ne connaissais pas. Une espèce de thon (0_0)?

G. Salem est un poète!

Écrit par : Ambre | 04/11/2013

Tasson, c'est le nom vaudois pour le plus gros mustélidé de nos régions : le blaireau. Le blaireau a un gros cul, disons-le carrément. Cet animal sympathique a la fâcheuse habitude de se faire ses griffes sur les fruitiers que j'ai plantés il y a quelques années, c'est la seule chose que j'ai à lui reprocher...

A part ça, vous avez fait le plein de choux-fleurs, ces jours ? Le nuage de lacrymogènes s'est-il dissipé ? la préfecture a t-elle brûlé ? L'industrie du bonnet est-elle célébrée comme il se doit et créé-t-elle déjà des emplois ?

Écrit par : Géo | 05/11/2013

Blaireau : ce mot était utilisé en effet autrefois - moins aujourd'hui - et peu flatteur pour celui qui était visé. L'animal a l'air plus sympathique.

Réponse dans l'ordre, mais vous en savez sûrement plus que moi (je regarde peu la télévision) :
- pas de choux-fleurs mais j'ai vu sur les quais de l'Odet des curieux revenir avec des pots de chrysanthèmes!
- pas de nuage lacrymogène à l'heure où je suis sortie (fin d'après-midi, voir photo prise ce jour-là) :
http://1.bp.blogspot.com/-hgJI7BV8e_M/Uni-0GRKgUI/AAAAAAAAH6U/8QxswK-SBz8/s1600/DSC09802.JPG
- Préfecture? Les guichets sont toujours ouverts!
- Armor Lux n'a de luxe que le nom, la qualité a bien baissée:(( et franchement, depuis que Montebourg porte des t-shirt rayés, je laisse les miens au placard. Je ne pense pas que ce genre de pub soit favorable à l'entreprise :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/963180-bonnets-rouges-offerts-par-armor-lux-une-marque-ne-gagne-rien-dans-une-joute-politique.html

Je ne m'intéresse plus depuis longtemps à la politique, je préfère la poésie :

"Ne te courbe que pour aimer". René Char
Je suis pour "... l'obstination de la douceur". Albert Camus

Écrit par : Ambre | 05/11/2013

@Gilbert Salem il y a de quoi se régaler de rire en lisant vos textes qui rappellent le passé et les nombreuses incongruités de la langue française.Comme quand la maitresse disait,allez en ordre dispersé !Heureusement qu'à 7 ans on ne possède pas la répartie nécessaire
merci pour votre blog

Écrit par : lovsmeralda | 05/11/2013

Ambre@ Comme je sais que vous adorez mes conseils littéraires...
Vous avez lu "Les braises", de Sandor Maraï ?

Écrit par : Géo | 05/11/2013

Cela dit, ceux qui nous pompent le plus l'air avec des applis et des tonnes de photos de leurs petit-fils, ce ne sont pas les petits-fils ou petites filles mais bien les grands parents. On a droit aux séances de projection de diapos des années 70 n'importe où n'importe quand, aujourd'hui. Et elles sont toujours aussi chiantes. Même que maintenant, les pépés gâteux projettent les photos de leurs larves préférées sur fond de clip. Je le dis et redis, un des grands progrès de l'humanité serait que le ridicule tue enfin...

Écrit par : Géo | 05/11/2013

À Géo,

Ah!... Si le ridicule tuait... Peut-être serions nous déjà morts tous les deux!...
Et ce ne serait pas la mort la plus ridicule. Il en est en tout cas une qui l'est plus encore: la pendaison pour bandaison, lorsque la dépendaison tarde, que l'effet tarde aussi, que rien ne darde.

Écrit par : Père Siffleur | 05/11/2013

@ Géo : écroulée de rire bis! (cf. photos. Message bien reçu).
Pas lu "Les braises"... mais ça a l'air très beau.

@ Géo et Prsflr :
Ah mon Dieu! Depuis le temps que je cherche une solution pour mourir... il me faut donc devenir encore plus ridicule.
Prsflr : avec vous, je pourrais mourir de rire:))

Écrit par : Ambre | 05/11/2013

Merci pour l'origine de "tasson", je ne le connaissais pas non plus, j'avais cru à quelque chose comme "gros tas"...

@Ambre... Il y a aussi mourir de rire, cela doit être agréable.

Écrit par : Inma Abbet | 05/11/2013

Gros tas : mais c'est bien ce que cela signifie dans le contexte du commentaire de Geo.:-)
Gros tas = gros thon = patapouf puissance 10 = tasson = blaireau:-)

Je meurs souvent de rire Inma!

Écrit par : Ambre | 05/11/2013

Inma@ Y a-t-il encore des patoisants dans votre vallée reculée ? Avez-vous déjà entendu des gens d'Evolène parler leur patois ? Comprenez-vous : "Cein que le pére rapertsant avoué lo ratî, lè z'einfan l'èpantsant avoué la fortse" ?

Et avez-vous lu "Les braises" ?

Écrit par : Géo | 05/11/2013

Oui, il y a des patoisants. Je l'ai déjà entendu, mais je ne le comprends pas.

http://fr.scribd.com/doc/34313145/La-sepa-ai-tsaplya-bou-La-soupe-aux-bucherons

Non, je n'ai pas lu "Les braises", mais ce que j'en sais me donne envie d'essayer.

Écrit par : Inma Abbet | 05/11/2013

Je choisirai mon exemple dans le Conteur romand, la prochaine fois. M'étonnerait qu'il soit en ligne...
"Les braises" est un petit bijou de finesse et d'intelligence. Mais peut-être plus pour des gens comme moi que pour vous...

" - En effet, nous vieillissons tout doucement, dit le général. Tout d'abord, c'est notre joie de vivre et de voir nos semblables qui s'émousse. Peu à peu, le sens de la réalité prédomine en nous. Nous pénétrons mieux le sens des choses et nous assistons avec ennui à la succession d'événements qui se répètent. Le noter est déjà un signe de vieillesse. Quand nous avons bien compris par exemple qu'une coupe n'est qu'une coupe et que les pauvres humains - quoi qu'ils fassent - ne sont que des créatures éphémères, c'est que nous sommes alors vraiment bien vieux. "

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas, en quelque sorte. Peut-être que Ambre ne devrait pas lire ça, à la réflexion...

Écrit par : Géo | 06/11/2013

Et alors, Rabbit, rien à dire sur le sujet ? Ou Salem est-il interdit d'accès dans l'Empire du Milieu ?

Écrit par : Géo | 06/11/2013

Inma @ Je n'ai même pas pris la peine de vérifier tellement j'étais sûr de mon fait. Cela a vraiment quelque chose d'incroyable que cette revue soit en ligne. Il vous suffit à part ça de regarder les personnages dans le C pour comprendre pourquoi je connais bien cette revue...
Merci infiniment pour cette découverte que je vais tout de suite transmettre à celui qui s'occupe du site concerné...

Écrit par : Géo | 06/11/2013

Je commence à penser que tout est en ligne... Encore plus incroyable, ou plus inquiétant, peut-être. Je discutais hier précisément de ce sujet avec une amie, avec qui j'évoquais la possibilité des recherches à partir d'une image -chose très utile pour ceux qui fréquentent les réseaux sociaux et qui veulent savoir si la photo de leur nouvel "ami" correspond au nom de celui-ci ou s'il s'agit d'une usurpation d'identité-. Je lui ai dit que j'utilisais ce type de recherches dans d'autres contextes et que, par exemple, on pouvait facilement trouver la provenance d'une oeuvre d'art (auteur, époque etc.) Pour le lui montrer, j'avais besoin d'un blog aujourd'hui fermé et disparu... En apparence, car, si on ne le trouve plus sur google, il y a cependant des moyens de le retrouver, intégralement, et avec les commentaires d'origine.

Écrit par : Inma Abbet | 06/11/2013

Tout est à double face, c'est probablement la première chose à apprendre aux enfants. Par ailleurs, c'est la raison pour laquelle je ne m'intéresse pas aux réseaux sociaux qui ont l'air conçus pour fliquer les citoyens plutôt que pour faciliter la tâche de leurs "amis"...

Écrit par : Géo | 06/11/2013

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