12/11/2013

Un âne qui souffre devient mon frère

Après avoir aboli la corrida en 2010, le Parlement de Catalogne prohibera l’an prochain toute participation animale dans les jeux du cirque. Les enfants de Barcelone ne riront plus du phoque de l’Alaska qui fait tourner un ballon sur son nez, ni du triple salto arrière du tigre de Sibérie. Et ils ne feront des tours de manège que sur des poneys de bois. Cette actualité réjouit les défenseurs de la faune meurtrie mais scandalise les dompteurs professionnels: ces homo sapiens se prévalent d’une tradition ancestrale qui les autoriserait à instrumentaliser - avec bien sûr «respect et dignité» - des êtres inférieurs qu’Esope et La Fontaine avaient pourtant rendus philosophes.

Nos dresseurs de fauves se récrient en victimes parce qu’on leur confisque leur cravache. Qu’ils rejoignent donc le chœur geignard des chasseurs de palombes italiens, ou des Pyrénées-Atlantiques. Des protestataires anti-écolos mieux équipés, des as de la gâchette qui, chaque année, exterminent 30% des pigeons migrateurs traversant notre continent: un trophée royal. Et l’on voudrait priver de ce sport noble et séculaire de si preux chevaliers!

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Moi je suis plus couard que preux; la vue de tout sang me révulse. Il m’est arrivé d’éclaffer une fourmi, un moucheron, ou de pulvériser au xylophène un gros frelon qui s’engouffrait dans ma chambre. Or le seul être dont j’aie provoqué la mort avec application (et euthanatiquement) fut justement un pigeon, échoué par hasard sur ma véranda de la Gottettaz, près de Béthusy. Consultée par téléphone, la SPA de Lausanne m’enjoignit de devenir bourreau, me prescrivant à distance des directives pour noyer mon visiteur blessé dans du chloroforme… L’opération fut maladroite, agitée, désastreuse. 30 ans après, le regard argileux de l’oiseau me fixe encore.

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Plus douloureux, violemment humain et fraternel, sera celui d’un âne espagnol qu’en 1985, je verrai bastonner à mort dans un village de l’Estrémadure à la mi-carême. Très avinés, ses persécuteurs hurlaient qu’ils remportaient une victoire au nom du Christ (sic!). Quant à leur vaincu, il expira en silence, la gorge submergée de sang, ses hautes oreilles dressées vers les dieux.

Il ne fit pas hi-han, comme dans les contes de mon enfance.

 

Commentaires

Ne mettez jamais les pieds à Nouakchott. L'eau y est livrée par asinomobilité et l'ardeur qu'ont les jeunes conducteurs nègres à bastonner sans répit leur bête ferait l'admiration de tous ces gens d'Europe qui prétendaient "que ces gens étaient paresseux". A mon avis, l'énergie mise à battre l'âne avec des bâtons d'un diamètre impressionnant suffirait à transporter le double de flotte...
Les rues résonnent au rythme de ces coups distribués avec une générosité aussi extraordinaire qu'incompréhensible et il n'y a pas un âne qui n'ait pas le flanc droit totalement en sang. Et c'est ainsi qu'Allah est grand...

Cela dit, sans prétention, les Catalans ont mauvaise réputation chez les Ibériques. Y compris et surtout chez leurs voisins du Nord que je côtoie et connais depuis maintenant assez longtemps. On dira pour être gentil qu'ils passent pour un peuple de benêts. On dira aussi qu'ils font tout pour mériter leur réputation...

Écrit par : Géo | 12/11/2013

Mais Kilian Jornet est vraiment un très grand champion. Ce qui n'est pas contradictoire avec les remarques précédentes, par ailleurs. Au contraire, peut-être...
Lu quelque part que François Cluzet, celui de ce navet bien-pensant, "les Intouchables", qui a été le grand moment des ménagères européennes de 50 ans (mais à cause de Omar Sy, soyons réaliste...), aimerait jouer Kilian Jornet au cinéma. Qui lui dira qu'il a quelques trente ans de trop pour le rôle ?

Et à propos, tant qu'on y est... Retrouvé dans mes notes :
"Idée de film inspirée par le succès des "Intouchables" : un notable de province a engagé un vieux copain pour l'aider à piloter le char de l’État où il a pris place à la suite des incartades sexuelles du favori des sondages. Le copain, plein de bonne volonté mais sans expérience. enclenche la marche arrière à tout propos, se trompe de route et peine à interpréter les indications fournies par le tableau de bord.
Titre : "Incapables"
Philippe Bouvard
Figaro magazine du 10 novembre 2012.

Oui, oui. 2012.

Écrit par : Géo | 12/11/2013

Si les Catalans ont interdit les corridas, c'est que la génération la plus jeune ne s'y intéresse plus... Bon, il faut le dire tout de suite, je parle le catalan, et j'adore Barcelone.
A part cela, une plus grande sensibilité envers les animaux est une tendance de fond, dans l'ensemble des pays développés. Des amis français avaient également remarqué le manque de sensibilité envers les animaux dans la génération de leurs parents. Mais il ne faudrait pas tomber dans un jugement négatif rétrospectif. La vie de ces gens était beaucoup plus dure, suffisamment pour qu'ils considèrent les animaux uniquement comme de la nourriture ou des outils.

Écrit par : Inma Abbet | 13/11/2013

La vie d'un taureau de corrida, c'est cinq ans de vie de star en Andalousie, 15 minutes assez désagréables en fin de vie. Et quand les corridas seront supprimées, il n'y aura plus d'élevages de taureaux et l'espèce disparaîtra. Et avec elle, les dernières manifestations du culte de Mithra. Mais cela, cela n'a pas vraiment beaucoup d'importance. Cela dit, je ne suis pas vraiment un fanatique des corridas. Par contre, à Pamplona7Iruña, je m'imagine assez mal la fin des San Fermines (j'espère que je l'ai dit juste ?) que vous ne manquerez pas d'admirer tous les matins à 8h pétantes du 7 au 14 juillet sur TVE internacional...
Mais interdire les animaux du cirque ?

Écrit par : Géo | 13/11/2013

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