27/04/2014

Des jeux de guerre en amuse-gueule

On ne cesse de commémorer cette année la Première Guerre mondiale qui éclata il y a un siècle pour enflammer l’Europe avec une violence sans précédent. Dans les murs vénérables du château de La Tour-de-Peilz, une expo du Musée suisse du jeu révèle qu’elle avait été annoncée, bien avant l’attentat de Sarajevo qui la déclencha le 28 juin 1914, par un échiquier ludique de salon figurant déjà la carte des Balkans. On y déplaçait des pions autrichiens, allemands, italiens: des généraux d’une future triple alliance ennemie de la France et de l’Angleterre.

 

Sont exposés également des jeux de l’oie, plus tardifs et tendancieux, où c’est le Boche à casque à pointe qui est démonisé par des héritiers de Napoléon Ier. L’épouvantable boucherie inspira enfin un inventeur montreusien: un certain Alexandre Lauly, des Avants, qui imagina un divertissement sur le thème de la Première bataille de la Marne, où il y eut des centaines de milliers de morts. Les Suisses, tout neutres qu’ils fussent, étaient friands des péripéties meurtrières fumant à leurs frontières. On jouait à la guerre sans la faire, et en y associant même les enfants que la vue du sang aurait pu effaroucher, mais comme aucun n’en tachait le carton des damiers – ce qui aurait épouvanté leurs gouvernantes, pour des raisons d’hygiène – on restait dans le divertissement.

 

Un siècle plus tard, le succès universel des jeux vidéo d’«action», avec leur clinquant de lumières et de sonnerie, remisèrent au galetas ou dans nos caves à poussière les sabres de bois d’antan, les tomahawks d’apache en caoutchouc… En 2002, douze ans après la guerre du Golfe qui fit intervenir des forces occidentales au Proche-Orient pour défendre le Koweït d’une l’invasion irakienne, le fabricant britannique Pivotal Games eut l’idée lucrative de mettre à la portée de nos gamins des «warrior parties» où ils joueraient en valeureux p’tits soldats.

 

Depuis, ils font jaillir du sang comme pour de vrai, mais par procuration, et sans gambader joyeusement dans un préau ou la forêt. Ils restent sévèrement assis devant un ordi, ou une console de jeux, et ils tuent juste pour le plaisir de gagner. Impunément, car ce sang-là est virtuel.

 

 

www.museedujeu.ch/fr

 

Commentaires

Revoici l'adresse, au cas où, belle soirée Ambre!


http://www.museedujeu.ch/fr/

Écrit par : gilbert | 27/04/2014

Revoici l'adresse, chère Ambre, belle soirée.

http://www.museedujeu.ch/fr/

Écrit par : Gilbert | 27/04/2014

Cette fois ça marche. Merci Gilbert, belle soirée à vous également.
Ô Léman... mon aimant... dès que je t'aperçois je n'ai qu'une hâte, te revoir.

Les jeux présentés en page d'accueil du musée me ramènent à mon enfance et au souvenir de mon père pour les parties de "petits chevaux" et à mon grand-père pour celles de dominos. Des petits moments de bonheur...

Mais je veux croire que les jeux vidéos d'aujourd'hui apportent d'autres joies aux enfants... s'ils les partagent avec leurs parents. Je ris en y pensant, difficile aujourd'hui de les imaginer jouant aux petits chevaux!

Ah mais que dis-je! Je viens de vérifier, on y joue encore... avec pour partenaire, l'ordinateur. Tsss! Non, décidément, je préfère les chevaux de bois.

http://www.contefleur.fr/dossierjeux/petitschevaux/chevalmoz.htm

Écrit par : Ambre | 27/04/2014

Les commentaires sont fermés.