10/05/2014

Glorieuse ascendance du poulet grillé

Une chère amie du Nord vaudois garde un souvenir heureux et goûteux de son 10e anniversaire. «Ma petite Chantal, réjouis-toi, lui avait dit son père. Nous le fêterons en mangeant un poulet de l’Hôtel-de- Ville d’Yvonand!» C’était, il y a 60 ans, déjà un restaurant de belle réputation entre Thièle et Menthue. Et l’humble volaille en question y était servie avec tout l’apparat ganté et obséquieux qu’on accorderait aujourd’hui à une moins ordinaire. (On pense à la bécasse des bois flambée au genièvre de Benoît Violier, le nouveau maestro de Crissier…)

Le mets était alors aussi coûteux, car coqs et poulets n’étaient pas encore surexploités dans les élevages. Quant aux poules et poulettes, elles étaient presque toutes destinées à la ponte. Elles le seraient toujours : selon des statistiques récentes, il y aurait en Suisse 8,75 millions de volailles, soit autant que d’êtres humains. 2,5 millions d’entre elles sont des poules pondeuses produisant ensemble 750 millions d’œufs par an. Des chiffres qui donnent le tournis, voire un léger haut-le-cœur à l’instant où l’on voudrait se contenter, au souper, d’une modeste omelette aux herbes.

A quelles races appartiennent tous ces gallinacés? La question est tout aussi vertigineuse, un vrai cauchemar de comptable: il y en aurait 89 reconnues, presque toutes importées d’Asie du Sud-Est, mais que nos éleveurs ont ingénieusement métissées avec notre élégante Tschüperli appenzelloise, dont la crête à cornes s’affuble d’un panache de carnaval. Sinon avec l’«italienne», au caractère plus trempé, au plumage plus bariolé, ou avec la brave leghorn blanche d’origine américaine, dont les plumes caudales sont en éventail.

Je résume: la fameuse poule au pot d’antan, que le bon roi Henri IV voulait voir mijoter dans toutes les familles de son royaume, est désormais une pitance cosmopolite. Aujourd’hui, il serait malvenu de la trouver moins savoureuse sous peine de passer pour un xénophobe. Sachons pourtant qu’elle a eu un ancêtre empanaché de plumes cuivrées mouchetées d’orange. Un coq fier et sauvage. Ce gallus bankiva se pavanait, il y 5 000 ans, dans la jungle indonésienne. Les hommes l’adoraient comme un dieu.

 Il était glorieusement, et délicieusement, incomestible.

Commentaires

"Il était glorieusement, et délicieusement, incomestible."
Incomestible n'est pas africain. Et cela m'étonnerait qu'un Javanais affamé soit moins vorace.

Écrit par : Géo | 10/05/2014

Pourquoi était-il incomestible? Je n'au jamais entendu parler d'un poulet venimeux... :-)))

Écrit par : Inma Abbet | 10/05/2014

Pourtant des dieux sont comestibles, puisqu'il existe les hosties.

Écrit par : Rabbit | 10/05/2014

2,5 millions de poules pondeuses?... Dommage! Vous avez oublié la plus formidable. Une formidable pondeuse suisse qui ne casse vraiment pas grand'chose, sauf quelques oeufs.

Cette "poule" se nomme Milo Moiré. Elle est soit-disant de la race "artiste"(sic). Elle pond des oeufs, non pas à l'échelle de celles qui sont à plumes, mais juchée sur deux échelles. La bestiole dont il est question ici est à poil et n'en pond que très peu par rapport aux 750 millions pondus pas ses consoeurs. Elle démontre que la ponte nécessite quelques efforts, mais que, pour elle, l'art n'en demande aucun.

Je sais! comparé cette artiste avec les poules n'est pas très flatteur... pour les gallinacés!... Mais puisque le Matin (Tamedia) en a parlé sur plusieurs pages et à deux reprises au moins, ce doit être de l'art, malgré tout!

Voir: http://www.lematin.ch/loisirs/milo-moire-produira-ble/story/12388632

ATTENTION! Mise en garde:
Images explicites et infantiles autorisées uniquement aux plus de 18 ans.

Écrit par : Père Siffleur | 11/05/2014

Cela dit, il y a en Suisse comme partout en Europe autant de différences entre un poulet de la ferme et une cochonnerie industrielle qu'entre une Audemars-Piguet à grande complication à un million de francs et une Swatch 51 montée par une machine.
Et le poulet de l'Hôtel-de- Ville d’Yvonand appartenait vraisemblablement à la 1ère catégorie...
Mais nous, on le fréquentait que pour les filets de perche. C'est probablement devenu un chinois ou une pizzeria ?

Écrit par : Géo | 11/05/2014

Peu "glorieuse" cette poule pondeuse. Les "performeuses" existent depuis longtemps. Cette Milo Poivrée a dû s'entraîner avec des boules de geisha et aurait pu nous épargner cette performance décadente. Les médias adorent ce genre de sujets, racoleurs. Et, malheureusement, c'est à englober dans la définition de l'art.

Écrit par : Ambre | 11/05/2014

Des poules originaires de l'Asie du Sud-Est ? Pourquoi pas, c'est moins loin qu'on croit. Elles ont très bien pu venir par leurs propres moyens, ou dans les bagages de Marco Polo, avec les nouilles, les pizzas et les vers à soie.
Mais, à une période où la Chine n'avait plus grand chose à croquer, elles ont massivement fait le voyage en sens inverse pour garnir les rayons et remplir les estomacs. Par contre, ce qui fut difficile à passer dans les cuisines, c'est que les volailles étaient déjà mortes et que leur plumage était uniformément blanc: manger des cadavres incolores ? chose impensable en Chine !

Écrit par : Rabbit | 11/05/2014

Déjà vu sur les marchés asiatiques, des bacs où nagent des poissons vivants? Cela devait être ainsi partout, avant la réfrigération. J'ai récemment lu un livre sur les paquebots. Ils embarquaient des poulets vivants, mais aussi des vaches.

Écrit par : Inma Abbet | 11/05/2014

Même avec les réfrigérateurs, les marchés (super ou non) sont de véritables ménageries. Pigeons, colombes, canards, anguilles, crapauds, poissons et tortues ont surtout la cote.

Écrit par : Rabbit | 11/05/2014

Des poules originaires de l'Asie du Sud-Est... qui débarquent en Europe pour s'accoupler avec des pigeons... Ainsi va la ronde !

Écrit par : petard | 17/05/2014

... et les crapauds d'anguille de poulets d'ici prennent prennent leurs pigeons pour des canards sauvages...

Écrit par : petard | 17/05/2014

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