17/05/2014

Histoire de fringues

 

Chez les Puichoud, qui vivent dans une bourgade du pied du Jura, les goûts vestimentaires sont variés, les trois enfants du Maurice pouvant s’affubler à leur guise sans se disputer ni choquer personne. Ou seulement feu Firmin Puichoud (1841-1916), dont les bacchantes se hérissent sous un chapeau noir quand sa lontaine progéniture crâne en tenues excentriques sous son portrait en pied du vestibule. Or l’aïeul lui-même avait posé en un costume d’époque qui n’est pas d’une sobriété exemplaire: dzepon de velours noir à manches bouffantes et à revers en dentelle historiée, gilet arc-en-ciel, guêtres de toile, croquenots à boucles en similor… Son arrière-petit-fils Jeff  Puichoud les a retrouvés un siècle plus tard dans un portemanteau englué de naphtaline. Une fois l’an, il s’en pare pour épater la galerie dans quelque bal masqué.

 

Sinon il s’habille en «bobo», soit en bourgeois-bohème (il vote à gauche en enseigne la sociologie à Dorigny): son jean est artistement raccommodé aux genoux, sa veste en daim est élimée aux coudes pour un effet recyclage élégant, ses bottes de cuir ne sont usées qu’en apparence. Son puîné Donovan Puichoud se fagote différemment, car il se réclame d’un style plus récent appelé normcore, qui se voudrait tout en même temps «normal», donc sans mode, et «hard», donc farouchement à la mode! Ça se traduit par des fripes sans éclat achetées aux soldes, un vieux ceinturon de l’armée suisse dégoté chez Emmaüs et une paire de sneakers qui fut onéreuse, mais dont il a ingénieusement décousu la griffe couturière de façon qu’il en reste des fils visibles. Afin d’exprimer à la ronde: «Je suis no logo, pas bling-bling .Voyez comment je me fonds dans la masse!»

 

 

Il y a enfin Jennifer, leur benjamine «post-ado» qui ne jure que par le gothique. Le gothique vestimentaire : elle ignore qu’il y a une cathédrale à Reims, à Chartres, voire à Lausanne. Elle se blanchit la figure à la craie, se gaine le corps de tissus noir et a troqué son nounours contre un squelette en silicone.

Quant au sexagénaire Maurice Puichoud, le papa de ces trois badadias, il se conforme au code vestimentaire de sa fonction de secrétaire communal: un costume PKZ («pien kouzu zolid ») et une cravate couleur muraille.

 

 

 

Commentaires

Le canton de Vaud d'aujourd'hui est quelque peu un grand foutoir prétendument multiculturel. Mais celui du 19ème était constitué de parties dissemblables : une partie du Plateau, des Alpes, du Jura, du Lac et Lausanne. Je vois mal les gens du pied du Jura s'habiller en "dzepon". Peut-être que l'Ancêtre au prénom pamplunesque était un original, comme ceux de nos jours qui dressent des teepees dans leur petite prairie dans la montagne et se prennent pour des Indiens parce qu'ils fument des herbes bizarres et élèvent des poneys.

Vous dites cravate couleur muraille ? Si seulement ! (Et je ne parle pas du lézard vert qui va avec...*) Le nec plus ultra chez le cuistre de base, l'employé de banque en étant l'expression la plus courante, c'est la cravate hyper-voyante du mauvais goût le plus total.
* qui fait que le Zurichois de base commande "un lézard vert" (en zuritutsch...) dans sa Stube préférée selon une chronique de Anne Cuneo...

Écrit par : Géo | 17/05/2014

«pien kouzu zolid » :-)))) J'ignorais cette dénomination, mais je la trouve excellente.

Le "normcore" c'est ce qu'on appelait le hipster il y a quelques mois, non? Le mauvais goût décomplexé.

http://www.huffingtonpost.fr/2013/06/25/hipster-details-barbe-chemise-bucheron-infographie_n_3494583.html

Sinon, Jennifer et Donovan se sont échappés d'une faille spatio-temporelle de la fin des années 90. Maintenant, ils s'appelleraient Gaspard et Adèle (tout revient à la mode) :-)))

Écrit par : Inma Abbet | 17/05/2014

Pardon, de la fin des années 80 (!)

Écrit par : Inma Abbet | 17/05/2014

Ce billet est jubilatoire. (Mais je suis complètement paumée et pas du tout dans le coup ni au fait de ce nouveau langage).

Écrit par : Ambre | 18/05/2014

C'est pour cela que j'ai mis le lien :-) , et rajouté une couche avec les prénoms "chic" d'aujourd'hui :-))

Écrit par : Inma Abbet | 18/05/2014

@ Inma : Oui, merci, j'y suis allée... A part le dress code (*_*) je ne connais pas grand chose. Hipster ne me disait rien mais hip oui.

Quant au "badadia" de Gilbert je le trouve réjouissant; j'apprends que dans le lexique vaudois c'est "un fou mais en liberté" mais aussi (sans doute selon le contexte) "un imbécile, un niais ou un simplet".

En France en ce moment quelques badadias lycéens manifestent pour leur droit à porter une jupe pour aller en cours. Moi j'adore les jeunes garçons en jupe. Il y a deux ans je fréquentais un café-philo où se réunissent quelques vieux et vieilles comme moi et quelques lycéens se joignaient à nous quand le sujet philo les intéressait. Il y avait un d'entre eux qui portait une jupe, il avait un look incroyable. Eh bien, je peux vous dire qu'il n'avait rien d'un badadia ou d'un simplet quand il prenait la parole; il était brillant! Et c'était réconfortant de voir ces jeunes lycéens - avec ou sans jupe - débattre ainsi spontanément dans un bistro pendant deux heures :
http://www.cityvox.fr/bars-et-cafes_quimper/cafe-des-arts_69325/Profil-Lieu

de philo et de confronter leur jeunesse et leurs réflexions à celles d'une génération d'anciens. Presque un rêve dans un monde scotché derrière son smartphone et autres écrans.

J'opte pour le badadia fou et en liberté, quelle magnifique espèce!

Écrit par : Ambre | 19/05/2014

En effet, ô Ambre, le canton de Vaud est le site privilégié où exhumer des vestiges de paléo-psychiatrie. Outre les badadias, on trouve encore des bobets, des taguenets, des toyotses, des taborniaux, des tâdiés et j'en oublie. Sans même mentionner les Vaudois qui trouvent asile en Chine.

Écrit par : Rabbit | 21/05/2014

Les fous ne se limitent plus aux asiles et les psychiatres sont débordés. Mais tout cela n'est pas nouveau. Qui sont les fous? Ceux qui s'obstinent à vivre ou ceux qui abandonnent la vie... dans un monde désespérant. Mais ne désespérons pas la jeunesse qui a toutes les raisons d'aimer la vie et qui doit mordre dedans avec enthousiasme.
J'écoutais ce matin (en réécoute) Ch. Sigel parler d'Une Suisse Rebelle : Annemarie Schwarzenbach. Une découverte pour moi. Je devrais sans doute écouter autre chose quand j'ai le vague à l'âme mais c'est cela qui m'intéresse.

http://www.annemarieschwarzenbach-themovie.ch/extrait/

Le ciel est bleu, le soleil brille, on tient debout, donc tout va bien!

Écrit par : Ambre | 21/05/2014

Pour Rabbit,

C'est vraiement fou ce que c'est beau!... Ce que vous venez d'écrire! Et, vous pouvez me croire, c'est un brindzing qui l'affirme.

Écrit par : Père Siffleur | 21/05/2014

Réjouissant le langage des Totoilles (0_0). Voilà ce que je découvre en googolisant "toyotses" :

"Discours Tirage 2011
Monsieur l’Abbé Président, Messieurs les membres du Conseil et bien entendu, vous tous, Chers Amis Tireurs,
Mon té, mon té ! Charrette que le Tirage est beau ! C’est rude bon.
Le samedi, on se dématine de bonne heure pour se ganguiller à l’Ostand. Y en a qui péclotent et qui sont
pas beaux à voir, aramis, caqueux et mollachus, quelques avec un mal au courget et d’autres avec des raquemolées du diable.
Il faut dire que certains se réduisent tard la veille au soir, brelantsant, après avoir fait la nautique. Le nono n’est que peu réparateur et, pour la plupart d’entre‐nous, pas de cocolée et surtout pas à dzo. Nos fegnioles, des gouvernements de sorte, même si elles ne font pas trop la meule ni la potte, ne sont pas tant guillerettes à nous cocoler, nous sommes tout botsards.
Bien sûr, on est entre nous, alors on ne se dégreube pas tant et ça boconne sacrément."

Et, le comble, c'est que le correcteur d'orthographe automatique ne souligne rien d'anormal, à part "boconne"! (0_~) Je pense avoir compris grosso modo mais qui veut me traduire mot pour ce paragraphe? Personne? Bouh!

La suite ici : http://www.lestotoilles.sitew.ch/Discours_de_nos_payernois_du_dehors.E.htm#Discours_de_nos_payernois_du_dehors.E

"Le samedi, on se dématine de bonne heure pour se ganguiller à l’Ostand". Je suis en train de me demander ce que donnerait en payernois :
"Longtemps je me suis couché de bonne heure..." Hé hé!

Écrit par : Ambre | 21/05/2014

Payerne, c'est déjà la frontière, l'influence de l'étranger est perceptible. Il vaudrait mieux faire traduire ce texte par un autochtone. Nous, nous sommes du Sud profond.
Vous pensez que le petit Marcel est Payernois ? Possible, mais on n'a jamais vu le moindre passage au sujet du célèbre saucisson de Proust dans toute son oeuvre traduite en patois.
Pride and prejudice ! Le PS tente d'introduire des termes rauraciens dans le paysage littéraire lémanique: ça devient Babel ! Protégeons l'exception culturelle vaudoise, puisque Lavaux se débrouille tout seul.
Bonne nuit Nicolas. Bonne nuit Pimprenelle.

Écrit par : Rabbit | 21/05/2014

@Ambre: Monsieur l’Abbé Président, Messieurs les membres du Conseil et bien entendu, vous tous, Chers Amis Tireurs,
Mon té, mon té !
- Mon dieu, mon dieu!
Charrette que le Tirage est beau ! C’est rude bon.
- Incroyable ce que le concours de tir* est beau! C'est vraiment bon!
Le samedi, on se dématine de bonne heure pour se ganguiller à l’Ostand.
-Le samedi, on se lève de bonne heure* pour se rendre au stand
Y en a qui péclotent et qui sont pas beaux à voir, aramis, caqueux et mollachus, quelques avec un mal au courget et d’autres avec des raquemolées du diable.
-Il en est qui ont quelques difficultés et ne sont pas beaux à voir, pâles, pas frais et affaiblis, quelques-uns avec un mal de tête et d'autres avec des renvois d'haleine du diable
Il faut dire que certains se réduisent tard la veille au soir, brelantsant, après avoir fait la nautique. Le nono n’est que peu réparateur et, pour la plupart d’entre‐nous, pas de cocolée et surtout pas à dzo.
-Il faut avouer que certains rentrent tard la veiile au soir, tanguant, après avoir fait le tour des établissement public. Le sommeil n'est que peu réparateur, et pour la plupart d'entre-nous, pas de câlin et surtout pas à deux.
Nos fegnioles, des gouvernements de sorte, même si elles ne font pas trop la meule ni la potte,
-Nos compagnes, en quelque sorte gouvernante, même si elle ne nous font pas d'histoires ni ne boudent
ne sont pas tant guillerettes à nous cocoler, nous sommes tout botsards.
-ne sont pas très guillerettes à nous cajoler, nous sommes tout salopé
Bien sûr, on est entre nous, alors on ne se dégreube pas tant et ça boconne sacrément."
-Bien sûr on est entre nous (entre hommes), alors on ne se lave pas beaucoup, et ça empeste sacrément."

*Dit et écrit "le Tirage", est qui est un jour férié pour le payernois
*Et non se couche, comme Marcel, mais lui il vécu et écrivit en Grande-ville, 'pas?

Écrit par : Bedinnung inbegrieff | 22/05/2014

@ Bedinnung inbegrieff (?) : MERCI! Vous êtes épatant (*_*). viele Grüße ;-)

@ Rabbit : voyez, pour la traduction je suis bien servie! Avez-vous eu un nono réparateur? Et p'têtre même un(e) cocolée à dzo (^_^)!

Je crains que le payernois soit aussi difficile à apprendre que le chinois. Quoi que...

Écrit par : Ambre | 22/05/2014

J'ai passé le texte payernisant au mixer chinois et voilà ce que ça donne. Mais personne ne veut assumer la responsabilité de la traduction (et ils ont raison).

演讲抽奖2011
艾博特先生主席,立法会议员,当然在座的各位亲爱的朋友们的射手,
我的发球,我的发球!专家研讨会打印是美丽的!这是粗鲁好。
上周六,我们dématine早ganguiller到Ostand。也有一些谁péclotent并
不漂亮,阿拉米斯,caqueux mollachus和一些与疼痛courget和其他raquemolées与魔鬼。
应该说,一些后来减少到了晚上,brelantsant,划船之后。诺诺是小修,对于大多数人来说,没有cocolée,尤其是不犏牛。我们fegnioles,政府所以即使他们不是太轮或potte,并不像活泼的cocoler给我们,我们botsards。
当然,这是我们的,所以我们不dégreube这么多,它boconne该死的。“

Écrit par : Rabbit | 22/05/2014

Fantastique nouvelle (mais je n'y suis pour rien :-))))))

http://www.lematin.ch/loisirs/animaux/loutre-revient-suisse-geneve/story/23617273

Écrit par : Inma Abbet | 25/05/2014

Vous n'y êtes pour rien? Mmm!
Maintenant il faut que vous alliez vérifier sur place!

Il y a quinze jours j'en ai vu une dans la rivière de l'Odet. Je vous jure, ce n'était pas un ragondin! Le temps que je dégaine mon appareil de photo, pfuitt elle a repiqué la tête dans l'eau (0_0)!

Écrit par : Ambre | 26/05/2014

Oh, je voudrais bien, mais l'article ne dit pas où se trouve sa catiche et c'est tant mieux. Personne (et surtout la loutre) n'a intérêt à voir arriver une avalanche de tourisme loutresque. Cela dit, elle ne doit pas être la première. Au temps de mon site sur les loutres, plusieurs personnes m'avaient écrit pour me signaler la présence de ces charmantes bestioles, en Suisse : je leur avais donné le lien de la fondation prolutra. :-)

Écrit par : Inma Abbet | 26/05/2014

Loutre de mer ou l'outre-mer, loutre noire ou l'outre-noir, autant de "Klein" d'oeil qui "Soulage" de la grisaille!

Écrit par : Père Siffleur | 26/05/2014

Oh oh Prsflr! Un seul mot : bravo! Quelle vivacité d'esprit.
Quand loutre-passe... euh, moi je cale pour trouver une suite. J'ai le cerveau lent!

Écrit par : Ambre | 26/05/2014

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