23/09/2014

Ces gauloiseries qui blessent la femme

On peut abominer, avec le soussigné et plusieurs de ses amis des deux sexes, la féminisation généralisée des noms de profession. A préférer la graphie du mot «chef» précédé de l’article défini «la», ou de l’indéfini «une», à celle préconisée de «cheffe» qui sonne comme une injure à ceux qui aime lire la langue française, qui ont un œil musical. Une lecture capable d’écoute, et pour lesquels, paradoxalement, ce double «f» déféminise tout - par un fracas de forge et des remugles de ferraille, des sueurs viriles.

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Pourquoi ne pas simplement écrire «une chef»? De même que la cathédrale de Lausanne possède «une nef», ample et scintillante. Et qu’il n’y a rien de plus féminin qu’elle: quand elle était catholique, avant l’invasion bernoise de 1536, les habitants de la Cité alentour l’appelaient amoureusement Notre-Dame.

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Ces récentes innovations byzantines sur le sexe lexical des anges, un peu abstruses, rassurent en définitive peu de femmes contemporaines. Plus nombreuses sont celles que des expressions courantes moutardent méchamment le nez – le nôtre aussi: une entraîneuse désigne dans nos dicos une prostituée, alors qu’un entraîneur est un homme qui «coache» une équipe sportive. Si un homme public est un politicien, une femme publique est taxée de «mauvaise vie». Une femme qui fait le trottoir a une plus triste réputation qu’un paveur mâle qui le refait.

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En terre vaudoise, on recense des tournures misogynes plus cruelles encore, plus franches, moins contournées mais qui blessent moins leurs victimes. Elles en apprécient elles-mêmes, avec un humour louable, la candeur folklorique. Ainsi que la certitude victorieuse que ce vocabulaire n’est qu’une relique amusante d’un passé définitivement révolu. Réécoutons-les, avec elles et leur sourire intelligent: «La Mado, c’était une bonne grosse gaguie qui avalait chaque matin deux taillés aux greubons.» «La Josette était volage et négligée, sotte comme un trapetzet, bref une bedoume.» Quant à la Yolande, qui raconte toujours tout sur tout ce qui ne la concerne pas, on la surnomme la barjaque, ou la batoille. Deux vaudoiseries épicènes qui peuvent s’appliquer à son très masculin de son premier mari: «La Yoyo était aussi chaude que le péclet de l’enfer, mais son ex, quelle batoille. Avec ça, il était geignard comme une piorne

 

 

 

Commentaires

"La Yoyo était aussi chaude que le péclet de l’enfer" J'espère que vous n'avez pas manqué sa chronique "Populisme social" du Matin quel dimanche ? C'était d'autant plus d'enfer que c'était l'exacte contre-pied de l'édito de sa rédac'chef (et pas cheffe...). Doit y avoir de l'ambiance dans les rédactions romandes, ces temps.

Écrit par : Géo | 23/09/2014

"une entraîneuse désigne dans nos dicos une prostituée" Une fréquentation un peu plus assidue des lieux de perdition vous aurait appris qu'une entraîneuse n'est pas du tout une prostituée. Enfin, disons pas forcément, mais ça, c'est valable pour toutes les femmes, à tout hasard...
Une entraîneuse pousse à la consommation de champagne bon marché vendu au prix le plus surfait possible. La maladie professionnelle de l'entraîneuse, c'est la cirrhose et non la vulgaire chtouille du trottoir.
L'entraîneur pousse à la consommation de sports frelatés.
Ils ne sont donc pas si loin l'un de l'autre sémantiquement...

Écrit par : Géo | 23/09/2014

Est-ce qu'il existe un dictionnaire Vaudois-Chinois ? Moi, j'arrive encore à suivre, mais c'est pour transmettre ce florilège d'une culture en voie d'extinction à une audience de plus d'un milliard de philologues amateurs.

Géo, j'ai oublié comment s'appelle cet établissement que vous fréquentiez assidûment à Nouakchott.

Écrit par : Rabbit | 24/09/2014

A propos de redac'Chefin, connaissez-vous Barbara Engel de le "Revue suisse" (Organisation des Suisse de l'Etranger + DFAE) ? Elle ne fait pas l'unanimité parmi les expats pour ses options "sociales". Je pense me naturaliser Chinois, ils sont vraiment plus cool sur le plan doctrinal.

Écrit par : Rabbit | 24/09/2014

Comme je ne me souvenais plus de son nom, j'ai cherché sous "hôtels Nouakchott" et je n'ai pas trouvé. J'ai regardé sur Google earth en essayant de m'y retrouver. Rien non plus...
Il faudrait rechercher dans les archives de ce blog vers 2006-2007, mais il semble bien probable qu'il ait disparu. Son succès était bâti sur ce privilège que les Français avaient de pouvoir commander pour l'année à venir la quantité d'alcools divers dont ils voulaient disposer. Ils en commandaient toujours trop et revendaient le surplus à cet hôtel. Si ce privilège a disparu, ce qui est fort possible, cela a dû donner un sacré coup sur la rentabilité de ce lieu charmant.
Vous vous souvenez, ma chanson favorite :
http://www.dailymotion.com/video/x46gro_jacques-debronckart-adelaide_music

Écrit par : Géo | 24/09/2014

C'était l'hôtel de France, non? J'ai une mémoire d'éléphant sobre, mais le soleil du désert a deleté quelques files.
« Quand le dernier verre se vide dans les bars d'Adélaïde, on a le cœur qui se vide aussi lorsque l'on pense au pays… ». Jolie chanson, mais lorsqu'on a plusieurs pays dans son coeur, le vide est moins plaint (ça va plaire à PS).

Écrit par : Rabbit | 24/09/2014

Comme j'aimerais retenir tous les mots que vous m'apprenez cher Gilbert Salem.
Si l'on peut se lécher les babines avec une religieuse il n'existe pas (à ma modeste connaissance) de religieux au café (0_0)!
Si ce que je dis est "abstrus" ce que vous écrivez n'est jamais abscons!

Écrit par : Ambre | 24/09/2014

Un «lexique» vaudois-chinois?... Mais, un tel «dictionnaire» existe!

Plus communément appelé «dictionnaire mandarin-pinyin», il s’agit en fait de la transcription officielle du chinois mandarin en écriture latine... et vaudoise (pour toute une partie au moins).
Voir http://www.chine-culture.com/chinois/pinyin.php

Je ne donnerai qu'un exemple de la similitude vaudois-pinyin. J'espère que celui-ci sera suffisant pour faire la preuve de mes dires.
En pinyin «ai» se prononce ainsi que «aïe» en français… Et il en va de même pour le vaudois.
Par exemple dans l’expression suivante: «Zut ! Je n’ai pas d’monnAIE!»
Les vrais Vaudois diront: «Zut! J’ai pas d’monnAÏE!»

Bon ! C’est pas tout ça!... Il faut qu’j’me sauve!
Aujourd’hui ma fegnole est pleine d’acouet. Elle fait les à fonds en poutzant à tout va.
Y faut qu’fasse d’même! Sinon j’vais r’prendre une d’ces agnafes. J’vais m’faire azorer et traité d’agnoti ou d’bobet. Il faut absolument qu’j’dégreube mes éclaffe-beuses. J’dois grailler la papotche qui colle aux semelles et y en a une épéclée. Hier, j’ai marché dans la peuffe et ça bouconne sec, pire qu'dans les cagoinces ou qu’dans l’cagnard des caïons.
Bon! C’te fois j’y va! Fini d’pétouiller! Fini d'chinoisé!
J'laisse à Rabbit le soin de nous dire si tout ça c'est vraiment proche du mandarin.

Écrit par : Père Siffleur | 24/09/2014

"A propos de redac'Chefin, connaissez-vous Barbara Engel de le "Revue suisse""
Je crois que ma profonde allergie aux "journalistes" suisses date de mon expatriation et de la lecture précisément de cette "revue suisse". Tout paraissait si faux et si à côté de la plaque...
Est-ce que vous vous rendez compte qu'une représentante officielle de la Suisse dans une de ces innombrables commissions de fonctionnaires improductifs a déclaré que la Suisse pensait interdire la cueillette des fleurs à cause de la souffrance infligée à icelles ? Nous sommes gouvernés par des cinglés idiots, Rabbit. Des fous complétement cons. C'est nouveau. Avant, ils étaient soit l'un, soit l'autre...

Écrit par : Géo | 24/09/2014

http://salem.blog.24heures.ch/archive/2007/05/index.html. Ces archives ne commencent qu'en mai 2007. Pas sûr d'y trouver la référence à cet hôtel. Il a probablement disparu avec la montée de l'islamisme anti-français et anti-alcool...

Écrit par : Géo | 24/09/2014

Pour Sire Géo,
Vous dites: "... le vide est moins plaint (ça va plaire à PS)"

...fectivement. Surtout quand c'est plein... de distributeurs de hot-dog au coin des rues!

C'est donc plutôt la chanson "Adélaïde" de Jacques Debronckart qui me plaît! Et, à mon goût, c'est la version des Frères Jacques la meilleure. Encore plus mieux bien que celles du compositeur-interprète lui-même ou d'Isabelle Aubret.
Merci de nous avoir rappelé la chanson de Debronckart. J'ai réécouté les versions des 3 interprétations (ce qui fait 6 interprètes au total) avant de répondre .

Écrit par : Père Siffleur | 24/09/2014

Merci pour ce billet. Vous vous adressez probablement à des têtes de bois de l'administration, car je doute qu'un retour soit possible vers une modernité raisonnable, celle qui garde le meilleur de la tradition et du bon usage lorsqu'il s'agit d'innover.

Écrit par : Mère-Grand | 25/09/2014

ô vénéré PS,

J'ai fait beaucoup mieux, je vous l'ai édité en pinyin. Comme ça, vous pourrez le prononcer vous-même. Mais attention ! Il faut respecter les 4 tons, sinon ça peut vouloir dire autre chose. En plus certaines lettres ne se prononcent pas comme elles s'écrivent: b=p, d=t, x=ch, q=tz. Avant de tester vos talents oratoires à Beijing, je vous conseille de bien vous exercer. Et évitez de faire votre discours sur la place Tiananmen, vous seriez illico expulsé. Choisissez plutôt les milieux branchés: musique électroacoustique, théâtre expérimental, art contemporain.

"Hǎo! Zhè hái bùshì quánbù! ... Yīdìng qu'j'me jiéshěng! Jīntiān shì wǒ de quánbù fegnole acouet de. Zhè shì wèi poutzant bùxī yīqiè dàijià tígōng zījīn. Y bìxū qu'fasse zìjǐ! Fǒuzé, wǒ huì r'prendre à agnafes zhèxiē. Wǒ m'faire azorer hé agnoti huò bobet tiáoyuē. Zhè juéduì shì wǒ de qu'j'dégreube éclaffe - beuses. Zǒngdé Grailler papotche shì zhān zài xiédǐ yǒu yīgè épéclée. Zuótiān, wǒ zǒu zài tā peuffe Bouconne gàn, huòzhě gèng zāo qu'dans de cagoinces qu'dans caïons de dàoqí. Hǎo! C'te yīcì wǒ qù! Pétouiller wándànle! Zhōngguó wánliǎo!"

Voilà, la Chine est à vous. Que le succès vous accompagne !

Écrit par : Rabbit | 25/09/2014

"«cheffe» qui sonne comme une injure à ceux qui aime lire la langue française,"

En effet! ;)

Écrit par : david Laufer | 25/09/2014

Gilbert est un funambule qui se défend d'utiliser les outils de vérification grammaticale et orthographique en cas de perte de maîtrise du texte. Il ne cherche pas à éviter pas les chutes. Zarathoustra aurait admiré cette capacité à se relever, et gravir les échelons les plus élevés de l'échelle humaine pour défier un vide encore plus menaçant.

Écrit par : Rabbit | 25/09/2014

Mon Dieu!... Si la chef est épicène, la "cheffe" n'est qu'une chiffe qui boit de la Chouffe... Et pis malsaine avec ça!... Elle nous chauffe les oreilles!

Écrit par : Père Siffleur | 25/09/2014

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