22/03/2015

Chants d'oiseaux et volière de poche

L'éclipse un rien décevante du premier jour du printemps ne leur a pas coupé la chique. Ils s'égosillaient déjà dans les ramures du Denantou, du parc de Milan. Ou à Derrière-Bourg, à deux pas de Saint-François, de son brouhaha qui n'a rien de champêtre – et de ses pigeons gris bitume au roucoulement monotone et invariable. Les oiseaux dont je vous parle sont plus petits, plus gais: des passereaux d'humeur migratrice qui respectent l'horloge universelle et la rotation des saisons.

De branche en branche, d'aubier en aubier, vagabonde toute une symphonie de gazouillements contrastés, de sifflements, de ramages multicolores. Selon Jeff Compondu, mon voisin ornithologue qui connaît leur morphologie ailée, mais aussi leur âme, ces zoziaux printaniers vocalisent chacun à la façon. Pour prévenir des congénères d'un danger, ou pour inspirer de l'amour à quelque oiselle.

Leur chant, qui peut très précisément se noter sur la partition des tonalités (jusqu'à rendre jaloux les ténors d'opéra) – jaillit de la syrinx. Un minuscule organe vocal situé sous leur gorge, et dont le nom inspira en 1913 à Claude Debussy un air en solo pour flûte. On y entend une voix humaine qui rêve d’être plus aérienne.

Comment distinguer leurs chants? En attendant que la technologie mette au point une application sur smartphone pour les identifier, on peut relire L'almanach des quatre saisons d'Alexandre Vialatte, paru chez Julliard en 2001. Le grand Auvergnat les répertorie avec sa délicieuse sagesse débridée: «L'alouette grisolle, la caille carcaille, le corbeau croasse, le geai cajole, les gélinottes gloussent, le merle siffle ou flûte et le moineau pépie, la pie jase ou jacasse, et la perdrix cacabe. L'épervier fait kr, kr, kr; le geai, polyglotte, parle comme l'homme, miaule comme la buse (en faisant fiuu, mais aussi quelquefois tchée, tchée) et hulule comme le chat-huant…»

 

Sachez aussi que le bouvreuil, si cher au poète Gustave Roud, a le chant plaintif et doux (diu diu). Que l'hirondelle de cheminée, l'annonciatrice la plus traditionnelle de la saison, elle fait tswit, tswit.
Ou tout simplement twit. Elle twitte à l'américaine comme votre téléphone de poche. Qui, lui, est sans grâce et sans ailes.

Commentaires

Chaque jour, je suis réveillée par le chant des oiseaux... Mais ce que je préfère, c'est de les entendre le soir, cette vie vibrante dans la quasi-obscurité, et les différentes voix d'oiseaux qui se croisent, comme s'ils se racontaient leur journée.

Écrit par : Inma Abbet | 24/03/2015

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