16/05/2015

Henri Roorda, une inépuisable dérision

Ce n’est pas la première fois que son nom fleuronné d’un double O apparaît dans cette chronique, qui se veut humectée d’humour. Ce ne sera pas la dernière: Henri Roorda van Eysinga (1870-1925) fut, comme son patronyme ne l’indiquait pas, un pur Vaudois. Il avait adopté sa terre d’adoption avant qu’elle ne l’eût adopté. D’un père Hollandais et d’une mère née Bolomey, il avait vu le jour à Bruxelles. Les badauds de la Mercerie le tenaient pour un milord anglais en le voyant arpenter le pavé jusqu’au Gymnase de la Cité, où il enseigna les maths. Sa dégaine découplée, sa lavallière bien nouée, son regard en fleur y étaient pour beaucoup.

A ses lycéens, ce fin lecteur de Lewis Carroll et d’Alphonse Allais, s’évertua à transmettre un goût pour l’algèbre ou la trigonométrie qui s’associerait aux saveurs les plus simples de leur vie quotidienne. Grâce au truchement de la dérision de soi. Un sacerdoce qu’il s’infligeait d’abord à lui-même, mais dont tous ne saisirent pas la facétieuse grandeur. Ils y parvinrent plus tard, en découvrant qu’il était un des écrivains romands les plus décalés de sa génération. Que son humour inédit corrodait joyeusement non seulement, en billets d’humeur, les austères journaux romands, mais aussi les Cahiers vaudois, de Ramuz - un patriarche qui riait peu. Ils lurent son époustouflant pamphlet Le pédagogue n’aime pas les enfants (1917), son très lunaire Roseau pensotant (1923). Et, après sa mort en 1925, son déconcertant texte posthume: Mon suicide. L’approche de la mort y est tragique, l’humour est là lui aussi.

Nonante ans plus tard, dès le 29 mai prochain, ce testament sera remis en voix et en lumière, trois jours durant, au Théâtre Contexte Silo de Renens, par Michel Demierre. A l’instigation du très roordien Michel Froidevaux, de la Galerie Humus – un temple lausannois du surréalisme – le comédien en fera une lecture caractérisée. Dans la première partie du spectacle, sa collègue Catherine Kunz et l’universitaire Anne-Lise Delacrétaz présenteront un portrait d’un Roorda repeint avec les rayures du zèbre. Une jolie bête, mais on peut lui préférer le butor étoilé: ses ailes sont striées aussi. Car c’est un oiseau, et ça vole!

 

www.theatre-contexte-silo.ch

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