25/07/2015

L’instinct guerrier de nos petiots

Si, depuis la nuit des temps, les enfants jouent à la guerre, c’est pour imiter les grands: fausses épées, sabres de bois, pistolets de pacotille ne propulsant que de l’eau des fontaines ou du robinet de la cuisine de maman. Ou, plus original, des kalachnikovs en plastique, vendues à moins de 20 francs via Internet, qui effraient la tante Violette en sa chaise à bascule mais ne tuent personne. Des jouets violents que des parents de la génération issue de Mai 68, voulurent d’abord interdire. Or, au fil du temps, leur opinion s’émousse, notamment sur les réseaux sociaux: «Je ne trouve pas malsain, tchatche un grand-père, de les voir jouer avec des armes, et de les entendre crier «tu es mort». Pour moi c’est une étape normale, c’est un défouloir, un exutoire. Ils ont par ce biais pris goût aux déguisements de chevaliers, de Batman et autres super-héros qui tuent des méchants, ils inventent des histoires qui finissent toujours par une bataille.» Et l’instinct guerrier serait bon pour la santé, car «ça remue les sangs» (ça en fait aussi couler).

 

Bref, l’humain serait né féroce. Pour s’en persuader, étudions les comportements des animaux. Ce ne sont que morsures, éviscérations, engloutissements en plein vol d’un insecte mâle par sa femelle aux ailes diaphanes, et meutes de loups décimant des populations ovines. C’est dire si le petit Rocky Pahud, de Malapalud, qui s’identifie volontiers aux autres créatures que Dieu a faites, a été heureux de recevoir pour ses dix ans une panoplie complète de combattant intergalactique, «comme au cinéma», plus un jeu vidéo du Grand Theft Auto (GTA). On s’y amuse à trucider, pour la bonne cause, le plus possible d’ennemis de la vraie civilisation. Ce n’était bien sûr qu’un jeu, avec ses règles précises, où le joueur finit par incarner le commandant en chef de la croisade.

 

 

C’est en s’inspirant des modalités ludiques de ce même GTA que les propagandistes du djihad de Rakka ont lancé, en septembre 2014, un clip conviant nos ados à changer de camp. A devenir un fondamentaliste cruel et vainqueur, mais cette fois pour de vrai, sans simuler… Si cette perspective ne vous enchante guère, retirez dès que possible ce maudit joujou à votre enfant. Quitte à ce qu’il boude, comme si on lui confisquait une sucette à la framboise.

18/07/2015

Les nouveaux animaux domestiques

Souvent, les journaux de l’été rafraîchissent la torpeur de l’actualité par des informations insolites sur les animaux. On y apprend que les Suisses sont lassés de leurs trop familiers chiens, chats, hamsters, perroquets ou tortues de jardin. Même le python géant de Birmanie, dont les lourds anneaux encombrent la moitié du salon, ne leur paraît plus assez exotique. La venimosité potentielle de leur mygale mexicaine à pattes velues n’impressionne plus guère les enfants du voisin, qui ont vu mieux (donc pire) au cinéma ou à la télé.

 

Du coup, ils apprivoisent à l’envi des bêtes encore moins acclimatées et singulières: par exemple un chameau d’Asie centrale, qu’on installe dans un pré de la campagne bernoise, entre génissons et porcelets, et auquel il faut donner à boire davantage: ce monstre turkmène à deux bosses ingurgite en moins de dix minutes jusqu’à 135 litres d’eau! Mais bon, il n’a jamais encore dévoré personne, et surtout il attire l’attention: son profil de vieille institutrice dédaigneuse est perceptible de toutes les moraines limitrophes du Seeland. Dans le Jura, on peut s’ébaubir de plus près d’un troupeau d’autruches, qu’un Franc-Montagnard élève avec amour. Il les chérit plus que ses vaches, parce qu’elles demandent moins d’entretien, et que leur viande est aussi rouge que la leur. En sus, elles pondent des œufs si gros que chacun peut nourrir douze convives… Sans parler du plumage: une plume d’autruche demeure un panache onéreux, recherché encore par des scénaristes et costumières de music-hall.

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Plus poète que ces impresarios de revue, Gérard de Nerval avait apprivoisé un homard. L’anecdote est pittoresquement dépeinte par Apollinaire: «Un jour, dans le jardin du Palais-Royal, on vit Gérard traînant un homard vivant au bout d’un ruban bleu. L’histoire circula dans Paris et comme ses amis s’étonnaient: En quoi, répondit l’auteur de Sylvie, un homard est-il plus ridicule qu’un chien, qu’un chat, qu’une gazelle, qu’un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre? J’ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas…»

 Contrairement aux toutous que des salauds de vacanciers attachent à un arbre sur le bord des routes.

12/07/2015

Au secours, le fiston grandit!

Au collège, on l’appelle l’asperge, la girafe, ou – comme Charles de Gaulle en 1912, à l’école militaire de Saint-Cyr - le «sot en hauteur». A la maison, votre mouflet est à l’abri de ces lazzis de l’âge ingrat, mais du sien (17 ans), il vous nargue en vous dépassant d’une tête! Vos 180 cm, qui vous conféraient jadis une complexion de basketteur, sont devenus ridicules. Vous en êtes secrètement un peu humilié, mais vous faites bonne figure: avoir un titan dans la famille, ce n’est pas rien… Mais rassurez-vous, votre cas n’est pas particulier: jamais les ados mâles européens n’ont autant grandi. Une étude française a évalué qu’entre 1997 et 2009, ils furent 26% à mesurer plus d’1,80 m. Et 28% de ceux qui avaient entre 26 et 35 ans ont gagné 10 cm. Bref, ces garçons poussent à la vitesse du roseau de nos roselières de Champittet et des Grangettes, ou du bambou subtropical du Zoo de Bâle, dont les pandas géants se font une friandise. Cette poussée résulterait d’une alimentation plus riche en calcium et en protéines – viandes, produits lactés, boissons dites énergétiques. Et du sport, qu’ils pratiquent davantage: «Un animal en liberté est plus élancé qu’une bête en cage».

 

Or grandir n’est pas forcément une sinécure. La maman de Colette s’inquiétait de la croissance trop rapide chez les enfants. «Mais j’aimerais grandir encore un peu», minaudait la flamboyante prosatrice. Réponse maternelle: «Oui, comme la malheureuse fille des Brisedoux? Un m 70 à 12 ans! Il est facile à une nabote d’être agréable. Mais d’une beauté gigantesque, qu’en faire?» Car le gigantisme peut être encore plus problématique chez les femmes: selon une autre analyse morphologique récente, elles auraient pris 8 cm de plus en un siècle.

 

Me revient le souvenir d’une cousine qui croissait en grâce et élégance. La parenté lui promit un radieux avenir de mannequin. La pauvre Magali devint trop haute, affligée en sus d’un profil de cigogne. Et son torse devint plus long que ses jambes. Au théâtre, au concert ou au cinéma, on lui criait: assis! assis! Alors qu’elle était assise… Elle aurait pu s’installer au dernier rang, mais comme elle était myope à l’extrême, elle est devenue adepte de la télévision.