29/08/2015

Ces jolis mots qui nous fuient

Il arrive au soussigné de recevoir de lecteurs cette remarque justifiée et qui paradoxalement l’enchante: «Vos chroniques sont semées de termes rares qui m’obligent à ouvrir le dictionnaire.» On les félicite d’avoir un dico à portée de main, et on les encourage à le feuilleter le plus souvent possible. Pas seulement pour l’élucidation d’un mot, ou l’érudition. Mais pour le voyage, car dans un Larousse, un Robert, un Littré, l’écheveau de notre belle langue se dévide d’une manière débridée. Noms, verbes et adjectifs s’y succèdent avec une enivrante liberté, grâce à l’ordre alphabétique qui fait sauter du coq à l’âne. La promiscuité de «court-circuit» avec «court-bouillon», par exemple, allume une émotion surréaliste. Celle du macareux de Bretagne, palmipède marin à bec polychrome, avec le macaroni italien vous donne des ailes tout en attisant des gourmandises. Et que penser de la panorpe, une mouche-scorpion aux ailes diaphanes et tachetées, qui précède notre indécrottable panosse vaudoise?

Entre deux entrées lexicales surgit parfois un vocable inattendu, étonnamment désuet, qui vous joue trois notes de clavecin à l’oreille. L’insérer dans un billet devient irrésistible. Je pense aux joyaux sonores que sont diaprure - synonyme de chatoiement. A l’adjectif cruenté, désignant une blessure imprégnée de sang. A coruscant, hélas chassé du Petit Larousse 2016. Synonyme de brillant, d’étincelant, il était si croustillant en bouche!

C’est parce qu’ils sont moins en usage dans notre parler quotidien que ces jolis mots sont systématiquement bannis des dictionnaires. On les remplace aussitôt par du jargon informatique anglo-américain, sinon aussi par des perles issues de la banlieue parisienne – et qu’on entend jusqu’à Chauderon.

Le français se régénère, et c’est tant mieux. Mais est-il interdit de regretter des locutions qui le rendaient plus compliqué encore, plus mystérieux, et qu’on ne lira plus? Au XVIIe siècle, il y avait de malicieux friponneaux de rue qui gaminaient. Des incrédules ennemis de la dévotion que l’on traitait d’indévots. Il y avait la conjouissance, un mot sans aucune acception érotique: il était l’ancêtre plus coloré de ce qu’on appelle aujourd’hui, abusivement, la convivialité.

 

 

 

Commentaires

Oui mais quel crédit accorder au petit Larousse ? Il flotte au gré des vents.
Voici sous la rubrique "nègre" ce qui y était inscrit vers la fin du XIXème :
" Nom donné spécialement aux habitants de certaines contrées de l'Afrique, de la Guinée, de la Sénégambie, de la Cafrerie, etc, qui forment une race d'hommes noirs, inférieure en intelligence à la race blanche, dite race caucasienne. La coloration de la peau, blablabla...."
Et sous "ranz des vaches" :
"Air bucolique, sans art, grossier même, que les bouviers suisses jouent sur la cornemuse, en menant leurs troupeaux paître sur les montagnes. Les effets sympathiques que cet air exerçait sur les montagnards helvétiens l'ont rendu fameux. A l'époque où des régiments suisses étaient à la solde de la France, aucun de ces fiers soldats ne pouvait entendre ces sons rustiques* et si connus, sans que le souvenir de ses chalets, de ses montagnes, de sa patrie, de sa famille, ne se retraçât vivement à sa pensée. Une profonde mélancolie s'emparait d'eux, bien peu y pouvaient résister. Les uns désertaient, d'autres tombaient dans une langueur profonde, et beaucoup mouraient. Dès lors, le code militaire défendit de jouer cet air, sous peine de mort."
* rupestre, aurait-dit l'illustre maître de la culture genevoise. Il est bon de retourner de temps à autre le couteau dans les béances culturelles de nos voisins du bout du lac...

Écrit par : Géo | 29/08/2015

Une réflexion identique a traversé mon esprit devant le spectacle de ces athlètes incendiant l'élastomère de la piste du Nid d'Oiseau, la semaine écoulée à Beijing. A chaque rencontre les records tombent, la facilité s'installe: le décathlon lui-même passe pour une promenade de santé. C'est pourquoi, je suggère que la dictée soit ajoutée à la liste des disciplines regroupées dans l'athlétisme. La sélection sera sévère au début, mais la Nature est capable de relever tous les défis posés par l'être humain.

Écrit par : rabbit | 29/08/2015

Bonne idée, la dictée. On fait passer cette épreuve aux aspirants policiers dans le canton de Vaud et c'est probablement la raison pour laquelle la dite police se transforme en pensionnat de jeunes filles ou d'aimables godelureaux parfaitement incapables de soulever leur Sig Sauer chargé...

Écrit par : Géo | 29/08/2015

Euh…. 750 grammes non chargé, si mes souvenirs son exacts. Sans être un colosse, on peut tirer avec le bras tendu. Mais, ça, c'était autrefois: o tempera, o mores. Même chose avec la plume Mont-Blanc Meisterstück.

Écrit par : rabbit | 29/08/2015

"Sans être un colosse, on peut tirer avec le bras tendu."
Vous tenez combien de temps, bras tendu ?
Et bon, notre police compense dans l'émotion, le compassionnel et l'empathique. Fini le lance-flammes. Comment allons-nous allumer nos Montecristo ?

Écrit par : Géo | 30/08/2015

Géo,
Plus vous prenez de la bouteille et vous vous approchez, en pensées, de Lao-Tseu.
不出戶知天下。
不闚牖見天道。
其出彌遠,
其知彌少。
是以聖人
不行而知。
不見而名。
不為而成。
Sans sortir de ma maison, je connais l'univers ;
sans regarder par ma fenêtre, je découvre les voies du ciel.
Plus l'on s'éloigne et moins l'on apprend.
C'est pourquoi le sage arrive (où il veut) sans marcher ;
il nomme les objets sans les voir ;
sans agir, il accomplit de grandes choses.

Écrit par : Rabbit | 30/08/2015

"Plus vous prenez de la bouteille", c'est un petit peu comme parler de corde dans la maison d'un pendu. Doublement : parce que je n'arrête pas d'en perdre de la bouteille, et parce qu'en parlant de bouteille, on sous-entend assez souvent son contenu...
Cela dit, je suis sorti de mon univers ce matin, et j'ai croisé ceux qui sortent du leur aussi. Cela fait du monde, croyez-moi. Je crois que le loisir principal des "Suisses" (de culture ou de papier), c'est de parcourir les cols dans leur vieille VW de collection ou leurs motos les plus pétaradantes, celles sur lesquelles ils n'ont besoin de personne. Et ils se trouvent malheureusement sur mon chemin (de retour)...

Écrit par : Géo | 30/08/2015

Oh ! voilà que vous rappelez à mon souvenir ma dernière promenade en montagne, qui était celle à Tête de Lion, près de Taïping dans le district de Wanli, au Jiangxi. C'est joli, il y a des bambous et des pins très zen, mais rien ne remplacera jamais Solalex dans mon coeur. Allez savoir pourquoi...

Écrit par : rabbit | 30/08/2015

Peut-être les cornets à la crème de votre enfance ?

Écrit par : Géo | 30/08/2015

Ou les montées en jeep à Anzeinde ? C'était un peu notre lunapark...

Écrit par : Géo | 31/08/2015

Non, j'y ai toujours été à pieds. C'est à la fois le Graal et le Golgotha. Mystique à souhait, avec Rodolphe Giacomini en ermite du réalisme fantastique.

Écrit par : rabbit | 31/08/2015

Oui mais RG qui pilotait sa jeep en envoyant des vannes aux bonnes bourgeoises de la BSL, cela valait son pesant de rebibes.

Écrit par : Géo | 31/08/2015

Oui, vous nous l'avez narré le 11 août 2007, c'est gravé à jamais dans ma tête. Comment pourriez-vous définir la BSL ? J'ai vécu plus de 50 ans à Lausanne et n'y ai jamais rien observé d'autre que des pêcheurs de langoustes. Pas compris non plus pourquoi certaine Japonaise rencontrée à Tianjin faisait une fixette sur la bourgade mentionnée ci-dessus. Eclairez mon lamparo, ô Géo...

Écrit par : rabbit | 31/08/2015

Ben, disons que j'ai aussi vécu un certain nombre d'années à Lausanne et que je ne vous y ai jamais rencontré. Il doit donc exister plusieurs Lausanne, voyez-vous...

Écrit par : Géo | 31/08/2015

Il n'y a pas un univers dans lequel Géo voit Rabbit à Lausanne au cours d'une période donnée de 50 ans et un autre, dans lequel Géo ne voit pas Rabbit à Lausanne dans le même temps. Les univers parallèles ne le sont que depuis un point commun dans leur passé: cherchons-le.
De quel groupuscule "inspiré par l’idéologie chinoise et l’esprit libertaire de Mai 68" (FAL) avez-vous fait partie? A laquelle des manif ci-après avez-vous apporté un concours actif : 8, 18 ou 25 mai 1971?
En ce qui me concerne, je préparais les examens d'une Business School et j'étudiais "loin de la foule déchaînée" (Thomas Hardy). A part de rares virées en boîte ou dans un établissement public du côté de Benjamin-Constant (avec Germaine).

Écrit par : rabbit | 31/08/2015

"un établissement public du côté de Benjamin-Constant" Le Major-Davel dit le Mao (peut-être pas par les vôtres...)? Alors on s'est croisé. Un peu plus tard, j'aurais pu vous prendre dans mon taxi...
Une nuit, j'ai refusé de prendre Delamuraz à Ouchy parce que j'avais déjà accepté par radio une course. Il m'a insulté, machin. Devait avoir un peu abusé de la production locale de psychotropes liquides...

Écrit par : Géo | 01/09/2015

Le Mao, de façon transitoire pour jouer au Gin Rummy. Mais au début, il y eut Le Barbare (1966-68) et Rabbit vit que cela était bon. Puis vint le Bourg (1968-69) et il suivit son destin. Enfin l'Escale ou La Paix, bien méritée celle-là (1969-74). Oui, surtout La Paix avec sa terrasse sur les montagnes qui cachent la mer et son parking vachement pratique. Après ça, Richard-Toll devenait une nécessité nécessaire… Belle tranche de vie, non ?

Écrit par : rabbit | 01/09/2015

Le Barbare ? Vous avez eu votre période zazou ? Je me souviens plutôt de la Barre plutôt que son double...J'ai toujours aimé les boui-bouis infâmes et le St-Martin était pas mal dans le genre. La Glisse aussi. Le café de Château-sec. La pinte Besson. Et déjà le Romand, bien sûr, où on m'a initié à la cervelle au beurre noir.
A propos, nous parlons de bistrots lausannois chez le plus grand spécialiste du genre...

Faire du taxi de nuit était assez répandu dans mon milieu. Vous n'avez jamais pratiqué cette activité ? Je me souviens avoir transporté une sorte de déesse russe à la sortie du Brummel vers Chailly...
Ou le jackpot : Cointrin...

Écrit par : Géo | 01/09/2015

En lisant ce billet je relève cette phrase : "l’ordre alphabétique qui fait sauter du coq à l’âne" et l'envie d'ouvrir le dictionnaire me prend. Je cherche PANDA (mammifère d'Asie) le mot qui suit est PANDANUS (arbuste à fruits comestibles, ordre pandanales)(0_0).
Bon appétit! Nous sautons là du Panda à l'ân.. Oups!

Écrit par : Ambre | 01/09/2015

Hé oui, Géo...
J'ai aussi connu une stripteaseuse turque. Une blonde aux yeux verts qui parlait un excellent français. Elle doit être grand-mère maintenant. Comme ma copine Muriel, de l'Alexandra, rue Wagane Diouf à Dakar.

Ambre,
Dans le Dictionnaire d'Antoine Furetière (1690), je trouve un mot qui vaut le voyage:
PANCHIMAGOGUE, remède ou extrait d'aloés, de rhubarbe, de sené, de scamonée, de jalap, d'agaric, de coloquinte et d'hellébore noir. Son nom vient de ce qu'il a la vertu de purger généralement toutes les mauvaises humeurs du corps.

Écrit par : rabbit | 01/09/2015

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