31/10/2015

Gustave Roud et ses visiteurs

A l’orée du 40anniversaire de sa mort, le poète d’Air de la solitude aura été richement célébré par une succession d’expos et de livres rappelant qu’il fut aussi photographe. Un photographe amateur, mais un émérite, un passionné, qui a laissé aussi des images de sa maison familiale, à Carrouge, dont l’alentour joratois embaumait les foins, le lisier, la ronde florale et céréalière des saisons. Ses intérieurs sentaient un propre très bourgeois, la cire à parquet, des fleurs des champs mises en vase. Plusieurs de ces clichés, en noir-blanc ou en autochromie, sont réunis dans un joyau éditorial, en alternance avec des textes d’autres auteurs romands qui avaient la révérence de Gustave Roud, et que lui-même accueillait parmi des meubles à l’ancienne. Le solitaire qu’il était n’était donc pas un misanthrope - même si chaque intrusion, même amicale, dans son domicile le rendait secrètement fébrile.

Ses hôtes avaient des talents contrastés: un Philippe Jaccottet et un Pierre-Alain Tâche aux vers épurés et transparents, un Chessex qui préférait la flamboyance, un Georges Borgeaud au style moiré, et dont le témoignage inséré dans ce recueil s’intitule La montée à Carrouge. L’auteur du Préau aimait ce village «autant que celui qui le magnifiait». Pour s’y rendre depuis Lausanne, Anne-Frédérique Schläpfer, directrice et préfacière, rappelle pertinemment qu’il fallait «tourner le dos au lac».

C’est ce que fit, en 2010, le photographe professionnel Philippe Pache, un des plus lyriques et émotifs de notre pays. Un quadra aux yeux myosotis qui n’a donc jamais pu rencontrer Gustave Roud, mais qui se sent roudien par une même «souffrance de l’émerveillement». Il avait été chargé, pour l’illustration de ce livre, de recueillir des images récentes de la demeure. Ses photographies numériques y alternent avec celles du poète, qui était alors techniquement différemment outillé. Dans un ultime chapitre, le professeur et poète Antonio Rodriguez narre gracieusement sa rencontre avec le photographe dans le saint des saints joratois, la propension qu’il a «à poser des questions à la lumière» avec sa caméra. Sa ferveur sincère, sa facétie aussi: ayant trouvé le chapeau de Roud, Philippe Pache le pose sur sa propre tête pour un autoportrait au miroir.

 

 

Chez Gustave Roud

Collectif

Infolio, 130 p.

 

 

www.philippepache.com

 

Commentaires

Dans certains intérieurs magnifiquement décorés de quelques somptueuses demeures campagnardes de ce "bien joli canton", il existe une période de l'année qui fait tache: c'est celle où l'on procède à l'épandage de lisier dans les environs. Nous ne savons pas exactement comment ça se passait à Versailles, mais c'est comme s'il y avait des raccords de tapisserie impossibles à cacher. Attendons-nous à ce que Géo réponde que c'est comme les cloches de vaches qui dérangent les… (vous connaissez la chanson).

Écrit par : rabbit | 31/10/2015

Géo serait tenté, en effet. Mais qui donc me racontait l'autre jour le cas de cet agriculteur misanthrope et surtout jaloux des citadins avec résidence secondaire dans sa campagne, qui s'arrangeait toujours pour procéder à cet épandage le vendredi juste avant leur arrivée...?
Le Géo hydrogéologue rajouterait un paragraphe sur le fait que les paysans ont dû avoir de plus en plus de bêtes pour s'assurer un revenu, que ces bêtes logiquement produisent des quantités proportionnelles de lisier et de fumier, à épandre sur les mêmes surfaces. Et qu'il faut donc ne pas trop s'étonner qu'il y ait des nitrates dans nos eaux. Et l'on sait que ces nitrates se transforment en nitrites, qui ne se trouvent donc pas seulement dans les charcuteries...
Heureusement que le CIRC va nous faire manger moins de viande...
A propos d'odeurs, à Versailles, il n'y avait pas un problème avec celles des humains ?

A propos de Gustave Roud et de ses photographies : on pense tout de suite à des photos de paysans jeunes et au torse nu. Une photographie assez nettement influencée par ses préférences sexuelles, refoulées ou non.

Écrit par : Géo | 31/10/2015

Ces vertes campagnes offrent toutes les conditions nécessaires à l'éclosion de telles préférences : mères castratrices et atmosphère ingmar-bergmanienne. Mais, depuis l'immigration de jeunes filles au tempérament de feu venues du Sud, la courbe démographique de la région devrait redresser la tête.
Qu'est-ce que c'est que ce CIRC(que) ? Au cours de son récent exposé sur Robert Misrahi, évoquant la question de l'éthique et de la responsabilité, Michel Onfray a lancé une pique sur le totalitarisme de la société hygiéniste actuelle. Vous avez remarqué que tout débat sur nos goûts et nos couleurs finit par générer une nouvelle secte ? Même parcours avec l'Etat et les ONG, le cancer et les métastases. «La fin des grands discours fait place à l'avènement des petits récits», sacré Michel !

Écrit par : rabbit | 31/10/2015

J'ai découvert Gustave Roud il y a quelques mois grâce à Gilbert Salem (MERCI). Quelle belle découverte et quel dommage qu'il ne soit pas plus connu en France. Un écrivain/poète majeur.

Rabbit : il va vous falloir boire du "Païen" pour trinquer avec votre pote M.O. :

http://mo.michelonfray.fr/chroniques/la-chronique-mensuelle-de-michel-onfray-n125-octobre-2015/

Écrit par : Ambre | 31/10/2015

Alors ça, c'est un comble ! Voilà que notre Michel fait encore dans le paradoxe (ou la contradiction, c'est selon). Le ouèbe nous apprend que le païen est un savagnin élevé en Valais, or le savagnin est un vin jaune, comme celui d'Arbois; alors, pourquoi ce croisement des AOC ? Pensez-vous que Michel fait une sorte de basculement existentiel, comme les structuralistes qu'il déteste ? Et comment justifier un tel choix pour accompagner un crabe du pacifique… j'en reste pantois. Personnellement, j'aurais opté pour le champagne, un Moët & Chandon brut impérial par exemple. Vraiment !? Je ne sais pas si je vais trouver le sommeil.

Écrit par : Rabbit | 01/11/2015

Un Russe et ses complices ont manipulé à leur avantage la bourse de Shanghai à travers une plate-forme de Trading à Haute Fréquence connectée au réseau, tout en faisant perdre des milliards aux opérateurs sur ce même marché. Ils sont en prison et risquent la peine de mort. Géo, pensez-vous qu'un tel châtiment puisse servir d'avertissement à l'ensemble de la Finance mondiale ? Il me semble que certains traders s'en sont mieux sortis ailleurs...

Écrit par : rabbit | 01/11/2015

Ben oui Rabbit : vin jaune = vin de paille = vin Païen (~_~). Hi!
Et avec un King Crabe, il faut boire un Krug, minimoume.
Santé!

Écrit par : Ambre | 01/11/2015

« 007 sauta du lit et vint examiner le plateau. Il sourit. Il y avait un quart Bollinger, un chauffe-plats contenant quatre fines tranches de steak sur des canapés, et un ramequin de sauce. Un billet manuscrit était posé à côté, qui disait: "Cette sauce béarnaise a été préparée par Miss Case sans mon aide", signé: "Le Chef" ». (Ian Fleming, "Les diamants sont éternels", 1956).
Tiffany-Ambre, Géo m'a dit que vous connaissiez cette région du Shandong qui a vu la naissance de Kongfuzi (Confucius): est-ce vrai ?

Écrit par : Rabbit | 02/11/2015

La police chinoise a fermé, pendant 40 minutes, un pont de 36 kilomètres dans la baie de Hangzhou, pour attraper un autre manipulateur de bourse à haute fréquence qui s'y trouvait à ce moment-là dans sa voiture.
Normalement, selon les films américains que la télé nous propose toute l'année sauf à Noël, les pirates-boursicoteurs auraient dû intervenir avec des hélicoptères de combat et des vedettes ultra-rapides, une centaine de voitures auraient dû exploser ou plonger dans la mer pour livrer leurs occupants à la voracité des monstres marins.
Mais si vous avez lu Kongfuzi, Ambre, vous savez que la Chine c'est pas ça.

Écrit par : super-rabbit | 03/11/2015

Mais kesskisspass Rabbit! Auriez-vous rêvé de moi (=_=)... en Chine?

Écrit par : Ambre | 03/11/2015

J'ai dessiné un lapin (Hum!) :

(_/)
(=’.’=)

(‘’)—(‘’)

Pardon? Comment ça vous ne le voyez pas? Il faut demander à H.L. d'en dessiner un pluss mieux.

Écrit par : Ambre | 03/11/2015

Ah mais ça ne va pas ça! Il n'est pas reproduit comme je l'avais fabriqué (0_0), centré et "ils" lui ont coupé une oreille. Pfff!

Écrit par : Ambre | 03/11/2015

C'est normal, c'est la saint Hubert… il a du prendre du plomb de 12, ou rencontrer la dent d'un chien.

Écrit par : rabbit | 03/11/2015

J'ai lu avec intérêt l'article que vous avez publié dans le journal 24 heures"Gustave Roud et ses Visiteurs". Vous abordiez entre autre, dsns le contexte de la célébration par l'état de Vaud de l'année Gustave Roud, les visiteurs de Carrouge.
Vous citez Philippe Jacottet, Pierre Alain Tâche, Chessex.et Georges Borgeaud.
Dommage que vous n'ayez pas jugé utile de cité Maurice Chappaz. S'il est un poète et écrivain qui fut un fervent visiteur de Gustave Roud et qui fut sa vie durant en amitié avec lui, c'est bien Maurice Chappaz. D'ailleurs comme vous le savez la Fondation Jan Michalski de Montrichier l'a bien compris puisqu'une soirée consacrée à Gustave Roud réunisssait Roud, Jacottet et Chappaz en échange de correspondance.
Je comprends aussi que vous ne vouliez pas cité tous les visiteurs de Carrouge mais tout de même Chappaz méritait d'y apparaître.
Ce commentaire mis à part, j'ai aimé votre article.
michel-h. favre

Écrit par : favre michel-h | 03/11/2015

Bertil Galland a entretenu une correspondance de près de 20 ans avec Gustave Roud. Non seulement Maurice Chappaz y est cité, mais on lit également une admiration commune pour Marcel Regamey et ses guêtres. Tous les chemins mènent à Carrouge, mais il faut posséder une carte au 1:50'000.

Écrit par : Rabbit | 03/11/2015

Rabbit! Je vous recommande le nec plus ultra de la lunette. Hum!
Des lunettes fabriquées à base d'algues marines;-). Vous les trouverez même à Genève et bientôt je parierai à Shanghai, de prestigieuses villes au côté du... Guilvinec. Hé hé!

http://www.entreprises.ouest-france.fr/sites/default/files/2014/09/sire_4760430_2.jpg100.jpg

http://www.opticien-presse.fr/2015/10/01/des-lunettes-en-algue-oui-chez-naoned/

Bon, OK, vous n'êtes pas obligé de les porter avec une perruque d'algues (^_^), quoi que, au Guilvinec ça peut être utile pour se protéger des fientes de mouettes (0_0).

Écrit par : Ambre | 04/11/2015

La mer, c'est top. Attendez-vous à ce que Géo publie une Epître aux Guilvinistes, concernant les nitrates qui provoquent la prolifération d'algues toxiques, susceptibles de transformer votre cerveau en aspic de foie gras aux figues, une fois transformées en lunettes. Quand aurons-nous à nouveau des montures en véritable écaille de tortue ?

Écrit par : rabbit | 04/11/2015

Le premier prix chez Bonnet (le Vacheron Constantin de la Haute Lunetterie (*_*)) : 3500 euros dans une fourchette (qui fait mal si on avale de travers) de 3500 à 30000 euros. Oups!

Écrit par : Ambre | 04/11/2015

Merci Ambre. Je vais lancer une souscription auprès des Verts pour m'en offrir une paire.
Donc, Bonnet est installé rue des Petits-Champs. Savez-vous que Binet, le perruquier de Louis XIV avait sa boutique dans la même rue? Et que ses perruques étaient parfois si extravagantes que son nom a inspiré l'expression "avoir une drôle de binette"? Sur ce, bonne nuit.

Écrit par : Rabbit | 05/11/2015

"je ne me dis pas, comme Heidegger, qu’ils sont « pauvres en monde "
Païen, en alémanique, cela se dit Heida. Lacan, sors de mon corps...

Je suppose, Rabbit, que vous hurlez au loup pour le "païen" comme pour le viognier ?

Écrit par : Géo | 07/11/2015

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