12/12/2015

L’humanité peinte en rose et bleu    

En 2016, prédisent des météorologues de la mode, les jupes, chemisiers, maquillage et sacs des dames vireront au bleu tendre et au rose pâle. Leurs ongles ovales évoqueront des dragées de baptême (on n’en trouve pas de rouge sang, ni de noir charbon), ou les reflets évanescents du conte de La Belle au bois dormant de Perrault, repeint par Walt Disney en 1959. Un dessin animé que je vis à 5 ans dans la petite salle du Cinéac, à Saint-François (après quoi, ma mère m’offrit ma première glace aux marrons à l’étage de l’hôtel du Grand-Chêne, lui aussi disparu). La princesse avait une robe fuchsia, les cuissardes de son soupirant étaient bleu de Prusse. Un demi-siècle plus tard, le rose et le bleu prédominent au rayon pour enfants de la plupart des magasins, le premier colorant des jouets et vêtements destinés exclusivement à des fillettes. Les garçons n’y ont pas droit, condamnés qu’ils sont à se contenter du bleu et ses variantes, notamment dans leur garde-robe. Il ne viendrait pas à l’esprit de certaines de leurs mamans de les attifer comme des sachets à bonbons à la framboise quand ils débutent leur scolarité. «Les gamins sont si méchants en primaire! Les gamines aussi.»

 

La gent masculine privée de rose dès le berceau? Des féministes actuelles s’insurgent contre l’industrie vestimentaire qui veut perpétrer cette archaïque distinction des genres, qu’elles décrient comme une «ségrégation par le rose».

 

Tout en leur donnant raison, je rappelle que cette répartition chromatique n’existe que depuis 1930, sur l’idée d’un modiste étasunien qui l’a fait triompher dans le monde, mais qu’auparavant, elle était inversée. Au Moyen Age, le bleu évoquait pour les chrétiens la robe de la Sainte Vierge, et les femmes se l’attribuaient prioritairement, par piété. Tandis que le rose, qui dérivait du rouge, apanage du mâle, du soldat, était symbole de virilité! Son pigment invoquait moins le pétale de l’églantine que la rougeur qui monte au front du guerrier, qui préférait l’odeur de la poudre à celle des roseraies.

Quant aux bébés, ils étaient vêtus de blanc. Une absence de couleur, une couleur quand même comme celle aussi de dragées de baptême. Celle de la pureté, de l’innocence. Plus prosaïquement, parce que les teintures ne résistaient pas aux lavages fréquents.

 

 

Commentaires

"Quant aux bébés, ils étaient vêtus de blanc." Les reines d'Espagne aussi ? En tout cas, Isabel de Castille, qui avait juré de ne pas changer de chemise avant d'avoir chassé le dernier musulman de ses terres, a donné son nom à la couleur isabel de la robe de certains chevaux. Couleur chemise sale, en quelque sorte.
Cela dit, il y a une équipe de rugby qui s'est rendue célèbre par le rose de ses cuissettes et camisoles...

Écrit par : Géo | 12/12/2015

Pas les All Blacks, I presume….
Mais en 1916, c'était pas si rose et la mode était au trench-coat («Le premier fut dessiné par Thomas Burberry en 1914 pour répondre à la commande par l’armée d'un modèle de manteau imperméable pour les officiers mieux adapté au combat et aux intempéries caractéristiques du théâtre des opérations en Belgique et dans le Nord de la France» / Wiki).

Écrit par : rabbit | 12/12/2015

"parce que les teintures ne résistaient pas aux lavages fréquents"
L'histoire se passe dans une île lointaine où, pour des raisons de guerre inter-ethniques, seul le CICR était autorisé à résider. Toute petite délégation de deux personnes, avec parfois un ambassadeur à sa table, puisqu'il n'y avait rien d'autre que nous. L'autre personne était une infirmière. Contrairement à la légende, toutes les infirmières ne sont pas des dragons. Mais celle-ci tenait visiblement à ressembler aux pires fantasmes. Elle n'était pas méchante, c'était bien pire que ça. Complétement tordue. Quand je suis parti, elle a tenu à me faire un cadeau. Un magnifique linge de bain jaune...
Et j'ai été assez stupide pour l'utiliser et donc de le laver un jour. Je n'ai eu aucun doute qu'elle avait prémédité ce qui allait advenir du reste de mon linge...

Écrit par : Géo | 12/12/2015

Si les bébés résistent mieux que les teintures aux lavages fréquents, c'est toujours les premiers que l'on jette par distraction avec l'eau du bain.

Écrit par : rabbit | 12/12/2015

Par distraction...Je suppose que l'expression date d'un temps où on jetait les eaux usées directement dans la rue et oups, bébé avec sur les pavés durs et froids depuis le 2ème étage. Reste plus qu'à imaginer la scène du genre "madame la marquise, tout va très bien, mais il y a un petit rien, une bêtise..."

Écrit par : Géo | 12/12/2015

Et pour ceux qui ne savent pas ce que Schadenfreude veut dire, un petit coucou du temps où on savait bien rigoler du malheur des autres...
https://www.youtube.com/watch?v=T5WdpSPeQUE

Écrit par : Géo | 12/12/2015

A gauche, en entrant dans le couloir du "Cinéac", il y avait l'entrée du café "Carioca" dont l'emblème était un perroquet (tout comme la pizzeria "Chez Mario"), mais avec un chapeau. En référence au personnage de dessin animé créé par Disney vers 1940. Et deux étages en-dessous du restaurant du "Grand-Chêne", la brasserie du même nom où se produisait un orchestre. Un orchestre aussi à la "Brasserie Centrale", aux boiseries ornées de statues, au bas de la rue Benjamin-Constant. Et "La Paix", toujours "La Paix", ombilic du monde au tournant des années 60-70. Après, rien ne fut plus jamais pareil…

Écrit par : rabbit | 12/12/2015

ERRATUM: "Le Central" au lieu de "Brasserie Centrale".

Écrit par : rabbit | 13/12/2015

Un petit coup de blues ? Vous auriez pu évoquer le coup de soleil...
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3447710-gilles-et-le-coup-de-soleil.html

Écrit par : Géo | 13/12/2015

Coup de soleil ? Pi koi en khor ? Comme Monsieur Gilbert, je recrée le vécu: tout est 100% rabbit à cet étage. A défaut d'être un génie du mal, j'ai une mémoire prodigieuse pour le bon, le beau, le bien, le vrai, le juste et le sacré. A la demande, je peux vous faire retrouver le goût du "carac" au Pagoda (ancien tea-room sur le toit du nouveau conservatoire), ou l'odeur de la haie de peupliers à Vidy (détruite lors la construction de l'Expo 64). Et il n'est pas nécessaire d'avaler des opiacés.

Écrit par : rabbit | 13/12/2015

Opiacés ? A Lausanne, ce ne serait pas plutôt des datura que le service des jardins et cultures récréatives fait pousser pour le plus grand bien des administrés ? https://fr.wikipedia.org/wiki/Datura_stramonium

Écrit par : Géo | 13/12/2015

Oui, nous en avant parlé il y a quelques années à propos de la promenade Derrière-Bourg.
C'est une Hollandaise en vacances au Sénégal qui m'a montré ces plantes. Il y en avait dans la brousse. Mais, comme je n'étais pas venu pour herboriser, j'ai orienté mon intérêt sur la demoiselle (qui est partie ensuite vivre dans une communauté hippie en Virginie).
N'y touchez pas (au datura), précieux Géo ! Il y a tant de causes d'hallucinations autour de nous, que la ligne rouge se franchit déjà avec une camomille.

Écrit par : rabbit | 13/12/2015

"Oui, nous en avant parlé il y a quelques années" J'ai même l'impression qu'on se répète de plus en plus...Il ne nous reste plus qu'à commencer une autre vie. Peut-être chez les Ibères extrêmes ?

Écrit par : Géo | 14/12/2015

Extrême ? Si je comprends bien, vous voulez partir au soleil parce que vous pensez que l'Ibère va être rude ? Méfiez-vous du syndrome du Wanderer, celui qui n'est pour rien sur le dérèglement climatique mais qui vous répète à longueur de saisons: «Da, wo du nicht bist, ist das Glück!»...

Écrit par : rabbit | 14/12/2015

Un peu moins de philosophie, un peu plus de bon sens...Qu'est-ce qui différencie l'Ibèrie extrême du Parmelinland ? L'amour des lois ou l'amour des impôts selon son zélateur ? Une bonne raison.
Et bon, il est temps de se bouger avant la dernière ligne droite,et de deux. Et de trois, les Ibères sont presque tous ici, presque plus une vigne de mon bled qui ne leur appartient pas, et j'adore les villages abandonnés. Donc...

Écrit par : Géo | 14/12/2015

Je partage voir point de vue, mais ne trouvez-vous pas une dimension artistique à cette décadence que vous fuyez ? Je me vois déjà jouant de la lyre et chantant au sommet du Quirinal pendant que Rome brûle… Bien. On m'appelle en cuisine, nous en reparlerons une fois rassasiés. Citation de Cioran, un pessimiste qui n'est pas de Francfort et ne se nourrit donc pas saucisses : "La tristesse, un appétit qu'aucun malheur ne rassasie".

Écrit par : rabbit | 14/12/2015

"une dimension artistique à cette décadence" ? En effet, on dirait que c'est Pipilotti Rist aux commandes du Boeing. Allez hop, on réessaye un looping...

Écrit par : Géo | 14/12/2015

Et les terroristes qui vont se faire sauter plein schuss sur les pistes de ski de Zermatt et Gtaad, il vaut mieux fuir courageusement. En plus vos impôts vont doubler suite à la COB21: c'est mathématique, comme la météo.
Où allez-vous comme ça ? Je vous accompagne volontiers, mais il faut que nous passions d'abord en Chine pour une petite course. Macao, c'est pas mal du tout, vous verrez: un petit bout de Portugal perdu à l'embouchure de la rivière des Perles. Et il y fait chaud en hiver (extrême).

Écrit par : rabbit | 14/12/2015

Rabbit@ Vous qui aimez la science-fiction :
Les chaussettes m'en sont chues. Et cela fait longtemps que cela ne m'était pas arrivé. Une voiture 100% africaine, plus précisément ghanéenne, selon 24 heures. Ceux qui prétendent que l'Afrique aurait trouvé la voie du développement auraient-ils raison ?
http://africaweblab.com/kantanka-une-voiture-concue-par-des-africains-bientot-disponible-sur-le-continent/

On apprend que cette voiture est électrique, ce que l'article de 24 heures ne mentionne pas, et ce qui laisse quelques doutes sur son efficience...

Et à propos de science-fiction, je suppose que vous êtes un fan de Stars War ?

Écrit par : Géo | 15/12/2015

Il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'à Compostelle pour manger des coquilles Saint-Jacques.
Monsieur, Géo, je suis à vous dans un instant: installez-vous près de la cheminée et servez-vous dans le bar.

Écrit par : rabbit | 15/12/2015

Voilà, je suis à vous… des instructions à donner en cuisine.
En effet, ce n'est pas compliqué de construire une voiture. Dans l'hémisphère nord, où se concentre l'intelligence, on fait ça depuis une centaine d'années. Au Sénégal, j'ai conduit une camionnette "artisanale" nommée Gaïndé ("lion" en wolof), produite localement avec des composants Volkswagen. Je me souviens de l'une d'entre-elles particulièrement dangereuse, parce que la cabine avait tendance à se dissocier du reste en cas de freinage énergique.
Star Wars ? Je n'en suis jamais sorti...

Écrit par : rabbit | 15/12/2015

Peut-être que cela vaut mieux que C dans l'air sur la COP21 où on nous assure que la démographie n'a aucun effet sur la pollution globale - c'est le pape qui l'a dit...- juste après nous avoir assuré que le réchauffement est d'origine anthropique. On est entré dans une époque de délire complet...
PS. Vous pouvez ré-écouter cette émission ce soir vers 22h30, si vous ne me croyez pas...

Écrit par : Géo | 15/12/2015

Je viens de la regarder en dégustant mes coquilles Saint-Jacques à la mode de Shanghai.
Oui, l'irrationalité des dialogues de Star Wars a plus de sens que l'incohérence des propos tenus par les «experts» invités à l'émission. Jusqu'à quand faudra-t-il supporter ce reconditionnement cérébral ? Une dérive technocratique, vous pensez ?
Je vais vous rejoindre dans la Résistance, préparez-moi une suite !

Écrit par : rabbit | 15/12/2015

Résistance ? Par quel moyen ? On balance d'une société occidentale mondialisée et déculturée à une société réactionnaire plutôt primitive et sans solution. Jusque là, on pouvait s'en contremoquer mais on sent poindre à l'horizon le vieil adage "ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous". Et quand on pense à se réfugier dans un coin désert, il nous vient tout de suite en tête ce couple d'Anglais parti élever des moutons dans les Falkland...

Écrit par : Géo | 15/12/2015

Voilà quelque chose qui devrait vous plaire:
« Qui est parvenu, ne serait-ce que dans une certaine mesure, à la liberté de la raison ne peut rien se sentir d'autre sur terre que voyageur - pour un voyage, toutefois, qui ne tend pas vers un but dernier: car il n'y en a pas. Mais enfin, il regardera, les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde; aussi ne devra-t-il pas attacher trop fortement son coeur à rien de particulier; il faut qu'il y ait aussi en lui une part vagabonde, dont le plaisir est dans le changement et le passage. »
Friedrich Nietzsche, "Humain, trop humain !"

Écrit par : rabbit | 15/12/2015

Cela me correspond tout-à-fait. Et donc, il est temps que je cultive ma part vagabonde plutôt que des roses de Berne...
La sortie de Stars War me confirme dans ce que je pense de la S-F : le monde est trop compliqué, la science et l'histoire sont trop complexes, alors on en fait une bouillie pré-mâchée à l'usage des masses laborieuses...

Écrit par : Géo | 16/12/2015

La SF a connu son Âge d'or dans l'Amérique des années 50-60. Une période faste. Alors qu'en période de crise économique et d'instabilité politique, on ne rêve plus sur du «Ray Bradbury en Du Bellay cosmique méditant sur la beauté tragique de l’antique civilisation martienne, ou Arthur C. Clarke en Homère spatio-temporel laissant son héros affronter mort et transfiguration au franchissement d’un Trou Noir» (cf. Rabbit dans son ultime blog de 2010). La SF d'aujourd'hui se cherche dans l'interprétations d'équations différentielles stochastiques à propos du climat de la planète. Il est toujours question de la Terre, mais on reste désespérément au niveau des pâquerettes. Pour les envolées lyriques, il reste les produits pharmaceutiques. Et on est toujours dans le domaine scientifique.

Écrit par : rabbit | 16/12/2015

Certes, mais aussi dans la ruine de l'âme pour les raisons que vous savez. Ce qui me dérange le plus dans la SF, c'est que ses adeptes semblent ne pas même se rendre compte que la science elle-même se construit déjà sur des spéculations, que l'on appelle en l'occurrence des hypothèses. Une hypothèse, tant qu'elle n'est pas vérifiée, reste une fiction. On a devant nous des milliers de conjectures sur des sujets concrets, alors autant s'y frotter...
L'autre aspect déplaisant de la SF apparaît assez nettement avec Stars War : c'est la création d'une nouvelle religion - la "Force" - et il se trouve que les religions, personnellement, même sous leur forme évoluée par Ron Hubbard...

Écrit par : Géo | 16/12/2015

C'est là où le bât blesse, comme on dit dans la langue de Molière (qui doit avoir envie de sortir de sa tombe pour distribuer quelques claques dans son propre pays).
Ray Bradbury ne juge pas nécessaire de décrire à quoi carburent les fusées qui vont déposer les colons Terriens sur Mars. Mais cette colonisation s'étend sur plusieurs siècles, avec des hauts et des bas en raison de l'étrangeté des autochtones et des particularités de la planète.
Arthur C. Clarke, lui, était une pointure en astrophysique. Je possède l'édition originale du traité qu'il a écrit sur les voyages dans l'espace. Une référence utile pour écrire des choses convaincantes sur la déformation de la perspective, quant la navette spatiale se met en mode de configuration gravitationnelle.
En physique, il faut en plus s'intéresser aux disciplines actuelles sur le chaos et le hasard, aux univers parallèles et aux mondes possibles, au réalisme modal, à la sémantique de Kripke, à l'attracteur de Lorenz, à la cosmologie quantique (et je vous épargne les autres), si l'on veut créer du neuf en SF. Même chose en philosophie avec le déterminisme, ou en théorie littéraire avec l'histoire contrefactuelle. Et ce ne sont que quelques exemples; l'imagination seule ne faisant plus recette pour pondre des bestsellers.
Pour occuper mes longues soirées chinoises, j'avais trouvé un sujet intéressant, avec un personnage qui traverse les siècles comme un terroriste les frontières. Mais pour faire passer le morceau, il faut que la sauce soit bien relevée: d'où les univers parallèles, les mondes possibles, etc. Bref, la caution de physiciens déjantés, mais diplômés.

Écrit par : rabbit | 16/12/2015

Mais pourquoi ne pas se mettre au roman historique ? Pas besoin de conjectures oiseuses sur les failles de l'espace spatio-temporel qui n'apportent pas grand-chose quelque soit le talent de l'auteur mais beaucoup de travail pour déceler ce qui caractérise vraiment une époque et les différents rapports de forces qui la sous-tendent. "Vert-de-Gris" de Philip Kerr est exemplaire dans ce domaine en analysant les rapports entre les différents alliés (Américains, Français et...Soviétiques) et les vaincus allemands. On s'accroche à son fauteuil tellement ça décoiffe...
Je me souviens d'un échange avec Ambre à propos de "La méthode Schopenhauer". Elle soutenait qu'elle préférait lire Schopenhauer que de lire un roman qui illustre les conséquences de sa philosophie. Soit. Mais le roman a cette utilité de donner du corps à des idées éthérées, de confronter les contraires.
Cette confrontation du subjectif et de l'objectif, de l'éthique de responsabilité avec l'éthique de conviction est le coeur même de nos vies et donc participe pleinement de la philosophie.
Ce n'est pas toujours fait avec beaucoup de talent et c'est là le plus gros problème...

Écrit par : Géo | 17/12/2015

Mais alors, rabbit écrirait-il des romans ?
Vite, l'adresse de l'éditeur ! SVP
Et il alimentait un blog ???
Je serais curieux de savoir pourquoi il ne le fait plus.

Écrit par : Pierre Jenni | 17/12/2015

Rabbit a un petit talent pour l'écriture, qui lui a été reconnu dès le collège. Mais, soit il est paresseux, soit il est overbooked et donc, il a de la peine à conclure (comme on dit en sexologie). Pire encore, il a étudié l'économie et le marketing et donc exige un gros retour sur investissement de tout projet littéraire qu'il mènerait à son terme. Autrement dit, il a horreur de se fatiguer pour des clopinettes.
Voilà résumée la raison de son étude qualitative et quantitative du marché de ses lecteurs potentiels. Et quand il apprend que J. K. Rowling a engrangé soixante millions de Pounds avec ses Harry Potter insipides, il se demande s'il n'y a pas quelque chose de pourri dans la République des Lettres, et qu'il ne vaut pas mieux continuer à faire du business avec les Chinois.
Nous passerons à la suite de l'ordre du jour après la pause café.

Écrit par : rabbit | 17/12/2015

Je me méfie assez des talents reconnus au collège, cela m'a valu de devoir réciter la Ballade des pendus à l'église aux promotions...

Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devoree et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutesfois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz:
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A luy n'avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

Écrit par : Géo | 17/12/2015

Merci, ô Géo, de fortifier nos racines avant qu'un sang impure n'abreuve nos sillons (comme ils disent à côté d'ici).

Écrit par : rabbit | 17/12/2015

Je peine à croire que rabbit éprouve quelque peine que ce soit en écrivant.
Quant à la question de la rémunération, il me semble qu'elle ne devrait même pas se poser pour un type qui semble intarissable. Aucun barrage ne semble suffisant pour freiner le flot.
Je passe sur l'agenda. Plus il est vide, moins nous disposons de temps.
Pourquoi ai-je l'impression que ce sont des excuses ?
Aurait-il peur de la gloire ? On pourrait le croire, même si le fait de parler à la troisième personne semble suggérer le contraire.
Je ne vais pas confirmer le travers que me prête Géo en tentant une vaine explication, mais je ne puis que déplorer de ne pas pouvoir profiter d'un talent aussi évident que précoce.

Écrit par : Pierre Jenni | 17/12/2015

C'est curieux, chez les chauffeurs de taxi, ce besoin de se faire détester...

Écrit par : Géo | 17/12/2015

Monsieur Gilbert a hébergé Rabbit dans son salon littéraire, alors que celui-ci était possédé par les démons de la création. Il doit en rester des traces dans la rubrique "Carte Blanche" (lecture réservée à un public averti).
Monsieur Géo tient des fiches depuis dix ans sur Rabbit, pour le compte du Ministère Public de la Confédération et de divers mouvements alternatifs et autonomes de type Black Bloc (il a raison de jouer sur tous les tableaux, lui seul sauvera sa peau).
Madame Ambre est la curatrice du Fonds Rabbit (caché sous un dolmen sécurisé) et procède à l'inventaire chronologique des oeuvres dans le secret d'un monastère.
Madame Inma a participé a plusieurs expériences spirites mémorables, dont le feuilleton de la TdG en 2011 (à la suite duquel la République connut les pires scènes de convulsions et d'hallucinations collectives de son histoire).
Voilà, Monsieur Jenni, ce qu'il est bon de savoir avant de pousser votre enquête plus avant...

Écrit par : rabbit | 17/12/2015

Dites-moi rabbit, auriez-vous une idée de ce que j'ai bien pu faire à Géo pour mériter sa considération ?

Écrit par : Pierre Jenni | 17/12/2015

Carte blanche ?
http://carteblanche.qc.ca/index.html
Sous quel nom d'auteur ?

Écrit par : Pierre Jenni | 17/12/2015

Géo est à la fois le gardien du temple et la pierre angulaire de l'église. Chassé de partout comme hérétique, il a trouvé sa place dans notre communauté iconoclaste. Il vous soumet peut-être à un rite de passage initiatique très ancien (voir les Mystères d'Eleusis).
Ce qu'il vous reste à faire est de vous adapter à sa stratégie pour trouver la faille (voir Sun Tsu, «L'Art de la Guerre»).
La carte blanche est logée dans la colonne de droite de ce même blog ( 见什么人 说什么话: "comme on connaît les saints on les honore").

Écrit par : rabbit | 17/12/2015

Mais qui est donc le lapin dans cette histoire ?

"Le corbeau sur un arbre perché
Ne foutait rien de la journée.
Le lapin voyant le corbeau
L'interpella et lui dit aussitôt:
Moi aussi, comme toi, puis je m'asseoir
... ... Et ne rien foutre du matin jusqu'au soir?
Le corbeau lui répondit de sa branche:
-Bien sûr, ami à la queue blanche,
Dans l'herbe verte tu peux te coucher
Et ainsi de la vie profiter.
Blanc lapin s'assit alors par terre,
Et sous l'arbre resta à ne rien faire,
Tant et si bien qu'un renard affamé,
Voyant ainsi le lapin somnoler,
S'approcha du rongeur en silence,
Et d'une bouchée en fit sa pitance

Moralité :
Pour rester assis à ne rien branler
Il vaut mieux être très haut placé..."

Écrit par : Géo | 17/12/2015

Ou pour en revenir à des chinoiseries que goûte fort Nanabozo le Grand Lapin, le stratagème n° 15 " Amener le Tigre à quitter la montagne" devient ici "Comment le corbeau et le renard se jouent du lapin"...

Écrit par : Géo | 17/12/2015

Du 7 au 21 décembre, voici le nom des trois périodes solaires de cinq jours du mois 大雪 (grande neige), qui débute lorsque le soleil est perpendiculaire au 255e degré de longitude:

鶡鳥不鳴
(le faisan jaune ne chante plus)
虎始交
(le tigre commence à s'accoupler)
茘挺出
(le liting sort de terre)

Les nombreux lecteurs du blog attendent votre fable saisonnière avec impatience. Par contre, je ne trouve pas un seul Lapin dans tout le calendrier chinois. Leur royaume est-il ailleurs?

Écrit par : rabbit | 17/12/2015

"Les nombreux lecteurs du blog" Je ne sais de quelle substance vous usez pour vous rendre aussi optimiste, mais je crois que vous avez réussi à faire fuir l'unique autre lecteur : Ambre. Je ne me souviens plus comment vous l'avez définitivement vexée et c'est sans importance. Il reste le cas de Pierre Jenni, certes, mais pour combien de temps ?

Écrit par : Géo | 17/12/2015

Ne vous inquiétez pas pour moi Géo, je dois être trop carré et inculte pour saisir les subtilités de rabbit.
Je viens de tenter de décrypter ses deux billets sur carte blanche et je mesure l'étendue de mon ignorance mais n'en reste pas moins curieux d'en savoir plus.
Pensez-vous que rabbit suit un fil, une logique qui lui est propre ?
Ou bien ses interventions sont-elles uniquement destinées à mettre en évidence la vanité de toute tentative d'explication.
Au final, il ne semble pas malheureux. Il parait presque jouir en permanence et sans effort. Est-il seulement incarné dans un corps de chair ? On pourrait le penser lorsqu'il évoque les plaisirs du palais, entre autres.
C'est peut-être bien lui, le Grand lapin. Et son royaume est ici.

Écrit par : Pierre Jenni | 17/12/2015

La question que je me pose, pour ma part, c'est pourquoi vous vous posez tellement de questions sur Rabbit ? Il me semble qu'il vous a déjà révélé l'essentiel, vous n'avez qu'à revenir en arrière pour le vérifier.
Par exemple :
"Pour rassurer aussi Monsieur Jenni, Géo est un scientifique (c'est là son moindre défaut): il ne changera jamais d'avis, mais son opinion est influençable. C'est ce que j'essaie de faire depuis près de 10 ans, sur différents sujets dont il ne voulait rien savoir au commencement: Chine, philosophie, Chine, épistémologie, Chine, littérature, Chine, art, Chine, musique, etc. Le bouillon commence à prendre et des micro-organismes se développent rapidement. Il a compris que j'avais raison au sujet de la Chine et reste idéalement neutre à ce sujet; la Suisse le tourmente davantage (on le serait à moins).

Moi ? Après la retraite, je me suis installé en Chine pour visiter le pays. Puis, j'ai obtenu le statut d'expert étranger et je me suis occupé du développement d'une compagnie industrielle à l'étranger. Toujours pour le compte des Chinois, j'ai passé quelque temps en Namibie dans la construction d'une mine d'uranium. Je reste cet hiver en Suisse, le premier depuis longtemps. Pour passer le temps, je bavarde avec Géo, je rédige un Business Model destiné à une société d'investissement de capitaux chinois en Europe, je bavarde avec Géo, je suis un cours online sur les Marchés Financiers à Yale, et je bavarde encore avec Géo.

Parfois aussi, je vais voir mon fils en Amsterdam. Quand il a débuté ses études en économie, je lui ai toujours conseillé de rester proche de l'entreprise et de ne pas se perdre dans les algorithmes, le High Frequency et les machins gaussiens. Conseil qu'il a toujours suivi. Il est analyse financier pour une boîte internationale de consultants: il s'occupe de fusions, d'acquisitions et d'IPOs. Vraiment un brave garçon"

Et on sait que malgré vos encouragements, il n'a aucune envie d'écrire un roman. Ce que je n'ai aucune peine à comprendre, on a un peu l'impression qu'aujourd'hui, tout le monde fait ça. Vous y compris...

Et moi, je vais courir dans les bois - l'été, c'était le vélo...-, je bavarde avec Rabbit, je prépare un dîner pour moi et quelque compagnie, je bavarde avec Rabbit, je vais m'occuper de mes oignons, je bavarde avec Rabbit, je lis un bouquin, je bavarde avec Rabbit...

Alors évidemment, quand qqn interfère, et qu'en plus il faut tout lui expliquer...

Écrit par : Géo | 17/12/2015

Merci pour ce petit résumé de ce que rabbit a bien voulu dévoiler.
Désolé d'interférer et d'être curieux.
Mais vous avouerez que vous formez une paire pas banale.
Et comme je peine à trouver de l'inspiration sur les blogs, je reviens irrésistiblement vers vous.
Maintenant, si je dérange, pas de souci. Je peux m'éclipser ou me cantonner dans un rôle de voyeur.
Je doute pourtant que rabbit partage votre besoin d'exclusivité.

Écrit par : Pierre Jenni | 17/12/2015

Vous pouvez aussi apporter votre contribution. Ce que je vous reproche (c'est exagéré mais je ne trouve pas d'autre mot), c'est d’interférer. Comme autrefois, un émetteur de radio différent sur plus ou moins la même longueur d'onde...
A vous d'entrer dans le jeu.

Écrit par : Géo | 18/12/2015

Je ne suis pas sûr de comprendre. Vous semblez parler de parasitage.
J'aime bien jouer, encore faut-il connaître les règles et celui qui les pose.
Et puis les règles ne sont jamais immuables, c'est plus marrant quand ça change un peu, non ?
Je dois être un peu lent à la détente. Auriez-vous l'amabilité de m'éclairer la moindre sur cette fréquence ?

Écrit par : Pierre Jenni | 18/12/2015

Nous sommes sur le blog de Gilbert Salem qui, à peu près chaque semaine, propose à ses lecteurs un billet sur un sujet par lui choisi. Il y a des commentateurs qui commentent et ont une certaine tendance à faire des digressions. Et vous voilà qui arrivez et demandez des renseignements sur l'un des commentateurs.
L'ai-je bien résumé ?

Écrit par : Géo | 18/12/2015

Les chaussettes m'en tombent. C'est vous, Géo, qui parlez de digressions ?
J'ai dû louper une case.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/12/2015

Ou peut-être lisez-vous mal ?

Écrit par : Géo | 18/12/2015

- définition du problème (qui, quoi, où, quand, comment)
- que veut-on obtenir, où veut-on aller ?
- dans quels délais ?
- quels sont les moyens matériels et humains à disposition ?
- quelle stratégie adopter ?
- quelle tactique d'engagement est la plus favorable ?
- quels sont les moyens de contrôle ?
- feed-back

Écrit par : rabbit | 18/12/2015

C'est marrant, mais depuis que Jenni intervient, cela devient carrément chiant.
Alors bye, bye !

Écrit par : Géo | 18/12/2015

- définition du problème (qui, quoi, où, quand, comment)
Qui ? Pierre Jenni et Géo
Quoi ? Ne semblent pas se comprendre
où ? Ici, sur le blog de Gilbert Salem ou ailleurs sur d'autres blogs
quand ? de manière récurente
Comment ? et dans le ton.

- que veut-on obtenir, où veut-on aller ?
Pierre Jenni essaie de comprendre à qui il a affaire et essaie de décrypter les dialogues de rabbit et Géo
Géo semble un peu irrité par ces intrusions

- dans quels délais ?
Sans importance

- quels sont les moyens matériels et humains à disposition ?
Le langage, la sémantique, la bonne volonté et l'insistance

- quelle stratégie adopter ?
La patience

- quelle tactique d'engagement est la plus favorable ?
La politesse

- quels sont les moyens de contrôle ?
La censure

- feed-back
La participation des tiers

Écrit par : Pierre Jenni | 18/12/2015

J'ai oublié l'humour...

Écrit par : Pierre Jenni | 18/12/2015

Et si ça ne marche pas, l'étape suivante est le camp de rééducation par le travail. Nous avons obtenu d'excellents résultats, même avec les plus récalcitrants...

Écrit par : rabbit | 18/12/2015

tiens à propos de récalcitrants, je me souviens d'un messie dont une maxime m'avait interpellé.
" On enseigne le mieux ce qu'on a le plus besoin d'apprendre. "

Écrit par : Pierre Jenni | 18/12/2015

Allez Géo, fais pas la gueule !

Écrit par : Pierre Jenni | 18/12/2015

Le connaissant, il doit certainement être en train de réfléchir à ceci:
"Le Maître dit : « Chercher à plaire aux hommes par des discours étudiés et un extérieur composé est rarement signe de plénitude humaine." Kongfuzi (孔夫子), I.3.

Écrit par : rabbit | 18/12/2015

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