18/06/2016

Des bières, de la sueur et du sang

Cloués à un poste de télé à cause du “match du siècle”, Firmin et Fernand réclament encore des canettes de bières, des chips, et des sandwiches au thon. Un peu comme les Romains qui, en plus de distractions sportives, exigeaient de leur empereur des victuailles. C’est Geneviève Chaucroz, leur grand-mère, qui tient le rôle de l’impératrice dans cette modeste chaumière de Goussy-sur-Arbogne, en Basse-Broye. Elle n’a pas lu le poète latin Juvénal, qui disait que pour gouverner, il fallait donner au peuple “du pain et des jeux” - panem et circensens -  et elle avoue ne rien comprendre au football: “Et si on leur donnait un second ballon, ça ferait moins de jaloux, non?” Mais ses petits ne lui en tiennent pas rigueur et, en retour, elle est disposée à combler leurs caprices, sans s’effaroucher de leurs cris de fauves, joyeux ou désespérés (qui sonnent tout pareils), ni des commentaires qu’ils dégoisent à tue-tête, dans un jargon qui lui échappe. Elle s’en attendrit: “A 30 ans passés, ces deux-là sont restés de grands enfants, comme quand ils sautaient sur mes genoux!”

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Mamy Geneu voit juste. Car même de fins experts en science footballistique, reconnaissent  que cette joute télévisuelle est un plaisir enfantin, et qu’elle rend infantiles. “L’enfant est le père de l’homme”, disait le poète anglais William Wordsworth (1770-1850), avec des visions plus éthérées.

Entre terre et ciel, on peut aussi écouter l’avis de de Robert Maggiori, un rédacteur de Libération spécialisé en philosophie. Le foot y a aussi des lettres de noblesse: «Tous les sports reproduisent plus ou moins les quatre pôles de l’activité humaine : le jeu, la guerre, l’art et le travail. Mais le football est le seul qui les sublime tous.»

La jubilation sportive a quelque chose sanglant, cela depuis la nuit des temps, déjà  lors de l’établissement par l’empereur Vespasien de la cité d’Avenches en 130 après J.-C. On y créa un aphithéâtre en calcaire jaune, le plus grand de l’Helvétie, où 36 000 spectateurs assistaient à des courses de char, des affrontements de tigres contre des lions, des combats de gladiateurs qui tachèrent de sang humain le sable d’une arène, pour amuser les gens. Aujourd’hui, c’est à la télé qu’on tue; à Avenches, on chante.

 

Commentaires

Entre le règne de Vespasien et celui des Chaucroz, la Basse-Broye fut fréquentée par des familles illustres, comme les Montfaucon et les Chalon, ou encore les Savoie. Parmi eux, Louis II de Vaud, Humbert le Grand Bâtard et Jacques de Romont. Mais après, selon l’expression de l’historien Frédéric de Gingins la Sarraz, ce fut « l’invasion des Allemands ». A leur suite, on peut le dire, vint le siècle des footballeurs. Ceci expliquant cela, nous en sommes là aujourd'hui.

Écrit par : rabbit | 18/06/2016

"Aujourd’hui, c’est à la télé qu’on tue; à Avenches, on chante." Tout se perd, mon bon monsieur. Mais au rythme où ça va, je crois qu'il ne faut pas le crier trop fort...
Soit dit en passant, ce billet est encore l'occasion de conspuer ce jeune voyou d'Estavayer qui a occis ce malheureux Othon.

Écrit par : Géo | 18/06/2016

C'est Gérard, le loubard. Pas Humbert, qui a racheté la casbah en 1432 au retour du djihad.

Écrit par : rabbit | 18/06/2016

Il n'y a plus qu'à attendre que les djihadistes d'aujourd'hui jouent au foot avec des ballons plutôt qu'avec des têtes. Puisque même les Romains sont devenus moins sanguinaires, tout espoir n'est pas perdu.

Écrit par : Géo | 18/06/2016

A cas où, je vous confie ce merveilleux poème à lire lors de mes obsèques:

Ne vous tenez pas devant ma tombe en pleurant.
Je n'y suis pas, je ne dors pas.
Je souffle dans le ciel tel un millier de vents,
Je suis l'éclat du diamant sur la neige,
Je suis la douce pluie d'automne,
Je suis les champs de blé.
Je suis le silence du matin,
Je suis dans la course gracieuse
Des magnifiques oiseaux qui volent,
Je suis l'éclat des étoiles dans la nuit.
Je suis dans chaque fleur qui s’épanouit,
Je suis dans une pièce tranquille.
Je suis dans chaque oiseau qui chante,
Je suis dans chaque belle chose.
Ne vous tenez pas devant ma tombe en pleurant,
Je n'y suis pas. Je vis encore.

Traduction d'une version de Mary Frye, USA (1932), bien que l'original puisse être plus ancien.

Écrit par : rabbit | 19/06/2016

Ce poème est pas mal non plus, et il va bien avec le temps :
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartine/pensee_des_morts.html
Vous le connaissez certainement chanté par Brassens.

Écrit par : Géo | 21/06/2016

Vous, si réticent autrefois, voyez bien que la poésie peut éclairer d'une lumière splendide une simple guirlande de mots. Comment va le moral de vos pommiers avec ce déluge ? Les gens parlent déjà de malédiction céleste, mais ils oublient qu'en 1968 et 1969, il avait fallu attendre le mois de juillet pour se chauffer au soleil. Ou ils n'étaient pas encore nés, ce qui n'est pas pardonnable pour autant.

Écrit par : rabbit | 21/06/2016

Les limaces de mon jardin se porteraient à merveille si je n'avais pas pris la détestable habitude de les couper en deux au ciseau. Je n'ai pas assez de brûlures d'estomac pour les manger, remède couramment pratiqué chez les plus courageux des Gaulois...
Mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elles ont tout ratiboisé. Les pommes attendent des jours meilleurs...

Écrit par : Géo | 21/06/2016

Tant qu'il y aura des pommes, la population de limaces continuera de doubler à chaque apparition de Géo.

Écrit par : rabbit | 21/06/2016

Non, rabbit-le-citadin, les limaces ne grimpent pas aux arbres. Elles ont dévasté tout ce qui pousse au sol : tomates, courges et autres joyeusetés potagères. Mais cela a l'avantage d'exercer mes pulsions anti-homejacking...avec un ciseau plutôt que la mitrailleuse de 12.7.

Écrit par : Géo | 22/06/2016

«A cas où, je vous confie ce merveilleux poème à lire lors de mes obsèques»

Pour le script c'est pas mal en effet. Maintenant va falloir encore trouver l'interprète. Si c'est dans le cercle de l'église réformée vaudoise, vous pouvez p'têtre voir avec Jean Chollet (l'un des pasteurs rebelle de St-Laurent), puisque qu'il a longtemps été directeur de théâtre (théâtre du Jorat).

C'est que l'église protestante en ce moment, en pleine protestation est juste bien dans son élément, ses ministres et adhérents étant même prêts à se foutre sur la gueule.

Je ne vais pas entrer dans le débat ici pour savoir qui sème la crème, qui a foutu la beuse en premier. J'observe simplement que dans les "clubs" religieux c'est assez chaud en ce moment.
En tout cas, même en terre vaudoise l'idée de jihad a contaminé les esprits les plus/moins calvinistes.

Font quand-même chier, ces bigots !

Écrit par : petard | 22/06/2016

Dans la veine du poème et histoire de nous rappeler de quoi nous sommes faits, je vous ramène au sol, avant de reposer en dessous, avec mon commentaire sur le blog de Duval, qui se met au niveau en ouvrant exceptionnellement son blog sans discrimination pour mieux fustiger ceux qu'il méprise. Vive le foot !
http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2016/06/20/pauvre-foot-277103.html?c

Écrit par : Pierre Jenni | 22/06/2016

Le dormeur Duval, on en parlait tout récemment avec Géo. En zappant avec lassitude (ce n'est pas mon chien), je suis tombé sur une chaîne où un match de foot était en cours; c'est probablement de cela dont vous causez séant. En zoomant sur les joueurs, j'ai pensé qu'il s'agissait de la Coupe d'Afrique. Et comme je ne connais que les Lions du Sénégal et qu'il n'étaient pas sur le terrain ce jour-là, je suis retourné à Columbo. Voilà, c'est tout pour le foot.

Écrit par : rabbit | 22/06/2016

"Font quand-même chier, ces bigots !" Ah ben non, c'est plutôt amusant que de voir ces tristes guignols s'étriper. Soit dit en passant, la seule qui s'en tire avec honneur, c'est la Suzette. C'est vraiment pas une crêpe, cette chère dame...

Écrit par : Géo | 22/06/2016

Eglise Saint Laurent: superbe édifice qui rappelle, chez la concurrence, la cathédrale Saint-Ours de Soleure par la pureté des lignes. Bien fréquentée dans les années 1950, vous dites qu'elle est maintenant tombée sous contrôle des marxistes ? «O homines ad servitutem paratos», comme dit si bien Laozi.

Écrit par : rabbit | 22/06/2016

Japper avec Lassi séance tenante. Et confirmer avec Panurge qui me laisse sur mon séant devant un tel engouement pour le petit écran et l'actu de céans qui cède sa place aux arènes des temps modernes.
J'envisage de publier prochainement, ici ou ailleurs, un bel essai en zig-zag de mon défunt vieux sur l'apologie de la guerre.
Ma décision dépendra en partie de votre curiosité qui ne semble pas trop débordante si je m'en réfère aux maigres commandes de mon rompol.

Écrit par : Pierre Jenni | 22/06/2016

L’un des plus grands succès littéraires français est « Candide ou l’Optimiste », de Monsieur de Voltaire, paru à Genève en janvier 1759. Quels que fussent ses griefs à l’égard de cette cité, Monsieur Géo suit à la lettre les préceptes du Patriarche de Ferney et cultive son jardin (avec ou sans limaces). Pour ma pomme (de discorde), les Révolutions passent et je reste scotché aux rubriques « Clavecin» et « Vénerie » de l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot. De ce fait, vous comprendrez que l’étrange lucarne et la balle au pied, pour nous c’est le retour vers un futur que nous fuyons par expérience du passé. Serviteur, Monsieur Jenni.

Écrit par : rabbit | 22/06/2016

"Monsieur de Voltaire" ? François-Marie Arouet, dit Voltaire...
On ne connaît pas vraiment l'origine de ce pseudo, par ailleurs assez élégant...
C'est bien, Jenni devient réaliste : il sait que nous sommes ses deux seuls lecteurs potentiels...

Écrit par : Géo | 22/06/2016

"Monsieur de Voltaire" ? François-Marie Arouet, dit Voltaire...
On ne connaît pas vraiment l'origine de ce pseudo, par ailleurs assez élégant...
C'est bien, Jenni devient réaliste : il sait que nous sommes ses deux seuls lecteurs potentiels...

Écrit par : Géo | 22/06/2016

C'était un temps où la particule devenait obligatoire pour échapper à l'ordinaire. Ainsi donc, le patronyme du grand-père de mon arrière-grand-mère était tout simplement "Fleury". Une vie aventureuse au service de quatre régimes, entre 1792 et 1820, comme tout militaire de cette époque.
A la Restauration, il reçoit la Croix de Saint-Louis pour sa fidélité aux Bourbons, en plus de celle du Lys, et de la Légion d'Honneur déjà accordée par le précédent patron, en exil à Sainte-Hélène. L'avis de sa nomination porte la dédicace suivante: "à Monsieur le Chevalier de Fleury". Ce qui pose son bonhomme, non?

Écrit par : rabbit | 22/06/2016

Oui et donc vous auriez pu éclairer ma lanterne quand je me posais la question sur la présence de gardes suisses à Paris en 1830 (cf. le billet qui faisait allusion aux troubles lors de la percée du Gothard). Soit dit en passant, la particule au mérite n'a rien de choquant, contrairement à celle achetée...
Votre ancêtre faisait-il partie d'un régiment suisse ou était-il "indépendant" ?

Écrit par : Géo | 23/06/2016

Entré comme sous-lieutenant dans le régiment de Reinach le 6 mai 1792. Après le licenciement de ce régiment en septembre 1792, il devient lieutenant de gendarmerie (16 juillet 1793) dans le département du Mont-Terrible. Il fait les campagnes de 1793, 1794 et 1795 avec l'Armée du Rhin et de l'an 8 et 9 (env. 1799 à 1801) avec l'Armée d'Italie. Nommé commandant de place à Pieve di Sano, près de Venise, le 9 pluviose an 9 (29 janvier 1801). Capitaine de gendarmerie à Turin le 1er Vendémiaire an 9 (23 septembre 1800), où il est notamment chargé de l'organisation de la 27e légion de gendarmerie qu'il commande par intérim (ses états de service indiquent aussi la date du 29 avril 1808 pour l'obtention du garde de capitaine de gendarmerie). Cité à l'ordre général de l'armée le 25 Prairial an 10 (14 juin 1802) et dans les ordres du jour de la 27e légion le 11 frimaire et 28 germinal an 10 (2 décembre1801 et 18 avril 1802) pour faits d'armes. Proposé comme chef d'escadron le 5 août 1812. Fait la campagne de 1814 avec l'Armée de Lyon.
En 1816, F. est le capitaine commandant la compagnie de gendarmerie royale du département du Puy-de-Dôme (Clermont). Aide de camp du général Pouchin de Laroche en 1817. En 1822 (et peut-être déjà précédemment), il est chef d'escadron commandant la gendarmerie royale du département de la Loire-Inférieure (Nantes ; auj. Loire-Atlantique).
Fait chevalier de la Légion d'honneur le 17 janvier 1815, élevé au rang d'officier le 25 avril 1821 (devenu citoyen français par ordonnance royale du 5 janvier 1820). Titulaire de la Décoration du Lys (1816). Formule de serment au Roi signée le 22 janvier 1817. Chevalier dans l'Ordre de Saint-Louis le 2 juillet 1817.
"Dictionnaire du Jura" (avec les informations et sources que j'ai données pour cette publication).

Écrit par : rabbit | 23/06/2016

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