06/11/2016

Le mélèze se colorie au son du violoncelle

Attention, le larix decidua est sur le point de se dégarnir! On parle du mélèze, le seul conifère d’Europe à perdre ses aiguilles à la mi-automne. La durée de vie l’arbre le plus majestueux de nos montagnes et préalpes peut tenir plus de six siècles! Selon des dendrologues, son appellation la moins scientifique procéderait du dauphinois mel, pour désigner un baume bienfaisant composé d’une résine qu’exsuderait son écorce à tavelures chapelées. Ou plus directement le miel.  Une théorie contestée, mais poétiquement, et chromatiquement, persuasive.

Chromatiquement d’abord au plan des couleurs:  les mélèzes - ceux en tout cas du vallon ramuzien de Derborence où coule la Lizerne -  font moduler leur parure du jaune vénitien à l’ocre rouge de Cappadoce et (avant de perdre fatalement leurs piquants) jusqu’au marc de café des mélancolies humaines.   

Dans le vaisselier de Tati Lilette, les pots de miel s’alignaient semblablement du plus blond au plus bronzé. Vos yeux gourmands se délectaient à identifier celui de l’acacia, jaune pâle avec et des reflets verts; celui de la bourdaine aux miroitements roussâtres; ou plus sombres et onctueux,  les miels du châtaigner et du chêne. Le miel du mélèze, quant à lui, a une saveur particulièrement relevée, posséderait des vertus antiseptiques et digestives, et une teinte indéfinissable…

Mais dans le ravin historique de Derborence, où l’on pénètre comme dans un temple forestier après avoir traversé les pâturages vaudois de Solalex, le chromatisme des couleurs devient plus musical. Soit nuancé de demi-tons, tissé de fa-dièses, de do-dièses ou d’un mi bémol majeur. Une technique qui diapre les Six suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach et peut nous réapprendre à écouter la mélodie des sous-bois d’altitude, qui est d’abord pétrie de silence. De loin en loin, on entend le bec du pic épeiche sur un tronc creux, le miaulement en demi-tons d’une buse variable. Puis le bruit moite de nos souliers sur des jonchées de feuilles d’érables. Il devient plus grinçant, plus inventif, quand leurs semelles froissent les échardes noires tombées d’un mélèze que les pluies ont rendu squelettique.

Mais à sa cime, au premier rayon de soleil, se met à striduler un grillon alpestre qui se souvient du Magnificat.

 

Commentaires

Delarze - Du latin larix, patois larze, mélèze, famille vaudoise nommée autrefois von Laerche (mélèze en allemand). Deslarzes et Deslarze sont des variantes valaisannes. Autres formes: Lagier, Larze, Larzay, ainsi que Larzille (aussi "l’argile" en patois, du latin argilla ). A noter que le français "mélèze" est un composé du latin mel, miel, et larix. (25.5.97)

"on entend le bec du pic épeiche sur un tronc creux, le miaulement en demi-tons d’une buse variable." Pas vu de gypaète ?

Écrit par : Géo | 06/11/2016

On ne dit pas «gypaète», Géo, mais «je ne suis jamais allé à Derborence»: ce n'est pas le Burkina, ici...

Écrit par : rabbit | 12/11/2016

Ouhhh, dis donc. 6 jours pour la trouver, celle-là. Je ne suis pas le seul à vieillir et tout cela sent...le mélèze ?

Écrit par : Géo | 13/11/2016

Je travaille, moi, Môssieu !
J'apporte une contribution essentielle aux rapports entre moi-même et l'Orient extrême. A ce propos, vous n'avez pas manqué de constater que, dès l'annonce de l'élection d'Oncle Donald, le Yen japonais s'est ratatiné et il a neigé à Genève: c'est l'effet papillon ! Attendez-vous à en voir toutes les répercussions imaginables ces prochaines semaines dans vos médias favoris: pluies de grenouilles, chutes de météorites ou toutes autres substances peu ragoûtantes que Charles Fort (1874-1932), dans le "Livre des Damnés", met sur le compte de «restes d’un monde pulvérisé, laissé pour compte d’une antique querelle interplanétaire et boudant depuis au travers de l’espace comme une rancune rouge", ou d'une «super-mer des Sargasse suspendue au-dessus de la surface terrestre, où la gravitation n’opère pas, et qui n’est pas régie par le carré de la distance», voire encore de «détritus, vieilles cargaisons des naufrages interplanétaires, objets rejetés dans ce que l’on nomme espace par les convulsions des planètes voisines»...
A vous d'en tirer des conclusions, vous en êtes seul responsable.

Écrit par : rabbit | 13/11/2016

Les commentaires sont fermés.