15/01/2017

Royauté séculaire d’un troquet vaudois

En janvier 2007, trois fervents du patrimoine bistrotier ont scrupuleusement restauré à l’ancienne une émouvante pinte de Lausanne. S’ils sont en droit de fêter cette décennie samedi prochain*, l’établissement qu’ils ont revitalisé souffle le même jour 123 bougies - étrange jubilé qui chante comme le «un-deux-trois-soleil» des récrés de mon enfance. Celle de la Couronne d’Or remonte à une famille Schertenleib qui l’a créée en 1894, déjà à la rue des Deux-Marchés, à équidistance des vachers de la place du Tunnel et des maraîchers de la Riponne. L’ambiance était coconneuse, fibrée de bonhomie, et le samedi, des ruraux vicinaux à rouflaquettes en bataille débarquaient, avec des semelles enduites de lisier, pour initier au tutoiement des citadins au parler “pointu”. Après le schmolitz, on déglutissait une soupe au cerfeuil, des spécialités charcutières, puis une fondue moelleuse légendaire dont la recette sera transmise de patrons à patronnes jusqu’en 1966, lorsqu’une dame Panchaud recueillit le secret  d’une dame Jaggi.

Solange Panchaud « gouverna » le Café-Brasserie de la Couronne d’Or durant 40 ans, secondée par un géant timide préposé aux utilités et d’un chien au poil dru qui ronflait sous les tables en bois et des lambris verts. En janvier 2007, elle céda son trousseau de clés (dont une, celle des WC, était suspendue à un reste d’os à moelle…) à Christian Egger, Julien Magnollay et Laurent Caspary. Un psy devenue galeriste et deux journalistes de haut vol qui eurent la subtilité de ne pas faire « revieillir» artificiellement la pinte, mais de lui restituer ses charmes d’origine. Leur idée était de «garder tout ce qui pouvait l’être, et de changer ce qui devait être changé”

Après avoir beaucoup raclé, le triumvirat  est tombé sur des vestiges Belle-Epoque: un parquet en bois noble que la mode des années 60 avait dissimulée, ainsi qu’une claustra élégante elle aussi camouflée: il s’agit d’une paroi réfringente en verre ajouré qui diapre naturellement la lumière d’une salle, plus joliment qu’une boule disco. D’autres trésors en images légendées d’anecdotes seront exposées, dès le 21 janvier, sur un mur. Ce jour-là, le café sera servi au prix de 1894 et la soupe au pois gratis. Le lendemain, dès 18h., les quatre rockeurs de The Company of Men  mettront en musique 123 ans d’une belle aventure bistrotière.


www.couronnedor.ch

Commentaires

En effet, nous en avions parlé en 2007. Géo devrait s'en souvenir, à moins que...

Écrit par : rabbit | 17/01/2017

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