16/09/2017

Le sourire facétieux et désenchanté de Roorda

Ce «drôle de zèbre», comme le définiront ses fans d’une génération future, naquit à Bruxelles en 1870, soit 25 ans avant Jean Villard Gilles. Mais il mourut bien plus jeune que celui qu’on considère comme le patriarche des humoristes romands.
En se suicidant à Lausanne le 7 novembre 1925, Henri Roorda van Eysinga confirmait que le sien d’humour, pour avoir été antérieur, ne se satisfaisait pas de jovialités. Ses tours d’esprit, si imprévisibles dans le cadre alors rigide du Gymnase de Lausanne, s’alimentaient d’une bile secrète qu’il régurgitait par coquetterie intellectuelle. Par un stoïcisme enjoué qui défiait le pire, donc le mourir, par le rire. Mieux: le sourire.
Joyeusement intitulé Mon suicide, son livre posthume publié en 1926, reparaît ces jours à Paris chez Allia,  dont voici deux extraits élégiaques: Je vais peut-être me rater. Si les lois étaient faites par des hommes charitables, on faciliterait le suicide de ceux qui veulent s'en aller. Puis: J’ai toujours eu de si bons amis que je continue à penser un peu de bien de moi-même.
 Dans la post-face on relit l’éloge que notre peu folâtre Edmond Gilliard dédia trois ans plus tard à son collègue de la Cité: D’où vient cette gravité du plaisant, ce tragique du divertissant? Ta parole était bravoure.
Roorda était un humoriste de plume, pas de tréteaux, mais il réveilla aux maths les plus ensommeillées de ses ouailles, par sa gestuelle fringante et des maximes drolatiques: Les grandes distances existaient bien avant l’invention du kilomètre; les mots «éternuer» et «éternité» ont la même origine; mais je ne sais vraiment pas pourquoi…
Il chérissait ses élèves jusqu’à écrire en 1917 un pamphlet au titre paradoxal: Le pédagogue n'aime pas les enfants. Il taraudait son propre métier d’une question brûlante: Le soin avec lequel certains ont compté les fautes de leurs élèves est inimaginable. Est-il plus facile de compter les fautes que les progrès?
Ce texte centenaire est à son tour réédité, cette fois à Lausanne par Michel Froidevaux, de la Galerie Humus. En janvier 2016, le même avait révélé le génie amusé de Roorda à de jeunes comédiens qui, cette fois, le célébreront aussi par des lectures publiques dans nos rues.
www.henri-roorda.org